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La Suède opposée au confinement

La Suède opposée au confinement



Partout, les États imposent à leurs populations le confinement total ou partiel pour lutter contre la propagation du coronavirus. Un pays refuse cette solution : la Suède. Pourquoi ? Le confrère Christian Stichler (1), correspondant à Stockholm pour la télévision allemande ARD, explique la logique derrière cette décision officielle.


À l’instar de toutes les grandes villes, la capitale suédoise est devenue un peu plus calme. Comme partout en Europe, les grands cinémas sont fermés. Beaucoup de gens font du travail à domicile. À midi, les restaurants sont nettement moins fréquentés. Les universités sont passées à l'enseignement à distance, ainsi que les classes secondaires des lycées en Suède. « Et pourtant, rapporte Christian Stichler, la Suède semble actuellement être une île des bienheureux dans une Europe où les contacts et les sorties sont interdits et où la vie publique s'est presque complètement arrêtée. »

Par exemple, les jardins d'enfants et les écoles jusqu'à la neuvième année sont ouverts en Suède. Les enfants jouent sur les cours de récréation, on continue de jouer au football sur les terrains de jeu. « Devant le Théâtre Royal, s’étonne le confrère, les gens sont assis devant une tasse de café sous le soleil de printemps. De temps en temps, un ferry part pour l'archipel. Comme si rien ne s'était passé. »

« La Suède a-t-elle été épargnée par le coronavirus ou le gouvernement du plus grand pays de la Scandinavie ignore-t-il la réalité ? », s’interroge le reporter. C’est juste que ce pays respecte les consignes de ses scientifiques. L'homme qui a jusqu'ici « guidé le pays à travers la crise avec tant de calme » est Anders Tegnell (63 ans), le plus grand épidémiologiste étatique. Presque tous les jours, à 14 heures, il se présente devant la presse et, avec ses collègues, annonce les derniers chiffres et les recommandations de son organisme.

En ces temps où, partout en Europe, les gens se calfeutrent chez eux, Tegnell rencontre beaucoup de résistances en ce moment avec ses mesures libérales. Il devient assez controversé en Suède. « D'une part, constate le confrère, il est admiré, reçoit des fleurs et des encouragements, mais de l’autre, les critiques sont plus vives, même au sein de sa propre discipline. » Pourtant le coronavirus ne s’arrête pas aux frontières de la Suède. Au début de cette semaine, les autorités ont compté près de 2 300 personnes infectées. 36 patients sont décédés des suites du Covid-19, le mardi 25 mars.

Sa position est différente de celle de Fredrik Elgh, professeur de microbiologie clinique à l'université d'Umeå. Dans une interview à la télévision suédoise, le médecin a déclaré qu’il est « très préoccupé ». Il aimerait même mettre tout Stockholm en quarantaine.

Étonnement des pays voisins

Selon Christian Stichler, la Suède serait pratiquement le seul pays au monde « qui ne fait pas tout son possible » pour arrêter la propagation du virus. Dans un article publié dans le journal suédois Dagens Nyheter, le professeur Elgh et 13 autres scientifiques ont réclamé plus de transparence de la part de l'autorité de santé publique. Il exigent à ce que « Tegnell et ses collègues divulguent leurs données et leurs modèles de calcul ».

Les pays voisins, le Danemark et la Norvège, regardent les Suédois avec étonnement. Dans le cas du Corona, fait remarquer Stichler, il constate peu d'unité au sein des pays scandinaves en ces temps de crise.

Pourquoi les jardins d’enfants et les écoles primaires restent-ils ouverts en Suède, malgré la hausse des taux d'infection ? Pourquoi n'y a-t-il pas d'interdiction de contact comme en Allemagne ou ailleurs ?, se demande Stichler. Il fait parler Tegnell : « le profit épidémiologique des fermetures d'écoles dans le cas du coronavirus est douteux. » Selon lui, ni en Italie ni en Chine, les écoles ne se sont révélées être des points chauds de l’épidémie.

Selon les études de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il n’y a pas en Chine un seul cas prouvé d'adulte ayant contracté le virus d'un enfant. Du coup, les Suédois ne voient pas d’intérêt de « garder des dizaines de milliers d'enfants en bonne santé à la maison ». Ils tiennent aussi en compte le fait que de nombreux parents exerçant des professions importantes ne pourraient plus aller travailler. Le credo de Tegnell : « Toutes les mesures que nous prenons doivent être réalisables sur une période plus longue ». Dans le cas contraire, toute la stratégie Corona perdrait son acceptation par la population.

La logique suédoise

Selon le correspondant d’ARD, la méthode épidémiologique suédoise peut être réduite à deux règles de base. Les personnes âgées ou les personnes ayant des problèmes de santé doivent être isolées autant que possible. « Donc pas de visites d'enfants ou de petits-enfants, précise-t-il, pas de déplacements en transports publics, et si possible pas de shopping ! » C’est la première règle. La seconde est que toute personne qui présente des symptômes doit rester chez elle immédiatement, même en cas de toux légère.

Selon Tegnell, si on suit ces deux règles, « on n’a pas besoin de mesures supplémentaires, dont l'effet n'est de toute façon que marginal ». Les autorités sanitaires suédoises se basent en outre, indique Stichler, sur une hypothèse de base qui est controversée dans d'autres pays : « les personnes qui ne présentent pas de symptômes sont considérées comme non contagieuses. »

Jusqu'à présent, du moins, le chef de gouvernement a suivi les recommandations de ses épidémiologistes. Il déclare leur faire confiance. Force est de constater qu’il n’y a pas eu jusqu’à présent de grande ruée sur les hôpitaux.

Une autre situation donne, affirme le reporter, de l'espoir aux Suédois : la répartition par âge des personnes infectées jusqu'à présent. « La plupart d'entre eux ont entre 40 et 59 ans et un grand nombre d’entre eux ont attrapé le virus en skiant en Italie et en Autriche ». On estime que le risque de tomber gravement malade est plutôt faible dans ce groupe.

En revanche, le nombre de personnes infectées âgées de 70 ans et plus est encore relativement faible. Stichler pense que cela pourrait expliquer pourquoi l'évolution de la maladie a été jusqu'à présent moins dramatique en Suède que dans d'autres pays.

Ils s’embrassent autrement

L’auteur du reportage fait état d’une autre théorie qui circule et qui est d’ordre anthropologique. Contrairement à ce qui se passe dans le sud de l'Europe, « les Suédois ont tendance à vivre à distance les uns des autres ». Il précise aussi qu’il est « rare que plusieurs générations vivent sous un même toit ». Et le baiser d'Europe du Sud sur la joue en guise de salutation est également assez « inhabituel » en Suède.

La propagation relativement lente du virus en Suède pourrait être « la preuve qu'Anders Tegnell n'a pas entièrement tort dans sa stratégie défensive ». Mais on n’en aura la preuve définitive qu'après la fin de la pandémie.

Toujours selon le journaliste, même dans les domaines des sports d'hiver du pays, la Suède suit sa propre voie. Le tourisme de ski s'est arrêté presque partout en Europe. Pas en Suède où les remontées mécaniques continuent de fonctionner. À Pâques, beaucoup de gens passent les vacances à la montagne. Après les premiers cas de Corona dans la station de sports d'hiver d'Åre, dans le Nord de la Suède, on a évoqué l’idée de mettre prématurément fin à la saison. « Mais les autorités sanitaires n'ont pas voulu aller aussi loin. » Juste quelques mesures : « Les téléphériques seront fermées. Les skieurs doivent garder leurs distances lorsqu'ils font la queue à la remontée mécanique. Dans les restaurants et les refuges, la nourriture et les boissons ne sont autorisées qu'à table. » Mais sinon l’activité sportive peut se poursuivre pendant la période de Pâques. À se demander combien de temps les Suédois continueront à faire suivre leur propre voie, à faire cavalier seul. Et qui sait ? Peut-être leur stratégie est bonne, vu le peu de cas qu’ils ont en comparaison aux autres pays européens ! Mais n’est-il pas trop tôt pour en avoir le cœur net ?

Huguette Hérard

N.d.l.r.
1) Christian Stichler dirige le studio de la première chaîne de télévision ARD à Stockholm.
2) « Zeit », 24 mars 2020. « Le monde à l’arrêt, à l’exception de la Suède ».




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