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Le racisme, une affaire d’ethnie ou de classe sociale ?

Le racisme, une affaire d’ethnie ou de classe sociale ?



Le racisme, uniquement une affaire de couleur de peau ou d’appartenance ethnique ? La classe sociale y aurait-elle aussi un rôle ? C’est ce que le philosophe allemand Justus Bender essaie de démontrer dans un essai (1) en se basant sur des travaux de quelques chercheurs.


Le racisme, uniquement une affaire de couleur de peau ou d’appartenance ethnique ? La classe sociale y aurait-elle aussi un rôle ? C’est ce que le philosophe allemand Justus Bender essaie de démontrer dans un essai (1) en se basant sur des travaux de quelques chercheurs.

Les gens seraient-ils passés à côté de l'essentiel ? Le racisme n’est pas tou-jours une affaire de couleur de peau ou d’ethnie. Il peut être lié à des pro-blèmes sociaux réels. Selon Bender, les causes de la discrimination réelle des personnes issues de l'immigration ne peuvent alors pas être combattues efficacement si on ne les connaît pas.

Pour appuyer sa réflexion, il se réfère aux travaux du politologue de gauche Christoph Butterwegge, qui vient justement d’écrire un ouvrage ayant pour titre « L'inégalité dans la société de classe ». « Quand on vient d'une famille d’une classe sociale jugée inférieure, tout est beaucoup plus difficile. Je l'ai senti. La belle idée qu'en Allemagne, seule la performance compte est un mythe », juge-t-il. Les fils des familles aisées réussiraient donc plus facilement que ceux des foyers plus modestes. Il raconte en avoir fait l’expérience à l’école et cela l’aurait profondément marqué. « Lorsque M. Butterwegge affirme que la classe sociale est un plus grand désavantage que la discrimination ethnique, il le fait en tant qu’homme de gauche », intervient Bender.

Dans son livre, Butterwegge estime que « le fait qu'un enfant aille au ter-rain de football ou à l'école de ballet après l'école ne dépend pas seule-ment de son sexe, mais aussi, ou peut-être même plus, des revenus et du statut social de ses parents ». Pour lui, pas de doute : les enfants de parents riches sont « clairement avantagés ». Il indique la « principale cause de ce désavantage » se trouve dans « l'inégalité socio-économique », et non dans le racisme ou le sexisme. Aussi trouve-t-il dommage que les personnes so-cialement défavorisées n'apparaissent presque jamais dans le débat sur le racisme et le sexisme. « Un gros problème », à son avis.

L’autre expert auquel Bender se réfère pour appuyer sa thèse est le socio-logue Reinhard Pollak, membre de l'Institut des sciences sociales de Gesis-Leibniz, à Mannheim (Allemagne). Ce scientifique est du même avis que Butterwegge. Selon Pollak, « les chances des enfants issus de l'immigration sont avant tout déterminées par les ressources dont leurs parents dis-posent ». L’ethnie n’interviendrait que « dans une mesure beaucoup plus limitée ». Cette analyse n’exclut pas l’existence du racisme, mais elle met l’accent sur l’importance des désavantages sociaux dans l’expression du racisme. Selon « la plupart des chercheurs », l’aspect social serait beaucoup « plus puissant en comparaison ».

L'exemple que Bender prend est celui des études Pisa (Programme interna-tional pour le suivi des acquis des élèves). Ces recherches sur le niveau d’éducation des jeunes dans les pays de l’OCDE (3) montrent, en effet, que les enfants issus de l'immigration lisent moins bien que les autres. Cette réalité aurait rapport avec la question économique. Les chercheurs de Pisa ont remarqué que « les élèves lisent mieux lorsque le statut professionnel socio-économique des parents est plus élevé ». Donc il existe un lien entre le foyer parental et la réussite scolaire. En Allemagne, le foyer parental est « beaucoup plus important que dans la moyenne des pays de l'OCDE ».

« Les enfants immigrés étaient plus mal lotis parce que leurs parents étaient socialement plus faibles », conclut naturellement Bender. Il précise que ce n'est pas le cas dans tous les pays. Étonnement : « Au Portugal et en Hongrie, les immigrants ont un statut social plus élevé que les autochtones. En Allemagne, ils ont un statut inférieur, et cela a des conséquences ». Les raisons ? On ne les indique pas.

Quelle discrimination ?

En conséquence, l’expression « personnes issues de l'immigration » dési-gnerait un groupe qui, d’après le philosophe, n'existe même pas dans la réalité. Et d’expliquer sa thèse en prenant un banal exemple : « un banquier d'affaires français, un ouvrier de la construction polonais et un réfugié syrien n'ont aucun point social ou culturel en commun hormis le fait qu’ils ne sont pas allemands ». Histoire de dire qu’ils ne connaissent pas le même racisme.

Du coup, il met cause les concepts de racisme et de sexisme. Deux catégo-ries qui, d’après ses observations, prêtent à confusion. Selon ces termes, les pyramides de victimes sont conçues avec au sommet une classe d'hommes privilégiés blancs. Il est persuadé qu’il faudrait aussi prendre en considération d’autres « désavantages beaucoup plus puissants » : le manque de ressources sociales. La pyramide des victimes montrerait tout simplement une image incomplète. « Il faut alors rechercher une catégorie plus appropriée, comme le manque de ressources sociales, dont la cause peut aussi être la discrimination ».

Pour mieux asseoir sa thèse, Bender s’appuie sur les données de l’hebdomadaire politique et culture « The Spectator » (194 années d’existence). Selon ce journal britannique, « au Royaume-Uni, les immi-grants britanniques du Bangladesh gagnent vingt pour cent de moins que les blancs, les noirs neuf pour cent de moins que les blancs, tandis que les personnes d’origine indienne gagnent douze pour cent de plus, et les im-migrants chinois trente pour cent de plus ». Le philosophe conclut que « la discrimination fondée sur la couleur de la peau peut expliquer certaines différences, mais pas toutes » (fin de citation). Ces statistiques dénotent en effet le peu de points communs entre les minorités ethniques.

Les données qu’il présente en se basant sur les données des universités bri-tanniques veulent mettre en évidence des incohérences vu que le racisme en tant que cause est loin de créer une uniformité. « Les Britanniques noirs d’origine africaine ont plus de succès que les blancs, indique encore le journal. Tel n’est pas le cas pour les Britanniques noirs des Caraïbes. Les filles pauvres de Chine ont plus de succès que les riches filles blanches. Le groupe le moins susceptible d'entrer dans les universités britanniques sont les garçons blancs pauvres. Seuls 13 % d'entre eux y parviennent, soit moins que tout autre groupe noir ou asiatique. Ils se trouvent au bas de la pyramide. » De l’avis du journal, politiquement, ces garçons blancs pauvres sont loin d’être intéressants. Statistiques troublantes. Bender pense que si un politicien britannique, par racisme, mise sur des « jeunes hommes blancs », il risque de « récolter des regards de travers ».

Pour l’Allemagne, qu’en est-il ? Bender indique que les jeunes issus de l'immigration ont beaucoup plus de difficultés à obtenir une place de for-mation en Allemagne que les locaux. Pourtant, des études ont montré que les jeunes issus de l'immigration ont un « niveau élevé d'orientation scolaire et professionnelle », y compris leur famille », précise-t-il en se basant sur la chercheuse allemande en formation professionnelle, Mona Granato. Néanmoins, les enfants immigrés sont invités à des entretiens d'embauche « beaucoup moins fréquemment que les jeunes natifs ».

Incertitude

Julius Bender reconnaît qu’il pourrait s’agir ici de racisme. Tout comme il peut aussi être question de discrimination sociale. « Un employeur peut re-jeter les candidats ayant un nom turc parce qu'il suppose qu'ils appartien-nent à une classe sociale inférieure. Un tel employeur ignorerait les can-didats allemands portant des prénoms comme Kevin ou Chantal pour la même raison ». Donc il existe, selon Bender, une troisième possibilité : les jeunes issus de l'immigration ont des notes plus faibles parce qu'ils ne dis-posent pas des ressources comme les enfants socialement privilégiés.

La théorie des mauvaises notes est fondamentalement fausse. Parmi tous les élèves ayant de bonnes notes, « seuls 56 % des enfants immigrés ob-tiennent un apprentissage contre 75 % des enfants sans origine étrangère ». Même le certificat de fin d'études n'explique pas la différence. Les enfants immigrés sont également aussi flexibles et déterminés à trouver un appren-tissage que les autres. La cause peut être un désavantage social, mais aussi racial. Comment le savoir ? Il n'y a « pas de réponse définitive », écrit Granato. C'est le cas dans de nombreux domaines des sciences sociales : l'appartenance ethnique des personnes en Allemagne n'est pas enregistrée, comme en Grande-Bretagne ou aux États-Unis à cause du passé nazi. Donc la discrimination ne peut être déterminée avec exactitude.

C’est pour cela que Justus Bender donne la parole au politicien Hermann Gröhe, vice-président de la faction CDU/CSU au Bundestag qui apporte un autre son de cloche. Il affirme connaître « tellement d'immigrants jouissant d'un grand prestige social qui ont néanmoins été discriminés ». Donc il doute de la thèse selon laquelle la classe sociale serait le facteur le plus important. « Je ne partage pas l'hypothèse selon laquelle le statut social protège contre la discrimination. Mais le statut social donne à celui qui le porte une capacité différente de se défendre », explique Gröhe. « La femme de ménage qui se sent victime de discrimination raciale ne se sent pas en mesure de se défendre. Le médecin principal d'origine turque peut changer l'hôpital si celui-ci devient trop désagréable pour lui ». Dans ce cas également, on dit que la classe sociale serait déterminante pour atténuer le désavantage de la discrimination ethnique.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
(1) Essai paru dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, 24 septembre 2020
(2) Il présente l’ouvrage avec le président du parti social-démocrate (SPD), Norbert Walter-Borjans.
(3) Les études Pisa sont menées depuis 2000 tous les 3 ans auprès des jeunes de 15 ans pour comprendre le niveau d’éducation des pays de l’OCDE.




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