S'identifier Contact Avis
 
28° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

« Sans paix, pas de développement », déclare Amary Joseph Noël

« Sans paix, pas de développement », déclare Amary Joseph Noël



Après une réunion virtuelle avec la cheffe du BINUH, Helene La Lime, en juillet dernier, le professeur Amary Joseph (1) a fait sortir un communiqué dans lequel il redéfinit sa position en ce qui concerne la présence en Haïti de cet organe de l’ONU et en profite pour parler des actions que ses organisations ont menées sur le terrain tout en réitérant ses propositions sur les grands dossiers nationaux.


« Le BINUH est arrivé chez nous à un moment où tous les clignotants étaient au rouge et les structures faibles ! », déclare d’entrée de jeule professeur Amary Joseph Noël dans une sorte d’aide-mémoire à l’adresse de Mme La Lime. Pour lui, ces types de missions sont généralement envoyés dans les pays en difficulté quand toutes les structures sont déjà en place. « Tel n’est pas le cas de l’Haïti actuelle, fait-il remarquer. Ce qui rend la mission passablement inadaptée avec grand risque d’échec »!

Mais il estime toutefois qu’il appartient au « cinquième pouvoir » - allusion faite à la société civile haïtienne – et aux « Haïtiens de bonne volonté » « d’apporter leur concours désintéressé au BINUH pour la réussite de sa mission et, par voie de conséquence, la construction en Haïti d’un climat sûr et stable ».

Inventeur du concept de « démocratie bienfaisante », Noël ne rate pas une occasion pour en parler, car c’est, selon lui, la seule manière de vaincre la division qui « handicape le développement national ». Sans la paix, il ne peut y avoir de production, de tourisme, de projets de développement. De développement tout court, ne cesse-t-il de marteler.

Cela fait 27 ans que Noël lutte avec d’autres organisations de la société civile pour la mise sur pied d’une « conférence nationale haïtienne souveraine ». Ce projet a été ensuite repris dans la charte de la Confédération des Haïtiens pour la réconciliation (CHAR), institution qu’il a créée en 2006 en vue de « réconcilier la nation haïtienne avec elle-même ». Cette fois, le label est, indique-t-il, moins polémique : il parle désormais de « grand congrès de l’entente inter-haïtienne ». Dans ses prises de position dans ses ouvrages et dans la presse, il fait toujours l’éloge « d’une Haïti réconciliée, pacifiée, forte et solidaire des nations civilisées de la planète ». Les pacifistes ont du chemin à faire, car la classe politique en est encore bien loin. Que ce soit avec ses deux autres associations, la CONASCH ou le GRSND, l’objectif de cet homme reste le même : ramener la paix.

« Vider les contentieux »

Dans son papier de présentation, Noël expose les préoccupations des différentes associations qu’il coordonne. L’une d’entre elles concerne la tenue d’une conférence nationale. En 2018, il a adressé une lettre au Premier ministre d’alors, Henry Céant, lui recommandant de transformer les états généraux de la nation haïtienne dont il était lui-même le porte-parole en une véritable conférence nationale, incluant la formation d’une commission « dialogue, vérité et réconciliation ». L’objectif de sa proposition était de « porter les secteurs antagoniques et la population, en général, à reprendre confiance dans les structures et les institutions nationales ». Avant, il était important pour les différents protagonistes de « vider les contentieux politico-économiques et historiques, telle la question des crimes de sang et celle de la dilapidation de fonds nationaux ».

En ce qui concerne le dossier Petrocaribe, Noël avait proposé que « les prédateurs eux-mêmes viennent égrener les torts causés, rendre les montants encore disponibles et recevoir le pardon d’une population mise en condition de réceptivité par une campagne nationale via la presse qui fouette l’orgueil et attise l’amour du pays et des concitoyens ». Autrement dit, il prône « un processus de justice restauratrice » en lieu et place d’un « mécanisme de justice judiciaire ». Le pacifiste pense que c’est une condition inéluctable si les Haïtiens doivent continuer à vivre ensemble dans « la paix et l’entente citoyenne » après la reddition de comptes.

Abordant la question des groupes armés, les militants pacifistes de la CHAR suggèrent d’intégrer les jeunes repentis des gangs dans la nouvelle armée nationale. Ils pourront devenir des soldats après un passage d’environ 15 mois à une sorte de « Boot Camp ». Des programmes de ce type seraient très en vogue aux États-Unis par exemple, explique Noël.


Noël et ses militants souhaitent un renforcement de l’embryon de l’Armée d’Haïti, nouvellement reconstituée, mais encore faible. Ceci serait nécessaire pour la « construction de la démocratie bienfaisante » dont il parle. Leur lecture de la conjoncture actuelle les porte à croire que la police a besoin de l’armée, de son expérience et de son savoir-faire. « Il n’est plus possible pour Haïti de singer le Costa Rica et d’opter pour une police comme seule force de sécurité nationale, répète à l’envi Noël. Ce pays est né avec l’armée ! Il sera régénéré avec et grâce à l’armée ! Haïti ne pourra, donc, jamais connaître la paix véritable sans la commission d’une armée nationale professionnelle. »Parallèlement, il suggère que les conditions matérielles déplorables des commissariats connaissent une amélioration. Il en devrait en être de même des policiers dont la plupart vivent dans des situations souvent précaires.


Pour ce qui est de la Constitution, la note de la CHAR réitère son opposition à la création d’une nouvelle assemblée constituante. Il préconise une « assemblée nationale générale constituante ». « Les secteurs, les institutions majeures et les groupes organisés de la société doivent envoyer des délégués munis de cahiers de charges au grand congrès de l’Entente inter-haïtienne », explique Noël. « Cette fois, la Constitution, souhaite-t-il, devra sortir des entrailles de la nation et non se révéler une pâle copie de constitutions nationales d’autres pays imposées par une méthodologie inappropriée. »

Pour ce qui a trait à l’environnement, Noël recommande qu’il soit élevé au grade de priorité nationale. Des lois devraient être adoptées pour « réguler les rapports de la population haïtienne avec le milieu ambiant ».

« Aide non liée et sincère » de l’étranger
Pour une sortie de crise, le professeur indique que le pays a besoin d’une « aide non liée et sincère de nos amis de l’internationale ».

Dans le même ordre d’idées, il juge utile une réconciliation de l’ONU avec la population haïtienne. « C’est à cette condition que l’aide offerte sera reçue, appréciée et respectée ! », précise-t-il. Par réconciliation, il entend la résolution du drame du choléra et le cas des femmes et enfants délaissés par les agents de Nations unies à la fin de leurs différentes missions. À ce sujet, le militant pacifiste souhaite que ces jeunes abandonnés puissent être reçus dans des écoles et des centres de formation afin qu’ils n’aillent pas renforcer la bande des laissés-pour-compte et démunis du pays.

Lors de cette réunion du 21 juillet 2020, la représentante du secrétaire général des Nations Unies aurait réagi positivement. Pour le chef de la CHAR, cette porte ouverte pour les femmes délaissées avec des enfants engendrés par des agents des Nations unies ouvrent la voie non seulement à une réparation des torts causés à ces personnes, souvent encore mineures, mais encore vont éloigner d’Haïti le spectre de jeunes délinquants programmés par ceux-là mêmes dont le mandat explicite était de créer dans le pays une situation sûre et stable.

Après cette entrevue, Noël a lancé un appel pour aider les différentes associations à engager une enquête afin de localiser et préparer un dossier le plus complet possible concernant les femmes et les enfants abandonnés par les agents des Nations unies. À l’époque, il s’agissait de connaître les noms des enfants délaissés et de leurs géniteurs, la nationalité de ces derniers ainsi que les circonstances dans lesquelles ces relations se sont déroulées. Car de nombreux cas de viol de mineures ont été signalés. Il pense que c’est « de la vérité reconstruite sur ces déboires que sortira la réconciliation sincère entre les masses haïtiennes et les Nations unies, ainsi qu’entre les Haïtiens eux-mêmes ». Entre-temps, c’est chose faite: une première phase des résultats de l’enquête sera présentée bientôt à la presse.

Pour ce qui est du « Grand congrès de l’entente inter-haïtienne » que les membres de la CHAR appellent de leurs vœux, ces pacifistes estiment qu’il devrait avoir lieu avant la fin du mandat de l’actuel président. Ils en envisagent déjà le déroulement : « Le processus devra être décrété par l’actuel chef de l’État et confié à une structure totalement indépendante. Des délégués sortis de tout le pays devront se présenter à la Conférence avec mandat signé du chef de l’Exécutif ».

Pour finir, Amary Joseph Noël traite des futures élections qu’il espère voir se dérouler de manière pacifique. Ce climat de paix est loin d’exister, l’insécurité continuant de battre son plein. Il est aussi d’avis que de bonnes élections démocratiques« ne peuvent pas se tenir dans ce climat généralisé de violence et de peur ». Mais les gangs, qu’en faire ? Cette question doit, selon lui, être résolue « de manière non violente, voire consensuelle », sans entrer dans les détails. Ultime proposition : le changement de l’appellation du Conseil électoral provisoire : il suggère qu’on baptise l’organe chargé d’organiser les élections dans le pays de « Centre national des élections et de la démocratie (CNED) ». Est-ce que ce changement de nom fera la différence ? Rien de moins sûr.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
(1) Coordonnateur général de la Coordination nationale de la société civile haïtienne (CONASCH), de la Confédération des Haïtiens pour la réconciliation (CHAR), encadreur principal du groupe de réflexion sur la sécurité et la défense nationales (GRSDN).




Articles connexes


Afficher plus [7472]