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Quel est le sens des grèves de faim dans un pays où l’État est irresponsable ?

Quel est le sens des grèves de faim dans un pays où l’État est irresponsable ?








La dernière décennie (2009-2019) est l’une des périodes de l’histoire d’Haïti où les grèves de faim sont de plus en plus fréquentes. Elles se trouvent à tous les niveaux de la vie professionnelle. En décembre 2012, des professeurs d’écoles municipales, soutenus par des élèves, ont observé une grève de faim pour exiger huit mois d’arriérés de salaire ; sans oublier celle des étudiants, en février 2015, pour protester contre des décisions des responsables de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ; celle des plaignants, en janvier dernier, pour exiger le suivi judiciaire du dossier de dilapidation du fonds Petrocaribe ; et plus proche de nous, celle des employés de la délégation départementale de l’Ouest pour réclamer 24 mois d’arriérés de salaire.

La grève de faim, aussi appelée jeûne de protestation, est un moyen de protestation non violent utilisé un peu partout dans le monde. Pendant ce moment de protestation pacifique, les grévistes refusent toute consommation alimentaire. Mais, pour prolonger la protestation au cas où leurs demandes ne sont pas satisfaites, ils acceptent l’hydratation par des boissons, notamment l’eau sucrée. Selon des chercheurs, la grève de faim la plus longue a duré 100 jours. Elle a été organisée par Olev Sentsov, producteur de cinéma ukrainien né en 1976. En Haïti, le pays du continent américain où, selon le classement World happiness report 2018 du Global Happiness, les citoyens sont des plus malheureux, les jeûnes de protestation ne durent jusqu’ici que quelques semaines.

Très souvent en Haïti, les réactions des responsables face aux grèves de faim sont caractérisées par l’indifférence, surtout si les grévistes ne bloquent pas l’entrée des institutions concernées. Au cas où la grève entraverait le fonctionnement ou la rentabilité des entreprises publiques, des autorités politiques peuvent les visiter et essayer de trouver une entente avec eux. Comme c’est le cas pour la grève des employés de la délégation de l’Ouest. Le National a appris que des responsables de la Primature ont rendu visite aux grévistes de ladite délégation, le mercredi 10 juillet. Autrement, ils seraient négligés. Cette réalité justifie la pensée de l’écrivain américain John Scalzi, dans son livre « Les enfermés » : « Une grève perdrait en efficacité si elle ne contrariait personne ». N’est-ce pas la raison pour laquelle nombreuses revendications et grèves de faim sont accompagnées de pneus enflammés, de matières fécales ou des piles d’ordures sur la chaussée ?

Souvent, si la presse ne fait pas passer l’information, les grèves de faim en grande majorité n’auraient aucun sens pour l’institution où travaillent les protestataires et pour la société dans son ensemble. Ce ne serait qu’une lettre à la poste. Des citoyens considèrent souvent les grévistes, surtout ceux qui font le jeûne de protestation, comme des hommes et des femmes épaves, qui n’ont rien de sérieux à faire. Cependant, les revendications sont très souvent justifiées. Car plusieurs mois, voire plusieurs années sans salaire, tandis qu’on est contraint de travailler régulièrement, n’est-ce pas une autre forme d’esclavage ? Lequel nous rappelle l’ancienne colonie de Saint-Domingue, où des gens étaient contraints de travailler sans rémunération et sont rejetés voire tués lorsqu’ils ne sont plus en mesure de fournir le même rendement.

S’il est de bon ton que l’homme n’apprend rien de l’histoire, du moins elle nous apprend que les revendications de la population, principalement ceux exigés par des grèves de faim, ne sont jamais totalement satisfaites. Il y a toujours des professeurs qui ne perçoivent pas leur salaire ; des manifestations pour exiger le paiement des arriérés de salaires ou rappeler aux autorités leurs responsabilités ; toujours des abus d’autorités à l’encontre des citoyens sans recours ; des travailleurs avec des mois d’arriérés de salaire, entre autres. Et, toujours le silence suspect des responsables. Le gros de l’histoire, demeure dans le fait que les autorités expriment leur non-autorité et leur incapacité d’agréer à leurs demandes.

Qu’est-ce qui empêcherait aux autorités de prendre leurs responsabilités vis-à-vis des citoyens qui travaillent à leur compte ?

L’ancien président René Préval, soutenu par d’autres hommes et femmes politiques, avait indiqué que la Constitution de 1987 est une source d’instabilité et sert d’entrave aux actions du gouvernement haïtien au profit de la population. La Constitution a subi effectivement des modifications, et la situation sociale et économique du pays ne s’est pas améliorée. Aujourd’hui, certains parlent d’un nouvel amendement constitutionnel, d’autres d’une nouvelle Constitution en guise de solution à tous les problèmes que connait la population active. Est-ce la Constitution qui interdit le respect des droits des citoyens à la vie, à la santé, à la liberté, au travail, au logement, au salaire décent, etc. ?

Selon des universitaires contactés par Le National, et qui veulent garder l’anonymat, si, malgré les multiples activités de protestation, des grèves de faim en particulier, la vie des citoyens ne s’est toujours pas améliorée, deux raisons pourraient éventuellement expliquer ce phénomène. Premièrement, la mauvaise gouvernance marquée par une puissante indifférence par rapport aux prescrits constitutionnels et légaux ; c’est comme si les règles ne sont pas faites pour être observées et appliquées, mais pour être violées. Deuxièmement, le résultat du manque d’intérêt de la classe dirigeante dans le pays. Leurs familles sont à l’étranger, ils n’ont aucune confiance dans l’avenir du pays, donc ils se contentent de semer la confusion chez les nationaux.

Josué Pierre-Paul



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