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« Je n’ai ce poste pour persécuter quiconque », affirme Jean Osner Amisial, délégué départemental de l’Artibonite

« Je n’ai ce poste pour persécuter quiconque », affirme Jean Osner Amisial, délégué départemental de l’Artibonite



Le National : M. le délégué, merci de répondre aux questions du journal le National. Pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Jean Osner Amisial : Je suis Jean Osner Amisial, je suis natif des Gonaïves. Je fais toutes mes études classiques à Gonaïves avant rentrer à Port-au-Prince pour mes études universitaires, j’en ai fait deux à la fois. J’ai une formation en génie électronique et gestionnaire de profession. J’ai passé deux ans à la Mairie des Gonaïves comme maire. Je suis un entrepreneur et maintenant délégué départemental. Je reste toujours un entrepreneur et je le resterai toujours.

LN : Vous êtes devenu le nouveau délégué départemental depuis plusieurs semaines. Pour les gens qui ne le savent pas. Quel est le rôle d’un délégué départemental et avec qui il travaille en proximité ?

JOA : Le délégué est là, pour assurer toutes activités du gouvernement dans son département à travers les directions départementales. Il assure le suivi de tous les programmes du gouvernement dans le département qu’il officie. C’est en fait la plus haute autorité dans le département. C’est comme un petit gouvernement au niveau départemental (local). Il est là pour faire appliquer la politique du gouvernement. Dans l’exercice de sa fonction, il travaille particulièrement avec les directeurs départementaux et les vices délégués.

LN : Vous aviez prêté serment dans un contexte difficile. Avec quel sentiment vous briguez ce poste ?

JOA : Dans un contexte difficile et particulier pour la bonne raison que depuis environ deux mois nous assistons à une série de manifestations armées particulièrement à Gonaïves. Ceux qui empêchent le fonctionnement de toutes les activités dans la ville contrairement à d’autres zones où il n’y a pas d’armes à feu dans les manifestations. C’est dans ce contexte particulier que j’ai accepté le job.

LN : Vous représentez un pouvoir décrié. Affaibli par la rue de jour en jour. Dites-nous pourquoi avez-vous accepté ce poste et comment comptez-vous travailler pour redonner confiance à la population. Tenant compte que plusieurs associations ne veulent pas vous légitimer ?

JOA : Laissez-moi vous dire, très souvent, les gens regardent le pays à travers Port-au-Prince. Si on fait un constat, à Gonaïves, il n’y a pas vraiment une grande manifestation antigouvernementale. C’est un groupe armé qui tient en otage la population qui empêche en quelque sorte à la population de se révolter. Il n’y a jamais eu une manifestation dans la ville avec deux ou trois mille personnes qui demandent la démission du président. Je ne suis pas là pour contrecarrer les manifestations, au contraire, la présence devrait garantir la population sur son droit de manifester. Ce ne sont pas les raisons qui manquent, mais les gens ont peur de sortir avec cette bande armée qui défile dans la rue.

Je n’ai rien à dire là-dessus, il y a un arrêté présidentiel qui m’a nommé. Toutes les nominations sont faites par arrêté présidentiel et après la prestation de serment. Une fois que le gouvernement nomme (c’est le gouvernement qui nomme. La seule instance qui est habilitée a le faire) par arrêté présidentiel et publié au journal Le Moniteur et j’ai prêté serment.

LN : Vous aviez rencontré le mois dernier l’ensemble des hauts fonctionnaires de l’État dans l’Artibonite, les directeurs départementaux, les vice-délégués, le commissaire de police et le maire pour discuter de la situation générale du département en particulier la ville des Gonaïves. Quelle sera la suite ?

JOA : Le délégué n’a pas une baguette magique pour résoudre les problèmes. Quand il y a un problème, il prend contact avec les instances concernées pour définir des stratégies d’actions. Le délégué donne le ton et les directeurs départementaux agissent à travers les administrations qui sont sous leurs responsabilités. Le problème de la sécurité c’est un problème qui relève de la compétence de la justice et la police. En tant que délégué, je ne suis pas pour intervenir sur tous les points. Quand il y a un problème de sécurité, c’est la justice et la police qui doivent le résoudre. Il n’y a pas d’autres.

LN : Vous aviez fait de la reprise des activités scolaires et les activités économiques votre principale action à mener dans l’immédiat. Où en êtes-vous ?

JOA : Nous sommes dans une situation générale. Ce n’est pas une situation qui va changer du jour au lendemain à Gonaïves. Nous sommes dans une situation de crises. Nous sommes là pour apporter ce que nous pouvons apporter sans essayer de répondre la violence par la violence. C’est pourquoi beaucoup de gens ont eu peur à mon arrivée. Il y a eu des tentatives d’incendie sur mes biens. En plus d’être fils de la ville, je suis entrepreneur. Pour travailler, nous avons besoin d’un cadre sécuritaire où il y a de la sérénité afin que tout le monde puisse vaquer à leur occupation. Les hommes d’affaires ne pourront pas exister sans sérénité et sans sécurité. Les hommes d’affaires qui laissent fermer leurs business le font par peur. Les gens peuvent toujours manifester contre la misère, la faim, le chômage, la mauvaise gouvernance. Tout le monde sait que ces problèmes existent, mais ce n’est pas dans la violence et le recours aux armes à feu que cela va s’arranger. D’ailleurs, nous n’avons pas de différends entre nous dans la ville. C’est dans cet objectif que j’ai accepté le job afin de créer un espace de sécurité et de stabilité.

LN : Quel est votre regard sur la situation actuelle de la ville ?

JOA : Ce qui se passe à Gonaïves est sur la responsabilité du maire de la ville. Moi je suis à un niveau départemental. Je ne suis pas là pour gérer les problèmes au niveau des Gonaïves. Mais sur tout le département en général. Si jamais, je me focalisais que sur Gonaïves se serait un acte sectaire. Mon job consiste à avoir les yeux grands ouverts sur tout le département. Il faut dire aussi que dans certaines communes les activités vont bon train. La commune de Saint-Michel, Marmelade et dans quelques sections de la commune d’Ennery, les activités scolaires fonctionnent normalement. À Gonaïves nous avons fait un autre choix et la situation est assez compliquée. Je vous donne la garantie, s’il y a des gens qui circulent avec des armes à feu dans la rue, les enfants n’iront pas à l’école. Tant que ces armes en circulation ne sont pas classées, les enfants ne pourront pas aller à l’école.

Comme je le disais, nous sommes dans une situation et il sera très difficile de la regarder uniquement sur la commune des Gonaïves. Mais je peux dire que les zones de tension ne sont pas vraiment nombreuses dans le département. Je parcours tout le département de Marmelade à la Chapelle par rapport à d’autres régions. À Gonaïves, la plus grosse zone de tension reste Raboteau. Jusqu’à présent, ce sont les habitants de Raboteau qui investissent la rue munie d’armes à feu. Ils mettent le feu un peu partout. Ce sont ces problèmes qui doivent être résolus. Et ce n’est pas le délégué qui va directement résoudre ce problème. Le délégué va résoudre le problème à travers la police municipale qui est chargée de garantie la sécurité dans la ville. Et il y a le maire et le commissaire du gouvernement qui sont aussi dans la chaîne de responsabilité.

LN : Vous aviez montré une grande inquiétude par rapport à la situation de conflit qui augmente entre les quartiers. Avez-vous déjà rencontré les protagonistes ?

JOA : Nous avons promis de rencontrer les groupes. Vous savez, nous sommes à Gonaïves et tout le monde connaît tout le monde. Je ne crois pas qu’ils ont vraiment un problème entre eux. Peut-être un problème politique peut dresser deux groupes face à face. Dans ce cas, il revient aux autorités de s’asseoir entre eux pour résoudre le problème. Et cela, je ne peux pas le faire seul. C’est pourquoi je me suis convenu avec le maire Latortue pour rencontrer les groupes en question parce que nous connaissons l’appartenance du maire dans la crise. Avant de devenir délégué, je n’avais aucune appartenance politique. Je n’étais ni à gauche ni à droite. Peut-être aujourd’hui par rapport à ce poste comme délégué fait de moi le représentant du gouvernement. Mais cela ne va pas changer mes relations avec le maire et d’autres citoyens dans la ville. Je resterai égal à moi-même. Je suis là pour donner un coup de main, dans la mesure où je n’ai pas les moyens pour le faire. Je tirerai ma révérence.

LN : Depuis votre installation, vous êtes accusé soit d’armer et de monnayer des bandits soit de commanditer la répression policière contre les manifestants. Qu’en dites-vous ?

JOA : J’ai prêté serment il y a à quatre semaines. Jusqu’à présent je n’ai pas un sou du gouvernement entre mes mains. Pensez-vous que j’allais utiliser mon argent pour donner à des gens ? Il faudrait bien que j’avais l’habitude d’utiliser les armes pour mon usage personnel, pour pouvoir donner de l’argent à quelqu’un pour les armes. Je n’ai qu’un moyen de combattre les armes et c’est le dialogue. J’ai passé tout mon temps à fonctionner dans la ville avec tout le monde. Pourquoi deviendrais-je violent aujourd’hui ?

Pendant qu’ils utilisent des armes à feu, ils ont peur d’autres personnes qui ont des armes ? Pourquoi ont-ils peur des armes ? Tous ceux qui utilisent des armes iront tôt ou tard en prison. Nous en avons beaucoup d’exemples des gens qui sont en prison, parce que dans l’exercice qu’ils faisaient, ils ont péché par excès. L’excès en tout nuit. Quand vous utilisez des armes à feu, tôt ou tard vous allez payer les conséquences. La responsabilité est personnelle. N’était le professionnalisme de la police, il y aurait eu peut-être un bain de sang. Au cas où, certains pensent pouvoir attaquer la police, la police à la responsabilité de réprimer les manifestations armées. Ce n’est pas la responsabilité du délégué. Le délégué n’a pas d’ordre à donner au commissaire. Le commissaire reçoit l’ordre de son supérieur hiérarchique.

LN : Les institutions publiques sont fermées depuis tantôt deux mois dans la ville. Pensez-vous que l’État existe dans la ville ?

JOA : Oui, l’État existe à travers les institutions en dépit qu’elles soient fermées. On ne peut pas imposer la réouverture par la violence. Que ce soit, cette crise va être résolue avec la démission ou pas du président, il y aura une autre crise. De toute façon il faut un dialogue pour relancer le pays. À ce stade, ce n’est plus une question du gouvernement qui ne fonctionne pas. C’est le pays en entier qui ne fonctionne pas.

LN : Depuis le début des mouvements, plusieurs personnes sont mortes dont deux adolescents et plusieurs autres blessées par balle. Quelle est, selon vous, la responsabilité de l’État dans ces actes ?

JOA : Normalement, c’est la police qui doit être toujours à l’avant garde. Quand cela arrive, elle doit toujours se mettre à l’avant pour éviter ces genres de choses. Mais avec les manifestations improvisées, cela leur complique un peu la tâche.

Peut-être, il y aurait beaucoup plus de monde qui manifesterait dans la ville. Parce que je pense que la raison pour laquelle ils manifestent est juste. Mais je pense que le fait qu’il y ait des gens armés et encagoulés dans les rues, cela ne joue pas en faveur des manifestants à Gonaïves.

LN : Partout dans le pays la population exige le départ du président. À Gonaïves, les manifestants démontrent leur volonté de rester mobiliser pour faire tomber le président. Pensez-vous que le président va terminer son mandat, quand on considère le rôle historique des Gonaïves dans ces genres de situation ?

JOA : Laissez vous dire, si quelqu’un cherche un affrontement, il peut affronter une personne. Cela peut arriver que la personne donné une réponse à l’attaque. Pour mon cas, je ne suis pas lié au départ ou au maintien du président. Je suis lié à l’idée que je peux faire quelques choses pour l’Artibonite. Mon objectif est de rétablir la paix afin que les élèves puissent retourner à l’école. Si pour une raison ou une autre je n’arrive pas à remplir cette mission dans le temps que je me donne. Si je ne trouve pas les moyens pour atteindre les objectifs que je me suis fixés. Je ne dirai rien à quiconque. Je remettrai la démission au président.

À partir de 1986, Gonaïves a joué un grand rôle, mais ce sont ces hommes qui sont au pouvoir depuis environ 13 ans. Ils sont là. Je suppose qu’ils auraient dû donner des résultats. Ils sont toujours au pouvoir. Après 2004,t ces mêmes acteurs sont devenus présidents, sénateurs et autres. C’est leur boulot de donner des résultats. Aujourd’hui, les résultats de la ville ne sont pas entre les mains de Jovenel contrairement à ce que l’on peut penser. Et maintenant, les gens qui devraient donner des résultats montent au créneau pour demander à d’autres de donner des résultats. Je suis là pour donner des résultats. Si jamais je n’y parviens pas, je ne vais pas me plaindre. Je dirai tout simplement, je croyais pouvoir trouver une entente avec le secteur de l’opposition (ils sont mes amis. S’ils ne le sont plus, c’est cela ne date pas longtemps) pour faciliter le fonctionnement des écoles et des entreprises dans l’ensemble. Je n’ai pas choisi ce poste pour me battre contre quiconque. Je pensais justement que je pouvais composer avec des intellectuels, purs produits de l’éducation, pour agir avec beaucoup plus d’intelligence pour apporter de bonnes choses chez eux. Pendant que le pays est en ébullition, je construis, je fais du business, je cherche à donner du travail aux gens. J’espère sincèrement composer avec les gens qui se disent en opposition pour faire fonctionner la ville au-delà des différences politiques.

Le National : Vous avez un dernier mot ?

Jean Osner Amisial: Je me laisse guider par la sagesse pour bien jouer mon rôle. Mais, il y a une limite à toute chose. Nous allons devoir agir pour arrêter cette vague de violences. Car, finalement ce sera nous les perdants. Quelle que soit notre différence, nous sommes frères. Quand on regarde Gonaïves, nous sommes une famille. Quand on regarde la façon dont la Saint-Charles a été célébrée, le maire ne m’a pas invité. On va de profanation en profanation. Pour moi, certaines choses arrivent beaucoup trop loin. Des scènes de violences ont été annoncées la veille de la célébration. Ce n’est pas normal de créer des psychoses de peur dans l’église.

Propos recueillis par :
Lesly Succès




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