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« Sans égalité de traitement, il ne peut avoir de paix dans une société »

« Sans égalité de traitement, il ne peut avoir de paix dans une société »



Justus Bender (39 ans), philosophe et journaliste, est l’auteur d’un ouvrage sur «Alternative pour l’Allemagne» (AfD), le parti d’extrême droite néonazi et raciste (1). Dans le débat sur le racisme qui a éclaté en Allemagne et dans les autres grandes capitales européennes, il explique (2) pourquoi les Blancs ont du mal à comprendre la réalité de l’exclusion vécue par les Noirs ou des personnes de couleur.


« L'injustice est un poison, qui agit même à petites doses ! », écrit Justus Bender avant d’étayer son assertion. Il prend le cas d’un Noir qui marche dans une gare. Deux policiers l’abordent et le contrôlent. Il est le seul à être contrôlé. Les agents lui demandent ses papiers d’identité et son permis de séjour. Il montre sa carte d’identité, mais pas le titre de séjour dont il ne dispose pas puisqu’il est allemand. Pendant ce temps, ses compatriotes blancs ne sont jamais contrôlés et ne le seront jamais. « On pourrait penser que les contrôles d'identité sont une bagatelle, commente ensuite Brender. Mais ce n'est pas le cas. L'irritation ne consiste pas à être retenu pendant deux minutes : c'est le soupçon de ne pas être totalement accepté par cet État ! ». Un sentiment qui peut détruire à petit feu.

Il est un fait que les Noirs en Allemagne ne connaissent pas le même sort que George Floyd, Eric Garner, Michael Brown Jr, Tamir Rice ou Walter Scott (3). « Certaines choses sont meilleures en Allemagne, en convient-il. Par exemple, vous n'êtes pas tué par la police dans la rue ». Mais ceux qui pensent que les petites injustices de la vie quotidienne sont occasionnelles ou que ceux qui en sont touchés ne devraient pas trop s’en faire« désavouent leurs propres sensibilités et celles de leurs concitoyens » Noirs ou de couleur.

Or, rappelle à juste titre Bender, les Blancs ne se laissent pas du tout marcher sur les pieds. « En Allemagne, les voisins se disputent à cause du tri des déchets. En Allemagne, les gens vont au tribunal parce qu'ils estiment que les frais de déplacement de 41,65 euros versés à l'électricien sont une injustice flagrante ». Donc, conclut-il, on devrait aussi faire preuve de compréhension lorsque des Noirs se plaignent d'une injustice, aussi minime soit-elle. « Sans justice, il n'y a pas d'État, et la justice est absolue ! ».

Bender constate que ses compatriotes blancs ont du mal à comprendre que des gens ne puissent trouver un logement ou un travail juste à cause de la couleur de leur peau. Ou encore qu’ils soient insultés ou attaqués sans raison.

Il essaie d’expliquer la raison de ce scepticisme. L'Allemagne est un paradis pour les Blancs des classes moyennes. « La police est amicale envers eux, les propriétaires sont bienveillants et les employeurs leur font des promesses d’emploi. Personne n'est mal traité ». C’est pour ça lorsque les Blancs entendent des histoires de racisme, ils réagissent parfois avec scepticisme. Ils ont du mal à croire que le caissier de la pharmacie ait insulté un client ou qu’un policier soit brutal vis-à-vis d’une femme noire juste à cause de son apparence physique. Cela leur semblerait « incroyable ». Pour l’auteur, « le Blanc ne peut pas concilier cela avec la réalité de sa vie ». En revanche, lorsque les incidents ont lieu à l’étranger, ils suscitent moins de scepticisme. C’est pour cette raison que la mort brutale de l’Américain noir George Floyd - a eu un impact aussi fort en Allemagne. « Les reportages du Far West n'attaquent pas le quotidien idyllique. Il est plus facile de les condamner », explique le philosophe.

Cet instinct ancestral

Ce déséquilibre qu’évoque Justus Bender aurait aussi quelque chose à voir avec des « illusions ». Il affirme qu’on parle du racisme comme d'un « démon plutôt rare qui s’empare des gens ». Ce ne serait pas le cas. « La vérité est que la xénophobie, la peur de tous les étrangers, est un instinct humain primitif qui a peut-être sauvé autrefois du malheur les gens de l'âge de pierre, mais qui conduit aujourd'hui à des erreurs de jugement ». Elle serait en nous tous, quelle que soit notre couleur puisque nous sommes tous égaux, donc pareils.« L'affirmation de certains activistes selon laquelle la xénophobie est quelque chose d'artificiellement appris est fausse », d’après lui. Mais cela n’empêche pas les gens à « apprendre à réfléchir sur cet instinct ». Si on ne le fait pas, on serait tenté de chercher – et trouver - les raisons de notre xénophobie, par exemple avec les idées stupides reçues sur les noirs et les autres personnes de couleur. C’est là qu’intervient toute la culture héritée du passé, tous les préjugés cousus de fantasmes racistes concoctés pendant des siècles sur le Noir, depuis le Siècle des Lumières jusqu’à nos jours en passant par le temps de l’esclavage et celui de la colonisation contemporaine.

En dehors de ces deux aspects – instinctuel (réflexe ancestral) et culturel (les idées reçues) -, le racisme se mêlerait souvent à ce que Bender appelle « l'arrogance de classe ». Le rejet que subissent les Noirs ne proviendrait pas toujours d'une théorie qui considérerait les personnes à la peau foncée comme inférieures. Souvent, l'origine serait une « théorie des classes sociales selon lesquelles les Noirs sont supposés appartenir à la classe inférieure » dans la société. L’auteur concède que cela n'améliore pas la situation de désavantage dont souffrent les personnes touchées, mais « la cause doit être clairement énoncée ».

L’auteur trouve dommage que les discussions sur le racisme se terminent souvent par des disputes, « même lorsque tout le monde s'accorde à dire que le racisme est mauvais ». « L'escalade commence souvent lorsque les Blancs disent qu'une personne discriminée ne devrait pas faire une montagne d’une taupinière ». Il avertit ses compatriotes blancs que « ce mépris fait mal ». Si on est honnête, dit-il, on peut se souvenir du « ressentiment que peut susciter une personne qui passe devant nous à la caisse d'un supermarché, sans parler d'un policier injuste ».

Selon Justus Bender, cette empathie – combien nécessaire pour le vivre-ensemble - est particulièrement faible chez les populistes de droite. Il s’y connaît pour avoir écrit un ouvrage sur l’extrême droite. « Les partisans de l'AfD se plaignent constamment d’être discriminés. Ils exigent l'équité et le politiquement correct, mais seulement pour eux-mêmes. Leur égoïsme consiste à ne pas faire la même chose pour les autres ». À bien considérer, l’exigence pour l’extrême droite est « la liberté » d’être racistes. Mais comme conclut Justus Bender dans son petit commentaire, « sans égalité de traitement, il ne peut avoir de paix dans la société ». En effet !

Huguette Hérard

N.d.l.r.

1) Né à Bonn, en 1981, Justus Bender a fait des études d’américanisme et de philosophie. Depuis 2011, il est rédacteur politique à la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Il réalise depuis 2013, des reportages sur l'aide au développement. En 2017, il a fait paraître un ouvrage intitulé « Was will die AfD ? » (« Que veut l’AfD?).

2) Son texte de réflexion a paru dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung,14 juin 2020

3) George Floyd (46 ans, tué par la police de Minneapolis le 25 mai 2020), Eric Garner (43 ans, tué le 17 juillet 2014 à New York), Michael Brown Jr (18 ans, abattu le 9 août 2014 à Missouri), Tamir Rice (12 ans, exécuté le 23 novembre 2014 dans le Cleveland, Ohio), Walter Scott (50 ans, assassiné de 8 balles dans le dos le 4 avril 2015 à North Charleston, en Caroline du Sud),




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