S'identifier Contact Avis
 
33° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Vers la révolution politique des femmes en Haïti

Vers la révolution politique des femmes en Haïti



Du silence confirmé des femmes politiques haïtiennes depuis quelque temps, en passant par le confinement de la majorité des femmes influentes pendant les périodes de « Peyi-lòk », et sans oublier la distance des principales organisations de femmes sur la scène politique entre les troubles et les manifestations qui ont dominé l’année 2019 et même les six premiers mois de l’année en cours, certains observateurs avisés pensent qu’il pourrait s’agir d’un recul ou d’un retrait stratégique utilisé par des femmes leaders, pour mieux rebondir dans les prochains mois et les semaines à venir, quand les véritables batailles pour la prise du pouvoir et la gouvernance du pays débuteront. Pourquoi la prochaine révolution politique en Haïti passera-t-elle par la voie des femmes ? Quelles sont ces femmes qui vont finalement accoucher le rêve haïtien ?


De la révolution culturelle de la Chine, on s’est accroché à l’un des proverbes chinois qui nous apprend : « Avant de faire la révolution, reforme ton cœur ». Quelles femmes, particulièrement des filles, ne sont pas toujours influencées par les dessins, les objets et les décoratifs qui prennent la forme de cœur. Donnez une feuille et un crayon à une adolescente, sur cinq dessins libres qu’elle va tenter de réaliser, on va finir par observer au moins un cœur. Comment utiliser la sensibilité et les émotions, l’énergie humanisant et l’intelligence collective des femmes dans le renouveau d’Haïti ? Face aux difficultés et aux douleurs des milliers de familles en Haïti dirigées dans la grande majorité par des femmes, comment toucher le cœur des décideurs masculins par la sensibilité de leurs épouses ou leurs filles tant aimées ?

Difficile de ne pas reconnaître le pouvoir silencieux-complice ou symbolique des femmes dans la politique en Haïti. Grâce à leurs replis derrière leurs maris et leurs enfants, ou leur refus de participer activement dans la vie politique au cours des dernières décennies, ces dernières ont pratiquement laissé un vide dans les sphères de pouvoir, maladroitement comblé le plus souvent.

Derrière les dirigeants, les membres de l’opposition, les leaders communautaires ou chefs de groupes armés, dont les noms animent les conversations et les publications sur les réseaux sociaux, et qui sont les cibles des critiques au quotidien, dans tous les débats et les discussions, en majorité des figures masculines, ce sont pratiquement des femmes dans leurs multiples statuts et fonctions officiels et informels, qui bénéficient des gains, des biens et des avoirs de ces leaders qui parfois les rendent prématurément veuves ou orphelines. Comment mesurer l’influence véritable des femmes sur nos hommes politiques dont parfois la finalité de leurs combats se réduit dans beaucoup de cas, à la satisfaction économique, matérielle et au bien-être de leurs moitiés ?

Défilé imposant dans les rues, des membres de la communauté protestante en Haïti contre le dernier décret en date exigeant le respect des droits des minorités au sein de la société, particulièrement des LGBT, à défaut d’avoir les chiffres approximatifs du nombre de manifestants qui ont payé de leur présence la marche du dimanche 26 juillet 2020, les images disponibles dans les médias et sur les réseaux sociaux confirment en grande partie une présence imposante des femmes. Quels seront les véritables poids des femmes pro, pratiquantes, indécises ou tolérantes ou contre les pratiques homosexuelles en Haïti dans un contexte électoral ?

Désormais l’annonce de la candidature à la présidence du maire Wilson Jeudy a été faite dans la presse haïtienne au cours de la dernière semaine du mois de juillet 2020. En dehors de la photo officielle du potentiel candidat, on retient l’image de ce dernier en compagnie de son épouse qui semble avoir fait certains remous dans l’actualité, entre la main qui dirige et la beauté qui s’impose. Comment la présence de cette charmante épouse du maire de Delmas, qui semble avoir un pied à terre dans la diaspora pourrait-elle contribuer au succès politique dans l’ambitieux projet de son mari maire ?

Deux jours après la démission en bloc des huit conseillers électoraux, à la fin du mois de juillet 2020, c’est la représentante du secteur des femmes, la conseillère Marie Frantz Joachim, qui exprime son désaccord au projet de décret électoral soumis au président Jovenel Moïse en vue de l’organisation des prochaines élections, peut-on relever dans la communication de cette dernière. Quel sera le poids d’une telle position dans les prochaines décisions politiques, les prochaines alliances stratégiques des femmes et les prochaines compétitions électorales ?

Deux femmes diplomates étrangères sont prises pour cibles par certaines organisations et des partis politiques depuis quelques mois en Haïti, au cours des deux dernières années. Il s’agit de l’ambassadeur des États unis en Haïti, la diplomate Michèle Sison et la représentante spéciale de l’ONU pour Haïti et chef du bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Helen La Lime. Dans une récente lettre du collectif des citoyens engagés « Nou p ap dòmi », a été jusqu’à solliciter au secrétaire général de l’ONU, le remplacement cette dernière. Pourquoi certains États privilégient-ils depuis quelque temps des représentants de sexe féminin pour négocier avec les dirigeants haïtiens en majorité des hommes ? Quelles sont les rares femmes diplomates haïtiennes qui pourraient faire l’équilibre dans ces jeux de pouvoir, d’intérêts géostratégiques, du protocole de séduction et de la galanterie qui incarnent ces représentations dominées par de brillantes femmes en mission ?

Dans un contexte de renforcement politique et stratégique des groupes armés derrière autour du concept : « G-9 an fanmi e alye », il y a lieu de décrypter la présence de la femme, en tant que « Potomitan » de la famille en Haïti. Au final, il faut reconnaître que dans beaucoup de plaidoyers et des revendications de ces jeunes qui se livrent aux activités de violences, l’influence ou la faiblesse et la vulnérabilité économique d’une mère qui souvent élève seule ces enfants et ses garçons sont à la base de certaines dérives ou déviances. Même pour négocier avec les nouveaux seigneurs de nos villages, il parait utile et nécessaire de garantir les meilleures conditions aux enfants, et surtout aux mères ou aux épouses qui doivent élever les enfants de ces chefs autoproclamés. Des femmes au chevet de ces hommes armés influents, comment convaincre ces épouses et maîtresses à inviter leurs maris à la raison pour diminuer la peur et le deuil dans notre société ?

Dans les moments les plus difficiles de la crise de 2019, on se souviendra pendant longtemps de la forte représentation des femmes dans le gouvernement de Fritz William Michel, qui partageaient de façon équitable les postes au sein du pouvoir. Que deviennent ces femmes déçues (des ministres mortes-nées) qui n’ont pas été reconduites dans le prochain gouvernement ? Comment la présence de ces femmes ministres avait-elle contribué à calmer les jeux des négociations entre l’Exécutif et le Parlement d’alors ? Pourquoi le président Jovenel Moïse avait-il autant misé sur une présence de femmes dans un contexte aussi difficile et sensible pour passer le cap ?

Des femmes maires ont été reconduites à la tête de plusieurs villes du pays, comme la mairesse Nice Simon. D’autres malgré la confiance renouvelée par les autorités de l’Exécutif, ont choisi de plier bagage pour ne pas continuer à servir l’administration Moïse. Plusieurs autres femmes politiques influentes, comme l’ancienne mairesse de l’Arcahaie Rosemila Sainvil Petit-Frère, vont soit se reposer ou renforcer d’autres lignes féminines, d’autres rangs politiques.

Devant l’impasse actuelle où se trouve le pays, avec des crises en cascades sur tous les fronts, entre crise environnementale et sanitaire, crises économiques et sociopolitiques, le dysfonctionnement de certaines institutions régaliennes ou stratégiques, face aux mobilisations et aux manifestations qui réclament ces derniers mois les changements de système, confirme qu’il y a lieu de revoir nos modèles de collaboration et de coopération dans la gestion du pays. Jean Jaurès disait : « Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience ». Comment les femmes participent-elles à la conscientisation de la société à travers les valeurs qu’elles enseignent à leurs enfants ?

De John Fritzgerald Kennedy, on retient ceci : « Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable ». Plus que jamais, Haïti est en panne de femmes leaders pour servir de contrepoids, pour servir de points d’appui aux leviers, comme d’autres femmes marrons, militaires, mystiques et militantes comme Anacaona, Victoria Montou, Marie-Jeanne Lamartinière, de Cécile Fatima, Suzane Sanite Belair, Marie-Claire Heureuse Bonheur Dessalines, Marie-Madeleine Lachenais, Catherine Flon, Grann Giton, etc.

Dans l’impossibilité que la République d’Haïti puisse disposer d’un mémorial en l’honneur de ces femmes aux multiples talents humanistes, politiques, militaires et mystiques, c’est aux écoles et aux familles, avec la collaboration des médias, les plus éduqués et visionnaires, responsables et engagés pour le développement de participer à la préparation des moules qui doivent fabriquer les futurs acteurs et actrices qui vont révolutionner Haïti. Vers la prochaine révolution politique, et non esthétique et cosmétique des femmes en Haïti, qui va certainement passer par les livres et les savoirs, devenus les meilleures armes de combats dans cette société de l’information pour discuter et négocier son bien-être et son avenir de façon responsable. « La révolution est comme Saturne : elle dévore ses propres enfants. », nous rappelle une pensée de Pierre Victurnien Vergniaud.

De l’éducation des filles et de l’accompagnement des femmes, qui représentent une bonne partie de la population, à la fois très influente dans l’éducation de base et la gouvernance des familles, découlent les semences de la prochaine révolution politique en Haïti. « Les révolutions accouchent la force et liquident la faiblesse. », nous disait tantôt Bertrand de Jouvenel dans « Du pouvoir ». Comment l’administration de Jovenel Moïse participe-t-elle dans la préparation de la nouvelle génération des hommes et des femmes qui doivent accoucher l’autre Haïti, dont plus d’un rêve ?

De la capitale jusqu’aux dernières villes de provinces les plus reculées dans le pays, il faut commencer par les femmes, parmi les plus vulnérables qui trainent et croupissent dans la misère, qui se prostituent pour nourrir et éduquer des enfants. Il est venu le temps pour les femmes en Haïti de mettre en avant le cinquième des dix-sept objectifs du développement durable, qui consiste à : « Parvenir à l’égalité des sexes et à autonomiser toutes les femmes et les filles ». N’est-ce pas une grande révolution sociale et surtout en Haïti, si on arrive à garantir la participation entière et effective des femmes et leur accès en toute égalité aux fonctions de direction à tous les niveaux de décision, dans la vie politique, économique et publique ?

Dominique Domerçant




Articles connexes


Afficher plus [6935]