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Le mouvement anti-vaccin, un phénomène récurrent

Le mouvement anti-vaccin, un phénomène récurrent



S’opposer à la vaccination n’est pas un phénomène spécifique à notre époque. Dans une interview récente (1), l’historien allemand de la médecine, Malte Thießen, qui a effectué des recherches sur la façon dont les gens se disputaient autrefois à propos de la vaccination, nous en fait un intéressant récit.


Un peu partout en Europe, d’un côté, les gouvernements préparent des campagnes de vaccination de masse et de l’autre, les opposants à la vaccination se mobilisent alors que les députés, au Parlement, discutent à propos de la manière de contrôler les infections. Pour Malte Thießen, rien de nouveau sous le soleil, même si le ton hystérique actuel le laisserait croire. Les vaccinations sont toujours « un test » pour les sociétés et donc « une question politique ». Il souligne que même dans l'Empire germanique (1871-1918), cette croisade a fait l'objet de vives discussions, souvent avec des arguments comparables à ceux d'aujourd'hui, et aussi avec une rhétorique tout aussi survoltée.

En guise d’illustration, notre historien cite ce qui s’est passé pendant la guerre franco-prussienne (19 juillet 1870 - 10 mai 1871). Les prisonniers de guerre français avaient introduit la variole et rien qu'en Prusse, quelque 120 000 personnes y avaient perdu la vie. En réponse, le Reichstag (Parlement du Reich) a adopté en 1874 une vaccination obligatoire pour les enfants, « qui est restée controversée jusqu'à sa suppression complète en 1983 ».

À l’époque, dans tous les partis politiques, on trouvait des adversaires anti-vaccins. La crainte d’éventuels dommages causés par ces injections jouait déjà à l'époque un rôle majeur. Jusqu’ici des arguments plutôt rationnels. Mais Thießen indique qu’il existait, comme aujourd’hui, les fameux « chapeaux en aluminium » (2), ces complotistes qui croyaient en une conspiration du monde juif pour opprimer l'humanité.

Quant à la faction religieuse de l’époque, elle pensait que seul Dieu devait décider de la vie et de la mort et non les humains. L’antisémitisme avait ensuite disparu du débat sur la vaccination dans la jeune République fédérale, poursuit l’historien. Le fait qu'il réapparaisse aujourd'hui en Allemagne, il pourrait, selon lui, être dû au fait que les nouveaux médias facilitent la diffusion de clichés antisémites.

Thießen pense que ce n’est guère une coïncidence si de nombreux opposants à la vaccination viennent de la scène alternative. Leurs racines remonteraient déjà à l'Empire. Le mouvement bio et sa critique de la médecine conventionnelle auraient débuté au XIXe siècle comme un projet bourgeois. « Il s'agissait, rappelle l’historien, d'un mode de vie qui visait à l'auto-optimisation du corps par la nutrition, l'air frais, le soleil ». Ainsi la vaccination était dès lors considérée comme « un processus non naturel qui interfère avec le processus de maturation du corps. Cela a été combiné avec une critique fondamentale de la modernité ».

L’appartenance du corps

Le spécialiste soutient l’idée que les débats sur la vaccination portent toujours sur la relation entre l'État et le citoyen. « Il s’agit, dit-il, de savoir qui décide du corps, de l'individu ou du collectif ». Pour lui, les partisans et les adversaires de la vaccination sont donc inextricablement liés. Même au Reichstag, les politiques opposés à la vaccination polémiquaient contre la « toute-puissance de l'État ».

Certains opposants à la vaccination craignent que des médicaments soient testés sur eux. Autrefois c’était différent, car les tests se faisaient en secret. « Jusque dans les années 1960, des séries d'expériences ont été menées sur des groupes sociaux marginalisés, comme les enfants placés en institution ». Les entreprises pharmaceutiques et les instituts de recherche n'ont pas contacté les parents à ce sujet : ils ont obtenu l'autorisation des responsables de l’institution. Les nazis ont également mené des expériences sur les prisonniers des camps de concentration dans leur recherche d'un vaccin contre le typhus, qui a coûté la vie à des centaines de personnes.

Il n’existe pas de chiffres fiables quant à l'importance du groupe d'opposants à la vaccination dans le passé, mais Thießen estime que les opposants anti-vaccins n’ont jamais excédé les 5 % de la population. Cependant, précise-t-il, ils ont exercé une grande influence. « Dans l'Empire germanique, les clubs et associations correspondants comptaient 300 000 membres. Ils publient du matériel de propagande, harcèlent les membres du Reichstag, attirent l'attention. La vaccination a fait l'objet de plusieurs élections au Reichstag. Dans la République de Weimar, il ne manquait que quelques voix au parlement, sinon la vaccination obligatoire aurait été abolie ». C’est après 1945 que, comme le rappelle l’expert, les opposants organisés à la vaccination ont clairement perdu du soutien.

L'opposition à la vaccination est un mouvement international. « L'Angleterre étant considérée comme un Eldorado depuis que la vaccination obligatoire y a été annulée en 1907 ».

Pour faire face au mouvement anti-vaccin, l'empire a dû faire preuve de pragmatisme. Thießen indique qu’à partir de 1900, on ne punissait quelqu'un que s’il se soustrayait ostensiblement à la vaccination obligatoire. Puis des amendes et des peines de prison ont été imposées. Les vaccinations forcées étaient rares. « Même à cette époque, la police se plaignait du coût élevé de l'application des sanctions. Et même à cette époque, on craignait que des mesures coercitives ne mobilisent encore plus les opposants ».

Les nazis étaient anti-vaccins
Même les nazis se sont abstenus de recourir à la coercition. « Parfois, la crainte des parents suffisait à exempter les enfants de la vaccination. Et la vaccination contre la diphtérie, qui a été introduite en 1935, était également volontaire ».

L’attitude des nazis n’est pas étonnante, car d'éminents nazis se sont opposés à la vaccination. Julius Streicher, rédacteur en chef du journal nazi « Der Stürmer », a même écrit que la vaccination est « une honte raciale ».

Quant à Hitler, d’après l’auteur, de nombreux opposants à la vaccination comptaient sur son soutien, car, en tant que végétariens, ils pensaient qu’il émergeait du milieu bio. Le dictateur n’aurait jamais démenti cette idée qu’on avait de lui et il s’est abstenu de donner son avis sur la question. « Ce n’est qu’à partir de 1934, la Chancellerie du Reich a fait savoir que le “Führer” était favorable à la vaccination. C'était pour des raisons militaires. Le ministère des forces armées du Reich a averti qu'il ne serait pas possible de planifier une guerre si les soldats n'étaient pas vaccinés ».

Les nazis ont atteint des taux de participation allant jusqu'à 98 % pour la vaccination contre la diphtérie. « En comparaison, 70 % des enfants en moyenne ont été vaccinés à l’occasion de cette campagne obligatoire de lutte contre la variole ». Le ministère de l’Intérieur aurait même dit : « Pourquoi utiliser la force si on peut le faire volontairement ? »

Est-ce que les gens se sont vraiment fait vacciner de plein gré ? En tout cas, les opposants à la vaccination n'ont pas été poursuivis, indique Thießen. D'autre part, si quelqu'un ne faisait pas vacciner ses enfants, le gardien du bloc sonnait à la porte et posait des questions.

C’est à cette époque aussi, souligne Thießen qu’on a assisté à la montée des sociétés pharmaceutiques, qui allaient utiliser de nouvelles formes d'éducation et de la publicité. « Elles ont produit des pièces pour la radio, imprimé des brochures et des affiches qui mettaient un visage sur l'horreur de la diphtérie. Les nazis ont également utilisé pour la première fois des équipes de vaccination mobiles, telles que nous les connaissons aujourd'hui.

En ce qui concerne le combat pour la distribution, Thießen prend le cas de la vaccination contre le typhus sous le «Troisième Reich». Comme la maladie s'est déclarée en Europe de l'Est et qu'elle était considérée par les nazis comme une « preuve » de la saleté supposée du Juif, la préférence a été donnée aux soldats d'occupation, aux gardiens des camps de concentration ou aux membres des Einsatzgruppen de la SS. On supposait en procédant aux fusillades de masse des Juifs, ils risquaient d’attraper la maladie au contact des condamnés à mort. Comme le dit si bien Thießen, l'Holocauste est ainsi devenu un argument de répartition.

En RDA et en RFA

En République fédérale, au début des années 60, on a eu le même problème de manque dont on parle maintenant avec le vaccin anti-coronavirus. Par exemple, le vaccin contre la polio ne suffisait pas. Comme pour maintenant, on a accordé la préférence à un groupe de personnes. Si aujourd’hui avec la Covid-19, on privilégie la production des soignants et des personnes âgées, à l’époque la préférence a alors été donnée à la vaccination des jeunes enfants, ce qui a suscité des protestations de la part des jeunes et de leurs parents.

À l’époque, ce n’était pas le Parlement, mais l'Office fédéral de la santé qui avait recommandé aux Länder qui vacciner en premier. Le gouvernement de la RDA communiste a même offert son aide à l’Allemagne capitaliste en matière de vaccins. Quand on connaît l’antagonisme est-ouest existant à l’époque de la guerre froide, on comprend que l’offre ait été refusée.

La RDA s’était appuyée sur une vaccination obligatoire à grande échelle. Le SED (parti communiste) s'est engagé à rendre la nouvelle société planifiable, et la prévention a été un point important. Le nombre de maladies y a également diminué de manière drastique, notamment dans le cas de la polio.

Cependant, depuis la fin des années 60, la vaccination obligatoire n'a pas été appliquée de manière cohérente, croit utile de préciser Thießen. Cet échec est dû à la critique de la vaccination très répandue en RDA. « Les médecins ont déclaré qu'il n'y avait eu aucun refus de vaccination. Mais il a été prouvé que seul un tiers des enfants avait été vacciné. Le régime a accepté cela. L'une des raisons est que la production et la distribution du vaccin étaient trop lentes ». Pas étonnant puisque la vaccination n’est pas que sanitaire, mais éminemment politique.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
(1) Interview menée par Klaus Wiegrefe, parue dans « Der Spiegel » du 11 décembre 2020.




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