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Vers une « décolonisation » économique ?

Vers une « décolonisation » économique ?



En ces temps où l’on parle beaucoup de « décolonisation », notam-ment au niveau économique, voici une démarche qui semble aller dans le sens d’une meilleure relation nord-sud. Les Allemands veu-lent que désormais la production de leurs entreprises à l’étranger soit respectueuse des droits de l’homme. Il va même y avoir une loi sur les chaînes de production et de distribution.


« Les entreprises allemandes n’ont pas suffisamment contrôlé ni rendu transparents les principes éthiques de leurs chaînes d’approvisionnement ! » C’est le résultat d’une enquête sur le Plan d’action national « Entreprises et droits de l’homme » commandée par le gouvernement allemand.

C’est pourquoi le ministre fédéral du développement Gerd Müller (CSU, parti social-chrétien) et le ministre du Travail Hubertus Heil (SPD, parti social-démocrate) ont maintenant décidé d’adopter une loi sur la chaîne d’approvisionnement à laquelle seront soumises environ 7 400 entreprises allemandes. Selon Heil, la loi n’exigera que « ce qui est faisable et proportionné ». L’objectif est de parvenir à l’adoption de cette législation avant la fin de cette période législative, c’est-à-dire avant l’été 2021.

Selon les ministères du Travail et du Développement, seulement 455 des quelque 2 250 entreprises avec un effectif de plus de 500 salariés interrogées ont fourni des informations complètes sur la mesure dans laquelle elles garantissent des normes sociales et écologiques minimales dans leurs chaînes d’approvisionnement mondiales. « Beaucoup moins de 50 % » respecteraient leur obligation de vigilance. »

Müller a qualifié le résultat de « décevant ». « L’exploitation des per-sonnes et de la nature et le travail des enfants ne doivent pas devenir la base d’une économie mondiale et de notre prospérité ! », a-t-il déclaré. D’après le quotidien « Zeit » (14 juillet 2020), une première enquête réalisée l’année dernière avait donné des résultats encore plus négatifs.

Au vu des résultats, la chancelière allemande Angela Merkel (CDU, parti chrétien-démocrate) avait déjà insisté pour faire avancer la loi sur la chaîne d’approvisionnement, rapporte « Der Spiegel » (14 juillet 2020). Ce faisant, le gouvernement fédéral se conformerait à une en-tente contenue dans l’accord de coalition gouvernementale (2018-2023). C’était une exigence du SPD. Le groupe qui a porté cette loi sur la chaîne d’approvisionnement a demandé que cette législation contienne des règles claires en matière de responsabilité. Les associa-tions d’entreprises, en revanche, ont rejeté le plan. Ils insistent sur les réglementations volontaires. Mais comme la seule volonté éthique ne suffisant pas et que le nombre des volontaires n’allait pas dans le sens de la hausse, le gouvernement est passé à une vitesse supérieure en imposant cette loi.

Éviter le travail des enfants

En mars dernier, le constructeur automobile bavarois BMW a décidé de « remonter jusqu’à la mine grâce à la technologie des chaînes de blocs », cette technologie permettant de stocker et transmettre des in-formations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. Un bon début, car une plus grande transparence pourrait contribuer à éviter le travail des enfants, par exemple.

Au début de la Semaine verte à Berlin, en janvier dernier, plusieurs commerçants allemands en produits alimentaires avaient annoncé qu’ils vont faire en sorte que les agriculteurs dans les chaînes d’approvisionnement mondiales obtiennent un salaire adéquat leur permettant de vivre normalement. Plusieurs représentants de magasins d’alimentation avaient, lors, publié une déclaration volontaire à cet ef-fet avec le ministre du Développement Gerd Müller (CSU).

Selon le document, les entreprises vont contribuer à « permettre aux familles d’agriculteurs et de travailleurs des chaînes d’approvisionnement mondiales de bénéficier d’un niveau de vie décent ». Dans un premier temps, les entreprises veulent se limiter à la production de leurs propres marques dont les chaînes d’approvisionnement devraient devenir plus transparentes.

La traçabilité devrait désormais être possible, depuis la plantation jus-qu’au fournisseur. Les entreprises veulent également prendre en compte le respect des droits de l’homme dans la fabrication de leurs produits. La Société pour la coopération internationale (GIZ) va prendre en charge la coordination du groupe de travail qui s’en occupe. Les chaînes de supermarchés sont régulièrement critiquées à cause du prix toujours plus bas de leurs denrées alimentaires. Pour le chef des « Grünen » (parti écologiste), les paysans souffrent du système agri-cole. « La politique de subvention de l’UE et l’orientation de l’économie vers l’exportation comptent sur eux pour produire de plus en plus à des prix toujours plus bas », a-t-il critiqué lors d’une inter-vention à la radio « Deutschlandfunk ». Chaque règlement réduit le revenu des agriculteurs. Ils seraient de ce fait littéralement « broyés » par le système. Mais la réponse moins de protection du climat ou des animaux serait toutefois « erronée ».

Selon le ministre Müller, sept grandes chaînes de supermarchés alle-mandes s’étaient alors engagées à garantir des revenus suffisants dans leurs chaînes d’approvisionnement : « C’est bien qu’il y ait du mouvement dans le commerce alimentaire ! ». Cela montre également que la pression des consommateurs fonctionne. De plus en plus de consommateurs veulent savoir comment leurs aliments sont produits et d’où ils viennent. « Pour la première fois, les sept entreprises pion-nières reconnaissent que les faibles revenus constituent un défi majeur et qu’un salaire suffisant garanti est plus urgent que jamais », avait déclaré Müller, ajoutant que les agriculteurs des pays en développe-ment devaient recevoir une part nettement plus importante de la valeur ajoutée. Les revenus d’existence doivent devenir la norme : « L’objectif est clair : des supermarchés 100 % équitables ». Le com-merce doit maintenant aller au-delà de cet engagement volontaire et mettre en œuvre de nouvelles mesures en faveur de chaînes d’approvisionnement équitables.

La loi sur une chaîne d’approvisionnement respectueuse des droits de l’homme doit s’appliquer à toutes les entreprises allemandes employant au moins 500 personnes. Ce seuil de taille, cependant, doit encore être discuté, ainsi que le niveau des sanctions en cas de violation. En tout état de cause, les sanctions devraient être ancrées dans une telle loi, a déclaré M. Müller. Il a ajouté que l’action volontaire des entreprises ne permettrait pas à elle seule d’atteindre l’objectif.

Ce n’est pas l’avis du ministre fédéral de l’Économie, Peter Altmaier (CDU). Pas étonnant, car les ministres de l’Économie sont réputés proches des patrons. « La grande majorité des entreprises allemandes respectent les droits de l’Homme à l’étranger », a-t-il fait valoir. L’Allemagne est déjà un pionnier en matière de normes sociales, de travail et d’environnement dans ce domaine ». Même prises de position conservatrice de l’association des employeurs allemands, la « Bundesvereinigung der deutschen Arbeitgeberverbände » (BDA), selon le directeur de cette organisation patronale, les entreprises alle-mandes à l’étranger qu’il a visitées se comporteraient de manière ex-emplaire dans leurs activités à l’étranger et se seraient engagées en fa-veur des droits de l’homme. Dans une interview sur « Deutschland-funk », il a dit qu’il serait problématique que les entreprises doivent payer pour des griefs qui sont la faute de tiers et non la leur. « Cela n’était en aucun cas acceptable ! » Malgré ces voix discordantes, une chose est sûre : la machine pour une meilleure qualité du travail est en marche et ne va pas s’arrêter en si bon chemin.

Huguette Hérard




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