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Tous les hommes sont fous

Tous les hommes sont fous



Du 25 novembre au 7 décembre 2019, le Festival Quatre chemins est de retour pour sa 16e édition. Les activités se dérouleront autour du thème « Tous les hommes sont fous ». Guy Régis Jr, directeur artistique du festival, a répondu aux questions du journal et a présenté l’éditorial de cette édition repris intégralement à la fin de l’interview.


Le National : Dans quel état d’esprit organisez-vous la 16e édition et quel public espérez-vous, en tenant compte de la conjoncture?

Guy Régis Jr. : On attend déjà ceux qui peuvent. Malheureusement. Mais on espère que partout où sont ceux qui aiment la beauté, se réjouissent de nous entendre exister. J’ose croire qu’il n’y a pas, dans mon pays, que des accros aux émissions débilitantes à la radio. Ça fait longtemps qu’on sert la peur comme si c’était en soi, un programme politique. Il y a de braves vivants qui veulent vivre. On inviterait toute la ville de Port-au-Prince, tout le monde sans distinction, s’il était possible.

Dans tous les quartiers, surtout ceux les plus vulnérables, à se mettre devant les barricades pour parler pays, dans des spectacles, des conférences, des chorégraphies... Nous voudrions pouvoir offrir du beau à tous les quartiers lockés. Pour faire un pays, il faut des espaces pour penser à demain. Où pense-t-on à demain, à l’avenir de nos enfants, pendant qu’on est bloqué ? Qui pense aux problèmes de la santé mentale ? Qui réfléchit à combien de personnes qu’on rend fou dans ce contexte tendu ?

L.N. : Après tant d’années, le festival a-t-il toujours la capacité de bousculer les pratiques et les idées reçues sur le théâtre haïtien?

G. R. J. : Le théâtre haïtien n’a jamais autant bousculé les codes. Parce que déjà il faut faire sans aucun moyen possible. Déjà sans édifice. C’est aussi parce que le milieu est constitué en grande majorité de jeunes créateurs ouverts aux propositions esthétiques du monde contemporain. Dans l’exposition proposée par Michèle Lemoine, à l’Institut français jusqu’au 30 novembre, on se rend compte de cette jeunesse qui ose, qui joue, fait nombre de mises en scène. L’une des meilleures preuves de cela, étant que les réalisateurs étrangers n’hésitent pas à venir faire leur casting ici, pour aller à Cannes après. Ce qui était très rare avant. Mais le théâtre continue d’être le parent pauvre des arts. Toujours pas de formation adéquate, ni de subvention nulle part.

Le National : comment présenter Michèle Lemoine, ses engagements de citoyenne et son travail consacré au théâtre ?

Guy Régis Jr. : D’abord une créatrice assidue. Une vraie passionnée. Même si elle ne le montre pas. Justement. Sa folie est de créer incessamment. Toujours un projet dans les yeux. Chaque année on a droit à au moins une création de Michèle. Et aussi une pédagogue. Et laquelle. Sa présence à Fokal a permis l’émergence de plein de jeunes qu’elle a vraiment suivis année après année. Aider, supporter, accompagner dans un contexte aussi difficile, avoir le courage de le faire, ne pas flancher soi-même, c’est extraordinaire. Une vraie battante.

Éditorial de la 16e édition
Malad mantal pa joujou la komedi
Maladi mantal se yon dram

À l’heure où le mot folie semble se perdre,
biffé par tous les vocables scientifiques.

Le mot folie devient si rare
On ne perd plus la tête
On ne perd plus une feuille
On n’a même plus un grain de folie

À l’heure où seulement 1% du budget total de la santé,
de notre chère Patrie en déroute, lockée-délockée, va à la santé mentale,
comme s’il ne s’agissait pas d’une réelle question de santé publique.

Cette année, le festival décide de s’intéresser
à ce gros problème qui touche réellement toutes
les couches de la société haïtienne.

Après toute catastrophe naturelle, ce qu’on recense le plus
chez les victimes, ce sont le plus souvent les traumatismes psychologiques,
plus que les blessures physiques.

La grande catastrophe du 12 janvier 2010,
n’a pas seulement frappé ceux qui ont été atteints physiquement.
Au-delà de ceux qui ont vécu directement ce traumatisme,
il y a tous ceux qui de loin ont été saisis, happés, effarés, catastrophés.

De quoi devenir fou. De quoi devenir fou. De quoi devenir tous fou.
Nous, on veut parler de notre fragilité mentale
De toutes les folies qu’on s’octroie
De toutes les folies dont on est capable
De tous les fous furieux qui nous gouvernent
Face à toutes les folies qu’on doit dépasser
On veut parler de la plus pure folie
De la plus grande folie de notre peuple : sa force de vivre envers et contre tout !

On ne peut plus parler de folie
Vite les censeurs nous corrigent
Mais tout le monde il est pas fou
Mais tout le monde il est névrosé
Mais tout le monde il est bipolaire
Mais tout le monde il est schizophrène
Mais tout le monde il est psychopathe
Mais tout le monde il est psychotique

Ces censeurs sont plus fous que les fous eux-mêmes
Que serait un monde sans la folie

Ne sommes-nous pas tous déréglés d’une certaine façon
Ne sommes-nous pas tous fous d’une certaine façon
Nous voulons traiter nos fous comme des fous qu’ils sont
Fous de vivre
Éthérés
Alunis

Les fous, tous nos fous, toutes nos folles sont de braves vivants !




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