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Quand la Chambre des députés subventionne des écrivains

Quand la Chambre des députés subventionne des écrivains








Le dernier scandale en rapport avec le gaspillage de fonds publics touche la Chambre des députés. Des écrivains sont parmi les bénéficiaires des largesses du Bureau de la Chambre basse.

Le président de la Chambre basse, en voyage dans de hauts lieux à Washington, a mollement démenti, en début de semaine, l’information faisant croire que l’administration de la Chambre des députés aurait dépensé en eau, victuailles et autres petits jeux gastronomiques la somme stratosphérique de 152 millions de gourdes. La République ose croire, jusqu’à preuve accablante du contraire, l’honorable Gary Bodeau. Hier, un restaurant de Pétion-Ville, dans une lettre admirablement écrite, s’est dédouané de toute participation, même accidentelle, à un quelconque gaspillage de fonds publics avec la Chambre basse.

Cette sortie très littéraire pour traiter de basses oeuvres politiques a attiré l’attention de personnes, proche des milieux culturels, qui ont eu le déplaisir de feuilleter les pages du rapport acculant la Chambre des députés. Quoique l’affaire ait fait grand bruit dans la presse et envahi les réseaux sociaux, plateforme idéale des pourfendeurs des corrompus de tous poils, des personnes indexées, qui ont le talent et la légitimité pour répondre, ont choisi de garder le silence.

Deux écrivains, un majeur et une mineure, tous les deux journalistes, un virulent et une mondaine, ont reçu, d’après le document, de l’argent de la Chambre des députés contre la fourniture d’un certain nombre d’exemplaires de leurs oeuvres.

Dans l’Artibonite, les opérateurs culturels, peu habitués à de gros montants en circulation dans le milieu sont restés sans voix et ne comprennent toujours pas comment un écrivain de Port-au- Prince peut encaisser un demi-million de gourdes d’une institution de l’État. Les scandales de corruption passent et ne se ressemblent pas, il est vrai, mais on ne s’attendait pas à découvrir qu’on peut-être écrivain et colporteur à la fois.

Bien entendu, la Chambre des députés, à défaut de mieux, peut développer une politique d’acquisition de livres haïtiens, subventionner des auteurs, décerner des prix et offrir le café ou des buffets aux écrivains. Il reste un fait que la logique républicaine exige de la transparence dans les critères. Pourquoi lui, la voix autoritaire et critique de la capitale, et non le jeune poète des Gonaïves, de Saint- Marc ou de Poste-Pierrot ?

Le journal a recueilli les réactions de plusieurs acteurs du milieu. Ils sont unanimes à condamner la corruption endémique qui entrave la construction d’une société juste et intelligente. Par contre, ils n’ont pas osé, par pudeur, acculer les écrivains qui peuvent être à la fois éditeurs, démarcheurs, libraires, comptables et farceurs. En réalité, la pratique est très répandue chez les crypto écrivains, auteurs-entrepreneurs, qui fourguent leur production aux ministères et autres institutions publiques en jouant sur leurs réseaux et leurs relations.

Pour Didier Pierre, professeur d’histoire et responsable de syndicat, « c’est avec un sentiment de révolte que j’apprends la nouvelle de cet énième scandale de corruption dans les finances publiques. Quand on considère la misère abjecte qui prévaut dans le pays, on n’aurait pas imaginé que des responsables de l’État affichent de tels comportements. Les personnes qui organisent des activités visant à encadrer la jeunesse n’arrivent pas à trouver les moyens.

Je demande qu’une enquête approfondie soit menée et que des sanctions soient prises à l’encontre des coupables. Il n’est pas question que cette affaire de corruption passe comme une lettre à la poste. Non à l’impunité ! »

Ilionet Jacques, coordonnateur de l’Association de la promotion d’art (APA), n’est pas allé par quatre chemins : « la ville des Gonaïves, chef-lieu du département de l’Artibonite, a une population de plus de 300 000 habitants environ, dont 60 % sont des jeunes qui n’ont pas eux la chance de jouir de leur droit culturel, il n’y a aucune infrastructure culturelle dans la cité de l’indépendance. Or, il est très clair que la ville est réputée pour cacher pas mal de talents qui sont délaissés pendant que des hommes d’État pillent sans scrupule les maigres revenus du pays ».

François Nedjé Jacques, opérateur culturel, initiateur de Vive Haïti livre et livre tout partout. « Pour moi c’est une honte. Pas seulement pour l’administration publique, mais aussi pour le pays. Quand on considère les efforts de certains jeunes pour réaliser des événements d’envergure avec de faibles moyens sans aucun support et, de l’autre côté, il y a tout cet argent qui est dépensé comme ça. On peut vraiment dire que c’est un message clair de l’État qui pousse les jeunes à quitter le pays. C’est dire qu’on ne peut rien espérer d’une nouvelle Haïti. On voit bien que ces responsables n’ont aucun intérêt dans le pays. C’est une honte. »

Les réseaux sociaux ont parlé de l’eau, du buffet et du café, mais ils ont oublié les chèques émis au non de nos amis écrivains.

Lesly Succès



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