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« Les femmes font mieux face au coronavirus que les hommes ! », selon la conseillère du gouvernement écossais

« Les femmes font mieux face au coronavirus que les hommes ! », selon la conseillère du gouvernement écossais



La méthode écossaise de lutte contre le nouveau coronavirus semble donner de bons résultats. Quelle est la recette des Écos-sais ? Dans une interview (1), Devi Sridhar (36 ans), conseillère du gouvernement de Nicola Sturgeon, explique pourquoi son pays fait face à la pandémie avec autant de succès. Sa stratégie ne serait pas si difficile.


La tâche de cette professeure en soins de santé globale est d’étudier les moyens pour mettre en pratique les mesures proposées par les virologues, les épidémiologistes, les cliniciens et les pharmacologues. Il s’agit de capacité de gestion, de stratégie, de logistique, de finances et d’organisation de la santé publique : « Comment persuader les gens de porter un protège-dents et de garder leurs distances ?, explique Devi Sridhar. Comment amener les gouvernements à travailler ensemble pour combattre ce virus ? Comment réunir les bons partenaires à la table des négociations ? On sait souvent très vite ce qu'il faut faire, mais le faire réellement est terriblement difficile. Je fais de mon mieux pour aider ! »

L'objectif que l'Écosse poursuit est le « Covid-zéro ». Avec ce slo-gan, il s’agit de faire en sorte qu'il n'y ait plus de cas de Covid-19 dans ce pays. C’est-à-dire qu’on veut parvenir à arrêter complète-ment la transmission du virus. Et la stratégie nécessaire pour y par-venir n'est pas si difficile, explique Sridhar. « Nous laissons les mesures de verrouillage en place jusqu'à ce que le nombre de cas soit extrêmement faible, de l'ordre d'un chiffre ; puis nous déconfi-nons soigneusement étape par étape en testant beaucoup de choses, en traquant et en isolant les contacts et en rendant les masques faciaux obligatoires dans les magasins et les transports publics. L'Écosse a également décidé de ne rouvrir les écoles qu'après les vacances d'été. En attendant, nous y sommes presque ! » Au-jourd’hui, l’Écosse ne compte plus qu'une dizaine de nouveaux cas par jour alors que l'Angleterre voisine en compte encore plus de 500.

Ce faisant, l’Écosse suit donc les traces de la Nouvelle-Zélande, qui est déjà considérée comme exempte de virus. Pour les Écossais, cette méthode est « le moyen le plus rapide d'aider les gens à retrouver une vie normale ». À la différence d’un pays comme l’Allemagne qui se contente de réduire le nombre de nouvelles in-fections à quelques centaines de cas par jour.

Pour Sridhar, au début elle voyait les choses de cette façon, mais plus elle apprend sur la propagation du virus, mieux elle comprend qu’on ne doit pas se contenter seulement de quelques centaines de cas par jour. « J'aime comparer ça à la difficile tentative de laisser mijoter le lait sur le feu. La plupart du temps, ça tourne mal, car le lait peut bouillir à tout moment et causer un énorme gâchis. Il est tout aussi dangereux de laisser les infections virales mijoter à un niveau bas ! » Elle prend le cas de pays comme Israël et l'Australie, où le confinement avait bien marché au début, mais maintenant les cas sont en train d’augmenter fortement et la situation menace de devenir incontrôlable.

Vu que l'Écosse fait partie du Royaume-Uni, elle estime que c’est toute la Grande-Bretagne - et même l’Europe - qui devrait suivre la même politique. Les chefs d'État et de gouvernement de l'espace Schengen devraient décider de se débarrasser ensemble de ce virus. Un scénario irréaliste, mais pour la conseillère c’est une « stratégie rationnelle » digne d’intérêt. « La Chine et la Nouvelle-Zélande ont montré que l'élimination du virus est techniquement possible et même pas particulièrement difficile, même s'il y aura toujours des revers mineurs ! »
« On ne doit pas jouer avec la vie des gens »

On prétend que les pays qui ont des femmes à leur tête, comme la Nouvelle-Zélande, l'Allemagne ou l’Écosse, traversent mieux la crise. Sridhar partage cette observation. Elle constate en tout cas que les femmes-chefs de gouvernement sont plus prudentes et plus réticentes à la prise de risque que leurs homologues masculins. À titre d’exemple, les trois pays où les choses vont particulièrement mal - les États-Unis, le Brésil et l'Angleterre, sont dirigés par des hommes. Elle pense qu’on peut voir un certain schéma de person-nalité chez leurs dirigeants. Ils sont « tous avides de risques ». « Ce n'est pas le bon moment pour jouer, car nous jouons avec la vie, la santé et les moyens de subsistance des gens ! », estime-t-elle.

Quant à la situation dramatique aux États-Unis, Sridhar dit que c'est horrible de voir la Floride répéter la même erreur que tant d'autres pays et tant d'autres États américains en rouvrant tout et trop rapidement après un lockdown. Elle souligne que beaucoup de morts auraient pu être empêchées. « Vous savez : si vous écrasez quelqu'un avec votre voiture parce que vous n'avez pas fait atten-tion, vous irez au tribunal. Mais si des dizaines de milliers de per-sonnes meurent à cause de mauvaises politiques, il ne vous arrive rien. Où est la justice dans tout cela ? »

À propos de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) tant criti-quée ces derniers mois, Sridhar constate que beaucoup de gens ne comprennent pas ce que l'OMS peut et ne peut pas faire. « Cette organisation, dont les racines remontent aux années 1850, s'oc-cupe simultanément des accidents vasculaires cérébraux et de l'-hypertension, des accidents de la circulation, de l'anémie, de l'ob-ésité, des morsures de serpent, des maladies mentales et des épidémies. L'OMS doit s'occuper de toutes ces questions de santé simultanément, mais elle n'a aucun pouvoir réel. » Tout ce que l'OMS peut faire est d’exiger des États membres qu'ils signalent tout nouvel agent pathogène, ce que la Chine a fait dans le cas du coronavirus le 31 décembre 2019. Si un agent pathogène dangereux commence à se répandre dans le monde, l'OMS peut déclarer une urgence sanitaire internationale, ce qui s'est produit le 30 janvier, en déclarant de pandémie la maladie causée par le nouveau coronavirus. Selon ce principe, ce sont les dirigeants de chaque pays qui doivent prendre des dispositions pour lutter contre la pandémie. « Le rôle de l'OMS est avant tout de fournir des infor-mations, explique-t-elle. Elle n’est pas une police sanitaire inter-nationale. Pour ce faire, il faudrait que les 194 États membres ac-ceptent de donner ce pouvoir à l'OMS ».

Quant à la décision des États-Unis, le plus grand contributeur, de se retirer de l’OMS l'année prochaine, Sridhar espère que le candidat démocrate Joe Biden reviendra sur cette décision s’il remporte l'élection présidentielle. Les États-Unis contribuent à hauteur de 15 % environ au budget biennal de l'OMS, qui s'élève à 5,6 milliards de dollars. Elle pense qu’il serait très difficile de combler cet énorme déficit financier. « En outre, les États-Unis sont également le plus grand contributeur obligatoire parmi les États membres - et ce n'est que grâce à ce budget que l'OMS a réellement le contrôle. En revanche, plus de 80 % du budget est constitué de contributions volontaires des États membres ou de donateurs privés tels que la Fondation Gates. La plupart de ces contributions sont affectées à des fins spécifiques, telles que la lutte contre le VIH, le paludisme, la tuberculose ou la polio ». Si les États-Unis quittent effective-ment l’OMS, l’influence des donateurs privés et de certains pays riches qui poursuivent leur propre agenda, va augmenter.

Comme les cotisations volontaires sont principalement destinées à la lutte contre les maladies infectieuses, Sridhar observe que deux domaines tout aussi importants ont été systématiquement négligés au cours des dernières décennies : le développement de systèmes de santé de qualité et durable dans les pays pauvres et les mesures contre les maladies non transmissibles telles que l'hypertension, le diabète et les maladies coronariennes.

Comme tous les scientifiques dans tous les pays touchés, Sridhar s’expose à des critiques acerbes et violentes de la part du public. « La pandémie met les gens en colère et les rend agressifs, et nous, les scientifiques, devenons les cibles de cette colère ! »

La pandémie l’a changée. Elle est devenue plus dure. Elle ne s’occupe plus des formalités et des apparences. Elle confie ensuite qu’elle est certes triste à cause de nombreux décès, mais en même temps, « pas mal de choses lui donnent beaucoup d'espoir » : par exemple, le fait de voir les gens s'entraider davantage qu'avant, d’être plus prévenants les uns envers les autres. « La solidarité que nous connaissons en ce moment est remarquable ». Notre ancienne vie ne sera plus la même après le coronavirus, pense-t-elle. Possi-ble !

Huguette Hérard

N.D.L.R. :
1) Interview de Veronika Hackenbroch pour la revue allemande « Der Spiegel », 26 juillet 2020
2) Professeure de soins de santé mondiaux à l'université d'Édimbourg, Devi Sridhar travaille actuellement à un nouveau livre dans lequel elle analyse les raisons pour lesquelles des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni n'ont pas réussi à combattre le coronavirus et explique comment nous pourrons mieux nous protéger lors de la prochaine pandémie.




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