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Nazis en uniforme !

Nazis en uniforme !



Ça fait longtemps que cette gênante histoire traîne et maintenant la ministre allemande de la Défense AnnegretKramp-Karrenbauer (57 ans) a décidé de nettoyer les écuries d’Augias. Suite à une série d'incidents d'extrémisme de droite détectés au sein du commandement des forces spéciales (KSK) de l’armée allemande, la politicienne du parti chrétien-démocrate (CDU) entend donner un bon coup de balai.


La troupe saisie sur le fait a jusqu’au 31 octobre pour faire ses preuves. Si, après ces quatre mois, aucun résultat probant n’est perçu, elle sera complètement dissoute. Vu que les opérations militaires dépendent aussi de l’approbation du Parlement, le ministère fédéral de la Défense a informé par écrit les experts du Bundestag de son programme global de réforme. Il prévoit l’arrêt de tous les entraînements et de la coopération internationale de la troupe d'élite ainsi que le retrait complet des opérations en cours. Une compagnie complète – celle où des incidents antidémocratiques ont été découverts - sera dissoute. De plus, la KSK sera privée de sa souveraineté en matière de formation. Dans quatre mois, un bilan devra être établi la concernant.

Si cette structure ne parvient pas à opérer un nettoyage en son sein, la question de savoir si elle pourra être maintenue dans sa forme actuelle et à son emplacement actuel sera posée, a fait savoir le secrétaire d'État parlementaire, Peter Tauber (CDU), dans une lettre adressée aux présidents de la Commission « Défense » du Bundestag, qui a été soumise à l'agence de presse allemande, la DPA.

Mme Kramp-Karrenbauer a déclaré au journal du Sud de l’Allemagne "SüddeutscheZeitung" qu'elle voulait donner à la troupe d’élite fautive une « chance de se mettre à l'épreuve ». « Mais si les membres de cette unité n'ont pas entendu ce coup de feu d’avertissement, la question d'une réorganisation de ce commando se posera inévitablement », a annoncé la politicienne du parti des chrétiens-démocrates (CDU). »

Derrière ce coup de balai, des soupçons d’extrémisme de droite. Depuis 2017, la troupe d'élite ne cesse de faire la une avec des incidents dévoilant le penchant de certains soldats pour l'extrémisme de droite. Tout a commencé en avril 2017 avec une fête d'adieu pour un commandeur de la troupe au cours de laquelle on a balancé des têtes de porcs, joué de la musique rock d'extrême droite et montré le salut d'Hitler. Une femme qui y participait, a rapporté les faits. En janvier 2020, le Service de contre-espionnage militaire (MAD) a révélé qu'au sein de la KSK, 20 soldats sont soupçonnés d'être de l'extrême droite. On constate qu’en relation au nombre de soldats, la proportion est alors cinq fois plus élevée que dans l'ensemble de la Bundeswehr.

Ce n’est pas tout. En mai 2020, sur la propriété d'un soldat de la KSK, en Saxe (Allemagne de l’Est), la police a découvert une cachette contenant 2 kilogrammes d’explosifs, d’armes, de munitions et des obus d’entraînement ainsi que des objets de dévotion d’extrême droite. C’est, rapporte la DPA, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. La ministre de la Défense a créé un groupe de travail chargé d’élaborer un concept pour mettre fin aux tendances extrémistes au sein de cette unité spéciale. C’est sur la base de ce rapport de 55 pages que la ministre a élaboré son concept de réforme, apprend-on.

Le verdict sur l'état de la KSK est désastreux, indique la presse allemande. Selon la lettre de Tauber, la troupe spéciale est « devenue indépendante au moins dans certains domaines au cours des dernières années, grâce à une compréhension élitiste malsaine de certains chefs ». Des « tendances extrémistes » et une « approche laxiste en ce qui concerne le matériel et les munitions » se sont développées. La supervision des services à tous les niveaux n'avait pas reconnu cette évolution alarmante ou bien l’avait tout simplement sous-estimée. « Il s'ensuit que la KSK ne peut pas continuer sous sa forme actuelle. »

Donc, les mesures devant permettre d’éliminer la mouvance brune (nazie) ont été prises avec effet immédiat.

Une couleur brune

Même l’opposition a loué le concept de la ministre de la Défense. « AnnegretKramp-Karrenbauer ne s'arrête pas à des mesures cosmétiques avec ses annonces », a jugé AgnieszkaBrugger, chef adjoint du groupe des Verts (écologistes). « Après bien trop longtemps, le ministère semble avoir enfin compris la gravité de la situation ».

Même satisfaction du côté des sociaux-démocrates de la SPD. La commissaire chargée des forces armées, Eva Högl, a salué les mesures de réforme en qualifiant les propositions de « très correctes » et de cohérentes. En même temps, cette responsable sociale-démocrate estime qu'il était juste que l'unité spéciale ne soit pas complètement dissoute, mais qu'elle ne soit composée que d'une seule compagnie. Cette force spéciale, qui fêtera son 25e anniversaire l'année prochaine, est nécessaire et la majorité d'entre eux fait un excellent travail.

L'experte en défense de la FDP (Parti libéral), Marie-AgnesStrack-Zimmermann, pense pour sa part qu’il aurait été « préférable de regrouper toutes les forces spéciales de la Bundeswehr et de les placer sous la tutelle du ministère de la Défense ».

Mais, comme il fallait s’y attendre, « Le Parti de gauche » (Die Linke), une formation politique qui se veut pacifiste et antimilitariste, a manifesté moins d’enthousiasme. L'expert en défense de gauche Alexander Neu a dit qu'il ne croyait pas en la réformabilité du KSK. « Il n'y a pas d'alternative à la dissolution complète de cette force. »

Pour ce qui est du parti d’extrême-droite, « Alternative pour l’Allemagne » qui siège au parlement fédéral depuis 3 ans, on ne s’attendait pas à ce qu’il s’insurge contre ses « frères d’armes ». En effet, l'expert en politique étrangère de l'AfD, Georg Pazderski, a condamné les mesures. Selon lui, avec cette décision, la ministre de la Défense Kamp-Krrenbauer réitère « la suspicion générale indicible et totalement infondée à l'encontre de tous nos soldats ».

Dans un article paru dans le dernier numéro de l’hebdomadaire « Der Spiegel » (27 juin 2020), deux journalistes ont affirmé que depuis déjà longtemps, beaucoup de soldats de cette troupe d’élite se sont sentis « trahis » par le gouvernement. Selon ces reporters, ils auraient attendu en vain des opérations militaires d’envergure et on les aurait trop longtemps maintenus à l’écart du reste de l’armée. Le taux de divorce au sein de la troupe serait aussi très élevé. Un signe. Pour les confrères, « la frustration et l’isolation auraient constitué un biotope pour des idées d’extrême-droite ».

Selon un historien de l’armée cité par la revue, SönkeNeitzel (52 ans), des unités comme cette troupe d’élite ne peuvent être tenues en équilibre que par deux facteurs : la « cohésion horizontale » (liens des membres entre eux) et la « cohésion verticale » (rapport avec la hiérarchie militaire et les autorités politiques). Si cette dernière relation est coupée ou perturbée, la « cohésion horizontale devient si puissante qu’un dérapage vers le tribalisme peut menacer ce corps ». C’est ce qu’un soldat du commando en question a constaté lorsque, dans une lettre de 12 pages adressée à la ministre de la Défense, il a parlé de cette « culture de groupe toxique » au sein de sa troupe. Il a aussi fait allusion à cette « culture de l’indifférence » qui a assurément permis à cette couleur brune de déteindre sur certains soldats.

Huguette Hérard




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