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Lisette Lombé, le pouvoir des mots en action

Lisette Lombé, le pouvoir des mots en action








Lisette Lombé, artiste belgo-congolaise est poétesse et slameuse. Elle est invitée par le Centre Pen – Haïti, en partenariat avec l’association belge « Coopération Éducation Culture » (CEC), à animer un atelier d’écriture/slam destinée à la gent féminine les 13 et 14 septembre prochain à Port-au-Prince. Puis dans la foulée, elle participera au Festival "Transe poétique" qui suivra les 18 au 21 septembre à la FOKAL, au Centre d’Art et à l’Institut français en Haïti.

Le National: Lisette Lombé, pourriez-vous nous dire, en quelques mots, de quoi ou de qui vous êtes le nom ? (présentation)

Lisettte Lombé : Dans le spectacle « Congo Eza », je me présente sur scène en rappelant à mes enfants de quel ventre ils sont nés : « Dans mon sang, il y a le Kasaï (NDLR : province de la République démocratique du Congo) et il y a la Meuse (NDLR : fleuve qui traverse la Belgique). Il y a la cité congolaise, avec sa poudre à lessiver qui mousse dans les caniveaux et il y a la cité belge, avec son herbe qui pousse au pied des cages en béton. Dans mon sang, deux corps, deux cœurs qui ont dit merde à la norme ! Premier Noir. Première Blanche. Secousse des grands-parents. Rencontre du tiers monde et du quart monde qui donne un nouveau monde : moi, passeuse de feu... »

L.N: Que souhaitez-vous transmettre pendant ces deux jours d’atelier ?

L.L.: Je serai contente si chaque personne, qui participe à l'atelier, repart avec une compréhension affinée du souffle particulier de l'écriture-slam et de la puissance de la métaphore pour dire son rapport singulier au monde. Ma spécialité est le passage de l'écrit à l'oral, de la chaise au micro, de l'intime au grand partage, du témoignage cathartique à la performance poétique. On va écrire, oui, mais on va aussi mettre nos corps en mouvement et à partir de ce mouvement, transformer nos futures écritures.


L.N: Qu'est-ce que pour vous être « femme » aujourd'hui ?

L.L.: J’utilise tellement le mot « femme » au pluriel, dans sa dimension politique, intersectionnelle, en contexte de lutte contre le patriarcat que me voilà désarçonnée de répondre spontanément à cette question. Je me rends compte que je me définis plus souvent comme mère, comme artiste, comme militante que comme femme. J'ai 41 ans. J'observe les effets du temps sur mon corps. J'observe mes ambivalences. J'observe comment ma couleur de peau et mon sexe peuvent rester des freins ou des objets de mépris. J'observe mon besoin de liberté et la solitude amoureuse qui peut en découler. J'observe aussi comment le feu poétique grandit joliment à l'intérieur et comment je deviens désormais intraitable lorsqu'il s'agit d'ôter les cailloux du chemin des jeunes femmes et des filles.

L.N: Vous dites que "notre corps est notre outil de militance", que voulez-vous dire par là ? Est-ce la raison pour laquelle vous avez des mots tatoués sur votre peau ? Quels sont-ils ?

L.L.: Parmi les mots tatoués sur mon buste, il y en a que je partage sans me faire prier, car je les considère presque comme programmatiques. Ce sont eux qui guident, au jour le jour, mon action d'artiste engagée, afroféministe. Libres, solidaires, objet poétique, négresse ailée, corps amoureux, sexe rieur, la vie, la poésie. Ma présence sur scène est une autorisation pour d'autres à prendre leur place dans l'espace public, mes textes une invitation à se réapproprier nos histoires, l'érotisme une claque aux carcans. Et dans les lieux institutionnels, il s'agit d'aller faire tache noire en paysages blancs. Le mot « poésie » est tatoué sur mon cœur. Il me rappelle l'urgence et le long terme, la fragilité et la robustesse de la carcasse, le miracle de la vie, l'émerveillement et l'auréole sous les aisselles de ceux et celles qui travaillent effectivement au changement.

Le National : Avant de vous souhaiter un excellent séjour en Haïti, un dernier mot ou un souhait peut-être ?

Lisette Lombé : À quelques jours du départ pour cette terre de poètes, je me sens exaltée, car la famille va s'agrandir et intimidée par une Âme des lieux que l'on ne peut qu'effleurer lors d'un séjour court. Je viens en accueil de tout, en éponge du grandiose et du ténu, du choc thermique au choc poétique. J'espère repartir avec une belle craquelure dans mes images mentales. Retenir moins un pays que des mots et moins des mots que des personnes.

Propos recueillis par
David Bongard



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