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L’ère Luis Abinader Corona débute ce dimanche 16 août 2020 en République dominicaine

L’ère Luis Abinader Corona débute ce dimanche 16 août 2020 en République dominicaine



Luis Abinader Corona, leader incontesté du Parti révolutionnaire moderne (PRM) prêtera serment officiellement ce dimanche 16 août 2020 comme président de la République dominicaine. Une ère nouvelle s’ouvre au pays de Juan Pablo Duarte pour les quatre années à venir. Le nouveau président incarne tous les espoirs d’un pays et d’une société civile qui, au cours de ces deux dernières années, ont mené un combat acharné contre la corruption sous toutes ses formes à travers les gigantesques manifestations de « marcha verde ». D’ailleurs, l’état-major de cette entité menaçait récemment de reprendre les protestations dès le mois de janvier 2021 si rien de concret n’était fait au cours des prochaines semaines par le nouveau gouvernement pour non seulement lutter contre la corruption, mais aussi procéder à son éradication complète du territoire dominicain. Une très grosse ambition...mais une exigence fondamentale de la société civile dominicaine qui est très puissante et bien articulée à la société.


Pour le nouveau président, les défis sont immenses, mais il dispose de nombreux atouts dans sa manche qui lui permettront sans doute d’atteindre ses objectifs en matière de politique publique. Le premier atout du président Luis Abinader est qu’il dispose d’un parti fort et très discipliné : le PRM. En effet ce parti, qui n’a que cinq années d’existence, a su en très peu de temps se tailler une place de premier choix dans l’arène politique de la République dominicaine. Les élections du 5 juillet dernier ont confirmé sur le plan législatif les résultats des élections municipales de mars dernier qui indiquaient une montée en force de ce parti de centre gauche. Le Parti révolutionnaire moderne (PRM) contrôle maintenant plus de la moitié des mairies de son pays. Il dispose de la majorité absolue au Sénat avec 18 sénateurs et d’une majorité relative à la Chambre des députés. L’hégémonie est peut-être assurée sur une courte période, mais le PRM ne dispose pas pour les quatre années à venir de la très forte hégémonie du PLD au cours de ces dix dernières années. La lutte, en dépit des apparences, sera très serrée, car le PLD pourrait attirer dans son aire d’influence les sénateurs et les députés du bloc de La Fuerza del Pueblo, si Luis Abinader s’avise de les laisser en rade au cours de son mandat.


Autre problème qui se profile à l’horizon : l’ancrage à gauche du PRM. Contrairement à ce que pensent certains observateurs, le PRM officiellement n’est pas un parti de droite du point de vue idéologique même si ses dirigeants sont des membres éminents de la grande bourgeoisie dominicaine. En effet, ce parti se réclame très officiellement de Jose Pena Gomez le leader historique du Parti de la Révolution dominicaine (PRD) et de la grande tradition social-démocrate. Le PRM, sur le plan international, se rattache aussi au Forum de Sao Paolo qui est un regroupement de partis de gauche et d’extrême gauche de l’Amérique latine. Le PRM se rattache également à l’Alliance progressiste qui est un vaste regroupement des partis socialistes et social-démocrate à l’échelle mondiale. Mais on peut se demander si certains hiérarques du PRM ne seraient pas tentés par un certain aggiornamento idéologique maintenant que ce parti est aux commandes de la République dominicaine. Des indices très subtils pour ne pas dire subliminaires pourraient aller en ce sens. Mais un tel aggiornamento effectué trop tôt pourrait se révéler dangereux non seulement pour le PRM, mais aussi pour son fondateur le président Luis Abinader Corona. En effet, une éventuelle tentative en ce sens pourrait miner la base électorale, municipale et législative de Luis Abinader. Ce qui est la dernière situation dont voudrait l’homme du 5 juillet 2020.Ce d’autant plus que les 52,51 % de sa victoire électorale sont d’une très grande fragilité dans la perspective des quatre prochaines années de sa gouvernance. Donc, on peut parier que l’ancrage idéologique du PRM restera intact même si sur le plan économique et financier il respectera à 90 % les canons de l’orthodoxie issue du consensus de Washington.


Le deuxième atout de Luis Abinader c’est qu’il dispose de la sympathie agissante de Washington. En effet le gouvernement américain n’a jamais fait de mystère autour de son hostilité latente pour le régime du PLD daniliste non seulement pour les raisons de la lutte anti-corruption mais aussi parce que Santo-Domingo sous la houlette de Danilo Medina avait fait une option préférentielle en faveur de Pékin au détriment de Taiwan. Ce qui, aux yeux de certains secteurs à Washington, représente un crime de lèse-majesté, mais dans cette affaire l’administration Medina estime qu’elle ne faisait qu’obéir aux règles régissant la promotion et la défense de l’intérêt national. L’héritage chinois de Danilo Medina sera très lourd à porter et à gérer par Luis Abinader au cours des quatre prochaines années de son mandat. Officiellement Luis Abinader et le PRM, en dépit de leur affichage idéologique, ont les yeux très fortement orientés vers Washington DC. Mais officieusement Santo-Domingo pourra-t-il tourner pour de bon la page de l’épisode pékinois inauguré par Danilo Medina? On peut en douter si l’on se réfère à des déclarations faites par Luis Abinader dernièrement. La diplomatie de Luis Abinader dans ce domaine comme dans bien d’autres sera très subtile, feutrée et très intelligente.


Le troisième atout de Luis Abinader c’est tout simplement la fougue des jeunes qui évolue au centre ou à la périphérie du PRM. Cette jeunesse est animée par une réelle volonté de changement dans certaines pratiques de la politique traditionnelle dominicaine. Cette jeunesse est à la fois révolutionnaire et moderne, mais aussi très radicale dans sa volonté de lutter contre la corruption qui mine plusieurs pans de la société dominicaine. Ce sera sans aucun doute le plus fort levier dont disposera le prochain président du pays de Juan Pablo Duarte pour faire bouger son pays dans le sens qu’il compte imprimer à la nouvelle dynamique qui anime cette nation. Luis Abinader est un président jeune. Quelle sera sa politique envers la jeunesse dominicaine qui représente sans nul doute le principal atout dont il dispose pour la pleine réussite de ses quatre années de gouvernance ? Les prochaines semaines nous apporteront la réponse.


Haïti : un atout pour Luis Abinader Corona


Le quatrième atout de Luis Abinader est tout simplement Haïti. Comme la plupart des hommes politiques dominicains, Luis Abinader répète souvent que Haïti est une charge pour la République dominicaine que cette dernière ne pourra pas continuer à supporter définitivement ou constamment. Mais d’un point de vue « visionnaire » Haïti représentera plutôt dans les prochaines années une opportunité pour le pays de Balaguer et un atout pour Luis Abinader. Le PRM, dans la définition de son nouveau cadre politique envers Haïti, l’a d’ailleurs reconnu implicitement. Les provinces les plus pauvres de la République dominicaine se trouvent à l’ouest du côté des zones frontalières qu’elles partagent avec la République d’Haïti. Dans le cadre de la pandémie de la Covid-19 qui affecte profondément l’économie mondiale, cette zone transfrontalière pourrait représenter un nouveau pôle de croissance économique susceptible de relancer l’économie dominicaine tout en instaurant un partenariat économique durable entre les deux parties de l’île.


Ce 16 août 2020, Luis Abinader prêtera serment comme nouveau président de la République dominicaine pour les quatre années qui s’en viennent. Les défis économiques, financiers, géopolitiques, diplomatiques, politiques et sanitaires qui l’attendent sont immenses, mais il dispose d’atouts importants pour la réussite de son mandat. Il lui appartiendra désormais de bien jeter les dés dans le jeu qui l’attend. Mais comme le disait le poète : jamais un coup de dés n’abolira...le hasard.

Azad Belfort




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