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Le Covid-19 sous la loupe de chercheurs allemands

Le Covid-19 sous la loupe de chercheurs allemands



Hendrik Streeck (42 ans) est le virologue le plus interviewé de l’Allemagne depuis la crise du coronavirus. Actuellement, avec son équipe, il effectue des recherches sur la propagation du virus dans le district de Heinsberg dont il est originaire. Dans une interview (1), il explique pourquoi on peut imaginer l'assouplissement de certaines mesures dans un proche avenir.


Située en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Heinsberg est la ville allemande la plus touchée par le coronavirus. C’est dans ce district que le virologue Hendrik Streeck mène des investigations pour le compte du gouvernement de cette région. Sa mission est de fournir le plus rapidement possible des faits très concrets à partir desquels des recommandations pour une action ultérieure peuvent être tirées. Pour cela, il s’agit d’abord de connaître le nombre de personnes en Allemagne qui sont ou ont été infectées par le virus Corona sans le savoir. Car, pour le virologue, ce n'est que lorsqu’on aura évalué le nombre de cas non enregistrés dans une population définie, comme à Heinsberg, qu’on comprendra à quel point le virus est dangereux et mortel. Il veut aussi mieux retracer les chaînes d'infection et « découvrir les circonstances dans lesquelles les gens sont effectivement infectés et celles dans lesquelles ils ne le sont. »

N’est-ce pour pas cet homme une énorme responsabilité que conseiller aux politiques le chemin à emprunter pour vaincre le virus ? « C'est aux hommes politiques de décider quelles mesures sont judicieuses et lesquelles ne le sont pas, lesquelles doivent être assouplies ou celles qui doivent être renforcées, dit-il. La science doit fournir les faits. » Pour le moment, il ne peut pas affirmer si les mesures prises sont correctes ou si elles devaient être poursuivies de manière aussi rigide. « Personnellement, je n'y crois pas, mais je ne pourrai le dire définitivement que lorsque nous disposerons de toutes les données. »


Pourquoi commencer par Hensberg ? Il explique que les virologues ont remarqué très tôt que les grandes épidémies se produisaient toujours après certains événements, surtout dans les endroits où l’on a beaucoup fêté. Il prend en exemple les rencontres dans un bar d’après-skià Ischgl (Autriche), lors d'un match de football dans le nord de l'Italie et dans un club à Berlin. À Gangelt, dans le district de Heinsberg, c'était justement la « Kappensitzung », une réunion du club de carnaval local. Il a choisi cet endroit parce que les chercheurs peuvent mieux déterminer les participants qui y étaient, ce qui n’est pas moins le cas des autres rassemblements. « C'est la première fois qu'une étude systématique est menée dans l'un des foyers européens de l’épidémie, se félicite-t-il. Nous faisons un travail de pionnier. »

Pour ce travail, le virologue a dans un premier temps tiré un échantillon représentatif de 1 000 personnes de la commune par l'intermédiaire du Bureau d'enregistrement des résidents. L’équipe a effectué un frottis de la gorge de chaque malade ainsi qu’un prélèvement de sang. À l’aide d’un questionnaire, les chercheurs leur ont ensuite posé des questions détaillées sur les maladies antérieures et les éventuelles chaînes de causalité, comme les voyages ou la nourriture. Le professeur a fait savoir que l'échantillon est choisi de manière à être représentatif non seulement de Gangelt, mais aussi de toute l'Allemagne.


Les chercheurs veulent aussi savoir pourquoi tous les participants n’ont pas été infectés par le Covid-19 pendant la session du carnaval de Gangelt en février ? Un doctorant s'occupe exclusivement de cette cession. À partir de la liste des participants, il effectue un travail de détective, raconte Streeck. « Où les gens se sont-ils assis ? Les personnes infectées étaient-elles assises ensemble ou à des tables différentes dans la salle ? Plusieurs personnes ont-elles bu dans un même verre de bière ? Ou bien les verres ont-ils été mal lavés ? » Il souligne un problème. « Lorsqu'il est apparu clairement qu'il s'agissait d'une épidémie de Corona, tous les participants de la session de carnaval n'ont pas été testés, on leur a seulement demandé d'être mis en quarantaine. »


Il faut faire plus de tests

Dès fin février déjà, Streeck et son équipe avaient commencé des recherches en questionnant les malades atteints du coronavirus. Lors, ils avaient prélevé des échantillons de sang sur les patients. Ils étaient les premiers au monde à découvrir la perte temporaire de l'odorat et du goût comme des symptômes chez les patients contaminés par le Covid-19.

Pour lui, si on doit parvenir à un endiguement de l’épidémie en Allemagne (ou partout d’ailleurs), on doit faire beaucoup plus de tests, seule manière de briser les chaînes d'infection.

Avec l'Institut d'hygiène de l'Université de Bonn, Streeck a cherché à savoir sur quels objets et surfaces une personne infectée peut « laisser » le virus qui en contaminera d’autres. En prélevant dans de nombreux foyers de Gangelt des échantillons de télécommandes, de téléphones portables et des poignées de porte dans les maisons des personnes infectées, il avait en effet trouvé le virus. Mais il ne peut que fournir des preuves génétiques, car, explique-t-il, les chercheurs ne peuvent pas cultiver le virus à partir des échantillons. En d'autres termes : le virus sur la poignée de porte n'était plus actif et ne peut donc infecter les personnes.

Une bonne nouvelle. Mais il est encore « très difficile » à ce stade de faire des recommandations aux politiques, précise Streeck. Il dit que son équipe ne dispose actuellement que de l'expérience, mais pas de faits vérifiés de manière concluante. Ce qu’il peut donner comme conseils se résume à ce qu’on sait déjà : « Dans les semaines et les mois à venir », on doit éviter les événements où il y a beaucoup de gens qui font la fête dans un petit espace. Par contre, il pense que les restaurants, les magasins, les supermarchés, etc. ne présentent pas de risque d'infection. Il est certes important de garder la distance sociale, mais « jusqu’à présent au moins, il n'a pas été prouvé qu'une infection s’est produite en faisant des courses ou en conduisant un bus. »

Selon lui, bientôt on n’aura plus besoin de mesures de restriction extrême. Il trouve les interdits actuels « très drastiques ». « C'est toujours grave quand des gens meurent. Mais la question est de savoir si ces mesures mettent en danger d'autres existences et donc aussi des vies ? » Un vrai dilemme.

La solution, selon lui, est « de protéger réellement et efficacement ceux qui sont particulièrement exposés ». Il constate que dès que le virus pénètre dans une maison de retraite, une maison de soins ou un hôpital, le taux de mortalité augmente de façon spectaculaire. Il faut donc des instructions pratiques sur la manière d'éviter cela et, bien sûr, la fourniture de vêtements de protection et de désinfectants pour le personnel soignant. « Mais je suis convaincu que les tests sont également essentiels dans ce domaine. Je propose que tous les employés d'un foyer ou d'une clinique soient testés tous les quatre jours dans le cadre d'une procédure de pool. C'est rapide et cela n'immobilise pas trop de capacités ». On ne devrait pas attendre que le virus soit détecté pour effectuer des tests individuels. « Grâce à cette procédure, il serait possible de garder un œil sur pratiquement tous les travailleurs de la santé en Allemagne. »

Il trouve « tout à fait inacceptable » de simplement enfermer les personnes âgées pendant la durée de la pandémie du Corona. « Les personnes âgées, en particulier, estime-t-il, ont un besoin urgent de contacts sociaux. »

Pour ce qui est de la réouverture des jardins d’enfants et des écoles, il ne peut pas encore se prononcer, la collecte des données nécessaires étant particulièrement compliquée. « Par conséquent, conclut-il, nous ne savons pas non plus si les écoles et les garderies sont réellement des catalyseurs du Covid-19, comme on le suppose. Je pense personnellement que ce n'est pas le cas, mais je tiens à le souligner à nouveau : ce n'est pas une question d'opinions, mon but est de créer une base factuelle avec l'étude, et ensuite nous verrons. ».

Huguette Hérard

N.d.l.r.
(1) Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 1er avril 2020. Interview menée par Reiner Burger.




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