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Dix nouvelles plumes s’affirment dans le recueil de nouvelles « Mon père, ce héros »

Dix nouvelles plumes s’affirment dans le recueil de nouvelles « Mon père, ce héros »








Le recueil de nouvelles « Mon père, ce héros » paru chez C3 Éditions en 2018 rassemble les nouvelles de dix jeunes écoliers haïtiens qui avaient participé à la cinquième édition du Concours national de nouvelles, une initiative de l’Association des professeurs de français et de créole d’Haïti (APROFH) en collaboration avec C3 Édition et le Centre pour la promotion de l’excellence de la culture et de la citoyenneté (CEPECC). « Mon père, ce héros », ce recueil de nouvelles de cent cinquante-deux pages, esquisse le reflet de la société haïtienne engluée dans le chaos, la misère et la violence.

Dans ce recueil de nouvelles, « Mon père, ce héros », dix jeunes écoliers haïtiens issus de différentes institutions classiques du pays ont jeté un regard aiguisé sur la société haïtienne actuelle. Ils se sont accaparés de la page blanche pour interroger un quotidien haïtien harassant et communiquer leurs sentiments, leur malaise, entre autres. Écrire, pour eux, c’est s’abstraire du monde pour se créer son propre monde. Se tenir à l’écart pour penser, apprendre et se construire. S’impliquer, en un mot. La situation sociopolitique devient dans leurs nouvelles la toile de fond ou le décor en arrière-plan. Sur un incipit de la romancière et nouvelliste Yanick Lahens, prix Femina 2014, pour son intéressant récit « Bain de lune », les dix jeunes lauréats ont fait la part belle au réel et à l’imaginaire pour écrire des textes qui interpellent plus d’un.

L’incipit de Yanick Lahens était réparti comme suit : « Jonathan fut réveillé par les cris de l’employé de la maison. Il prêta attention et entendit tout un vacarme. La voix de son père et ses pas rapides dans l’escalier ! Le cœur battant, il sortit de sa chambre et se dirigea vers l’endroit d’où semblait provenir tout ce bruit. Sur les pas de la porte qui donnait sur la cuisine, Jonathan vit son père debout, furibond, un pistolet à la main, menaçant un enfant en guenilles, sa mère, assise sur un tabouret, était au bord d’une crise de nerfs. L’employé (e), hors de lui, gesticulait et demandait de débarrasser la surface de la terre de telles créatures. « De vrais posons, patron ! »

Cheminant dans les pas de Yanick Lahens, les auteurs en ont trouvé un prétexte pour s’exprimer. Ils ont caricaturé un État haïtien faible et incapable de se relever, un pays voué à l’échec du fait de l’irresponsabilité de ses dirigeants. Ils ont apporté aux lecteurs un pays exsangue qui est l’illustration parfaite de la violence, du non-sens, et en proie à des crises sociopolitiques récurrentes. Face à la conjoncture actuelle, certains auteurs voient leur avenir se rétrécir. D’autres ne veulent pas baisser les bras et cherchent de nouvelles perspectives d’avenir.

« Je jetai un œil vers le seul vrai miroir de la salle et faillis m’évanouir. C’était scientifiquement prouvé qu’on ne pouvait pas rajeunir d’environ dix ans en quelques secondes. Je ne voyais plus le jeune homme blasé par la vie, mais un gamin désemparé, désorienté qui ne demandait qu’à vivre sans avoir à se soucier de son ventre vide et de cet homme qui tenait dangereusement une arme chargée. Je voyais aussi cette déception indescriptible qui faillit me figer ». (P.63). Cet extrait de la nouvelle écrite par Darha Jhennika Noël illustre de fort belle manière la préoccupation de nos jeunes auteurs face à leur avenir hypothéqué. Dans une note écrite à la quatrième de couverture, le romancier et éditorialiste du journal Le National Gary Victor a écrit ceci : « Dix jeunes plumes pour explorer un quotidien fou, dégénéré, parce que traqué par les massacreurs de rêves ».

Le recueil de nouvelles « Mon père, ce héros » insère dans la conscience du lecteur des sentiments de refus et de révolte. Le lecteur se permet de voyager dans les aspirations et rêves fous des auteurs. Ervenshy Jean-Louis, Victoria Antoine, Darha Jhennica Noël, Hans Raphaël de Delva, Anne-Lyse Abellard, Rajiv David Alcimé, Mageda Bella Altidor, Princeley Jessica Leydarline Joseph, Christ Edna Gaëlla Sanon et Esther Samantha Baptisne ont proposé une remarquable mise en scène de la réalité haïtienne actuelle. Ils la décrivent sous une forme de solitude, de peurs, de déceptions et de rêves flous tout en prenant conscience de leurs talents révélés ou endormis en chacun d’eux. Les textes sont un réquisitoire sur nos maux, nos lâchetés, nos actes manqués et nos défaites pour que se lève en chacun de nous le chant du tambour qui appelle au konbitisme et au rassemblement.

Schultz Laurent Junior



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