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« Et si on me donnait la parole » à l’IFH

« Et si on me donnait la parole » à l’IFH



En amont de la seizième édition du festival Quatre chemins qui se tiendra dans la capitale haïtienne du 25 novembre au 7 décembre 2019, l’Institut français en Haïti (IFH) a accueilli la représentation théâtrale « Et si on me donnait la parole » inspirée des écrits de l’écrivaine Domitila Barrios née en Bolivie en 1937. Sur une mise en scène de l’acteur Rolando Étienne et d’après une adaptation du directeur du festival Guy Régis Junior, Domitila incarnée par Michaelle Charles dégage un parfum d’humanisme qui relève l’humain dans sa dignité.


Avec des yeux perdus dans le vide et qui fuyaient les regards des spectateurs, l’actrice, seule sur la scène balayée par une douce lumière, récite un long monologue poignant touchant et sincère. Sur un ton mêlant frustrations, indignations et colère, elle a essayé d’entremêler sa vie avec la lutte des mineurs boliviens. Tout au long de la représentation, elle a raconté sa lutte pour le pain quotidien, son engagement et sa stature de leader populaire. À travers la protagoniste, c’est la voix de Domitila que les spectateurs ont entendue, celle aussi des mineurs boliviens qui luttent pour survivre et qui supportent malgré leurs souffrances et leurs désillusions l’économie du pays. Ce témoignage décapant fait jaillir la lumière sur la condition des travailleurs dans les mines. Fille de paysans qui deviennent mineurs pour trouver du travail Domitila a épousé un mineur, eut sept enfants et a participé activement au comité des femmes de foyer. Militante infatigable, elle lance en 1978 une grève de la faim pour exiger la libération des mineurs emprisonnés. Dans son regard de militante engagée, Domitila Barrios raconte ses différents combats pour faire une projection sur l’avenir et permettre aux spectateurs de faire un plongeon dans le passé où l’exportation des mines en Bolivie n’a pas pu profiter ni au pays, ni aux travailleurs, mais aux puissances impérialistes. Plusieurs séquences de la pièce traitent de la vie des mineurs, du travail des mineurs et de l’engagement des femmes des mineurs dans les mines en Bolivie. « Le travail dans les minerais est très épuisant. Quand notre compagnon rentre à la maison, il va se coucher tout habillé. Il dort peu… mais le plus dur c’est la pointe de nuit. Les mineurs travaillent la nuit et viennent dormir le jour… Ils sont obligés de faire cette pointe dans le cas contraire on les licencie. L’espérance de vie des mineurs est à peine trente-cinq ans tant les conditions de travail étaient très difficiles. Après toutes ses expériences dans les minerais les particules de poussière s’introduisent dans les poumons quand ils respirent par la bouche et pu par le nez et dans les poumons elles finissent par s’agglomérer les travailleurs finissent par vomir du sang», a soupiré l’actrice avec des sanglots dans la voix.

Dans « Et si on me donnait la parole », le metteur en scène s’est intéressé notamment au contenu et à la réalité concrète de l’œuvre c'est-à-dire la réalité des gens qui travaillent dans les mines à un moment où l’on parle des mines comme porteuse de développement et de bonnes conditions de travail. Pourtant, en Bolivie vers les années 1960 c’était le contraire. C’est un cri venant d’une réalité, d’une complexité. C’est aussi une manière de dénoncer toute forme d’exploitation sur les conditions horribles des gens qui travaillent dans les mines. « Il faut changer le système », a dit l’actrice dans la chute de la pièce pour affirmer le sens de sa lutte. « Au-delà du combat de cette femme, il y a un grand sens d’engagement et d’humanisme qui interpelle tout le monde en faveur de l’évolution de l’être », a estimé un spectateur qui travaille depuis dix ans dans les mines en Haïti. Axée sur des témoignages et des confidences Domitila s’est aussi interrogée sur sa vie, ses choix et revoit les chemins semés d’embuches qu’elle a parcourus. Des chemins à travers lesquels, elle a forcé de comprendre que l’homme n’est pas le maitre de sa vie et de son destin. Cependant elle a compris par-dessus tout que c’était pour elle une nécessité, un devoir de faire passer à travers sa voix l’écho de ceux-là qui sont victimes d’exploitation et d’inégalités sociales.

Schultz Laurent Junior




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