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« La nuit juste avant les forêts », la quête de l’homme vers l’autre

« La nuit juste avant les forêts », la quête de l’homme vers l’autre



La nuit juste avant les forêts était en représentation à l’Institut français en Haïti (IFH) le mardi 26 novembre 2019 dans le cadre de la seizième édition du Festival de théâtre Quatre chemins. Le spectacle reprend strictement le titre de l’œuvre de l’auteur dramatique français Bernard Marie Koltès : « La nuit juste avant les forêts » parue en 1977. Seul sur la scène de l’IFH le comédien et metteur en scène Jean Erns Marie Louise de la compagnie La Thymélé a permis aux spectateurs de méditer sur le destin d’un homme.


Dans une nuit pluvieuse, au coin de la rue, peut être sur une place publique, un homme désemparé et rongé par la solitude tente de retenir attention d’un passant. Il s’agite et s’emporte et aborde l’autre qui feint de ne pas l’écouter. Il dit à travers des mots et des gestes l’intégralité de ses délires, de ses désirs, ses inquiétudes et ses écœurements. Peu importe ce qu’il dit, il déverse son trop-plein, ses défaites et ses désespoirs, relit à voix haute son journal intime qu’il avait gardé dans les parois de sa mémoire. Il est à la recherche d’une chambre pour y passer le reste de la nuit. Il entretient le passant de tout et de rien et débite à vivre allure ses impressions sur le temps lancinant qui passe. Dans un langage plein de fantaisie, il raconte une nuit d’amour avec un personnage nommé Mama, évoque le suicide d’une prostituée, décrit le système capitaliste toujours à la recherche du profit et se lamente sur la situation de l’artiste qui ne peut pas vivre de son art. À force de parler sans arrêt, le temps fatigué s’en va aux pas de course et l’homme se trouve toujours seul et n’a toujours pas de chambre.

Durant toute la représentation de la nuit juste avant les forêts, les spectateurs assis et debout sur la cour de l’IFH encadrent l’acteur qui recherche l’attention de l’autre. Dans une scène vide de décors, ils s’approprient du monologue et retrouvent leur écho dans la voix de l’acteur. Cette sorte de catharsis dans le sens d’Aristote retrouvé dans la pièce purifie l’âme les spectateurs et la délivre de ses passions. Le comédien Jean Erns Marie Louise, durant toute la pièce, se déplace et s’adresse à cet inconnu qui peut être n’importe quelle personne du public. Il incarne ce protagoniste instable qui veut faire ceci, qui veut faire cela et qui paie les conséquences de ses erreurs. Fuyant la tristesse, et le vide qui ronge jusqu’à l’os son existence, il crache à la face du monde sa révolte, parce que confronté à un destin qui le dépasse : « Tu restes muet et même ta présence est à remettre en question » a-t-il dit à voix haute dans un excès de colère et de frustration. « Tu restes muet et même ta présence est à remettre en question », cette phrase traverse dans un certain sens la pièce, saisit les spectateurs à la gorge et les laissent sans voix. L’auteur dénonce l’hypocrisie, l’indifférence, la prostitution, l’homosexualité, le chômage, les tabous et les préjugés des années 70. La pièce montre la quête de l’homme vers l’autre. Et c’est en ce sens toute sa beauté. « La nuit juste avant les forêts » est une métaphore qui montre que la société est devenue une jungle. La vie en quelque sorte est devenue trop dangereuse. Il faut en quelque sorte retourner dans la nature, trouver une forêt d’hommes et des cœurs à conquérir. Tel n’est pas malheureusement le cas, il y a trop de contrariétés et de différences qui dressent des barrières entre les hommes.

Schultz Laurent Junior




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