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Déception et discrimination

Déception et discrimination



À la suite du récent décès de Charlot Jeudy, fondateur et président de l’association Kouraj, spécialisée dans la défense des droits LGBT, Al Baby-One, jeune homosexuel haïtien, se livre et explique les raisons qui l’ont poussé à l’exil.


Le National: Pouvez-vous en quelques mots vous présenter ?

Al Baby-One: Je ne souhaite pas décliner mon identité pour des questions de convenances personnelles. Vous pouvez m’appeler par mon pseudonyme Al Baby One (ndlr : nom connu de la rédaction). J’ai 28 ans. Je suis né à Port-au-Prince, ville dans laquelle j’ai étudié la gestion administrative. J’ai travaillé dans le secteur privé et œuvré au sein de diverses associations. Je suis gay.

Le National: Pourquoi vous avez accepté de vous exprimer ?

Al Baby-One: J’ai appris avec stupeur et une grande tristesse l’assassinat de Charlot Jeudy. Il était le président de l’association Kouraj dans laquelle je militais en Haïti. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé aujourd’hui de témoigner.

Le National: Pouvez-vous nous décrire la situation des minorités sexuelles en Haïti ? Quel avenir leur voyez-vous ?

Al Baby-One: Les minorités sexuelles en Haïti sont l’objet de persécutions homophobes quotidiennes de la part de leurs proches, de la population en général et plus encore, de la part de l'État haïtien lui-même. Oui en Haïti il existe une «homophobie d’État ». Elle est le reflet de l’hostilité de beaucoup de Haïtiens et de Haïtiennes envers les minorités sexuelles. La tentative du Parlement haïtien, au niveau des deux chambres et à deux reprises, de faire passer des projets de loi anti-LGBTIQ+ en est la preuve. Il faut aussi y ajouter la passivité et le refus des forces de l'ordre et de la justice haïtienne à réagir aux multiples cas de persécutions et de violences homophobes qu'ils observent eux-mêmes ou qui leur sont rapportés.

Les homosexuels haïtiens essayent quand bien même de s’organiser en réseau pour se défendre, mais aussi pour se retrouver, pour partager des moments de convivialité. Ils essayent de « vivre leur vie d’enfer » avec courage; ils n'ont pas d’autre choix que de la vivre. En fait, ils en ont trois: celui de vivre leurs différences, mais alors ils s’exposeront à toutes sortes de violences (insultes, agressions, viols, meurtres, etc.), celui de se cacher et de se fondre dans le « moule hétéronormatif » et par conséquent de nier leur identité, ou encore celui de fuir le pays, prendre le chemin de l’exil. C'est le choix que j’ai fait.

Le National: Avez-vous milité pour les droits des LGBT en Haïti ?

Al Baby-One: Oui, j'ai milité pour la défense des droits des personnes LGBTIQ+ haïtiennes dans l'association Kouraj depuis 2017. À la suite de la première proposition de loi anti-LGBT du Sénat haïtien en 2017 (ndlr: qui souhaitait pénaliser l’homosexualité et en interdire sa « promotion »), j'ai été l'auteur-rédacteur d'une pétition en ligne contre cette proposition de loi; elle a été lancée sur le site officiel de l’association. Nous avons ainsi recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Des personnalités, haïtiennes et étrangères, ainsi que beaucoup de personnes nous ont soutenues.

Le National: Avez-vous été personnellement victime de violence ?

Al. Baby-One: Oui, en 2017. C'était suite à cette violente agression physique, qui m’a amené à l’hôpital plusieurs mois, que j’ai été sévèrement blessé. Mes employeurs ayant eu vent de mon agression et des raisons qui avaient motivé mes agresseurs m’ont licencié. Ma famille m’a jeté à la rue. J’ai donc décidé de militer au sein de l’association Kouraj.

Le National: Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter le pays et à demander l’asile politique dans un pays plus accueillant ?

Al Baby-One: La déception et la discrimination. J’ai décidé de fuir mon pays en 2018. Haïti m’a déçu, mon pays m’a déçu. Je suis meurtri. À la suite de mon agression, j’ai essayé de demander justice, mais je n’ai obtenu que du mépris de la part des autorités. J’étais l’objet d’incessantes réactions homophobes de mon entourage, que cela soit de ma famille, de mes amis, ou encore de mes collègues de travail.

Le National: Qu’évoque pour vous la devise haïtienne « Liberté, égalité, fraternité » ?

Al Baby-One: Je préfère m’abstenir de répondre à cette question.

Propos recueillis par :

David B. Gardon




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