S'identifier Contact Avis
 
28° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

« L’Occident doit apprendre de l’Afrique », déclare Aminata Touré

« L’Occident doit apprendre de l’Afrique », déclare Aminata Touré



Dans une interview parue dans une revue allemande, l’ancienne Première ministre du Sénégal, Aminata Touré (1), a montré pourquoi l’Afrique fait mieux face à la pandémie et pourquoi l’Europe doit corriger son image du continent.


Comme on devait s’y attendre, la première question qu’on posera à Aminata Touré lors de cet entretien concerne l’actualité. Comme tout le monde, elle espère que Joe Biden « va remettre les États-Unis sur les rails ». « Qu'il revienne à une politique fondée sur des preuves et des données scientifiques plutôt que sur des sensibilités », ajoute-t-elle, en référence aux célèbres fake news de Donald Trump. Selon l’ancienne Première ministre sénégalaise, la réputation de l'Amérique doit être rétablie et le monde doit revenir au dialogue et à la coopération internationale. « Les États-Unis sont une grande nation, mais sous Donald Trump, elle a complètement déraillé », juge-t-elle. Et elle n’est pas la seule à penser ainsi.

Le président américain sortant méprise le multilatéralisme. Ce que déplore Touré, en raison notamment des conséquences d’une telle attitude. « En pleine crise sanitaire mondiale, reproche-t-elle, Trump a coupé le soutien financier aux organisations comme l’ONU par exemple ainsi qu’au Fonds pour la population ». Ce genre de coupes impactent directement la santé des femmes en Afrique. Elle indique qu’il leur est désormais plus difficile d'obtenir des contraceptifs ou des soins médicaux. Elle condamne aussi que Trump ait réduit le soutien financier accordé à l'Organisation mondiale de la santé (l’OMS) « au lieu d'investir davantage dans la recherche ou le développement conjoint d'un vaccin ».

D’autre part, Touré juge « absurde » le fait que le monde se soit détourné de la coopération internationale et qu’il ait fermé les frontières en raison de la crise du coronavirus. Selon elle, le virus ne respecte pas les frontières nationales. Même si elle reconnaît une différence d’impact du coronavirus sur les deux continents. « Il est intéressant de noter que dans cette crise, les États occidentaux sont particulièrement vulnérables. Pas le continent africain. Au début de la crise, on a parié que la Covid-19 causerait des millions de morts en Afrique. Cela n'est pas arrivé ».

En ce domaine, le monde aurait pu, selon elle, apprendre de l'Afrique. Les gouvernements d’Afrique ont l'expérience des épidémies et de la manière de les contrôler. Par exemple, les Africains ont pris à temps les bonnes décisions. « Au Sénégal, par exemple, les frontières ont été fermées plus tôt que dans de nombreux États européens, fait-elle remarquer. Les réunions ont été interdites, les transports publics ont été bloqués. Même les mosquées ont été fermées : c'était éprouvant pour une population à 97 % musulmane ».

Le revers de la médaille est l’accroissement de la pauvreté dans de nombreux États africains, conséquence directe du coronavirus. De nombreux travailleurs journaliers ont perdu leurs moyens de subsistance. Touré reconnaît cette situation catastrophique. Elle admet que l’épidémie a augmenté la pression sur les systèmes de santé faibles et sur les économies. En Afrique, il est devenu « beaucoup plus difficile pour les jeunes de trouver un emploi », indique-t-elle. « Nous devons nous attaquer d'urgence à ces problèmes. Néanmoins, il est temps pour l'Afrique d'avoir une nouvelle confiance en soi. Les gouvernements voient qu'ils sont capables de maîtriser eux-mêmes leurs problèmes, qu'ils peuvent agir de manière indépendante ». Touré estime qu’à l’avenir, l'objectif de la coopération internationale doit être le soutien mutuel des États dans le développement de leur propre expertise.

« L’Afrique s’émancipe »

Interrogé à propos de la critique assez répandue selon laquelle les États du Sud n’ont pas grand-chose à dire dans des organisations internationales telles que l'ONU, Touré estime que cette opinion repose sur un « dangereux préjugé », à savoir que le Nord est riche et puissant, le Sud pauvre et faible. « Ce n'est pas vrai, rectifie-t-elle. Il y a des économies prospères en Afrique, prenez le Nigeria ou l'Afrique du Sud ! Le continent africain s'émancipe, devient plus indépendant en termes de recherche ou de médecine ».

Le meilleur indice est, pour Touré, l'augmentation de l'espérance de vie, la réduction de la mortalité des mères et des enfants. « De nouvelles relations commerciales sont en train d'émerger : Le commerce intra-africain se développe. La classe moyenne se développe », mentionne-t-elle. Elle regrette que les médias internationaux accordent peu d'attention à ces changements qui s’effectuent en Afrique. La presse occidentale resterait « bloquée dans les stéréotypes du continent pauvre et en faillite ».

Selon Touré, la façon dont l'Europe regarde l'Afrique n'aurait rien à voir avec la réalité. Sa vision du monde trouverait, croit-elle, son origine dans le colonialisme. « L'Europe pense toujours que l'Afrique est coincée dans les années 50 du dernier millénaire. La distance entre les deux continents est devenue plus petite. L'Europe doit le reconnaître ».

Elle rappelle que l'Afrique, avec ses 200 millions de jeunes, est le continent le plus jeune du monde contre un Occident plutôt vieux. Mais en même temps, elle est préoccupée par la manière dont ces jeunes gens peuvent obtenir une formation et ensuite un emploi. Une « monnaie commune » en Afrique de l'Ouest et une « zone de libre-échange » pourraient être des solutions à ce problème.

Abordant le changement climatique, Touré certifie que ce phénomène affecte directement l'Afrique de l'Ouest. « Au Sénégal, par exemple, il y a 800 kilomètres de côte (3). Bien sûr, la montée du niveau des mers nous inquiète. La terre est inondée. Les gens doivent quitter leur maison, ils sont déplacés dans leur propre pays ». Elle fait toutefois observer que les régions les plus touchées par la crise climatique ne sont pas responsables de la pollution de l'atmosphère. Drame climatique qu’elle attribue aux États du Nord. « Mais ils ne veulent pas payer pour les dommages qu’ils causent », reproche-t-elle. « La crise climatique est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je suis si heureuse que Joe Biden ait été élu président des États-Unis. Il rejoindra l’accord de Paris sur le changement climatique que Trump avait annulé ». Un vœu mondial.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
(1) « Der Spiegel », 24 novembre 2020. Interview menée par Maria Stöhr.
(2) Née en 1962, l’ancienne Première ministre du Sénégal de 2013 à 2014, Aminata Touré a occupé divers postes aux Nations unies ; elle est aussi membre du Club de Madrid. Au sein de cette association, d'anciens chefs d'État échangent leurs points de vue sur la manière de résoudre ensemble les problèmes mondiaux.
(3) En comparaison, la Belgique a environ 70 kilomètres de littoral.




Articles connexes


Afficher plus [7472]