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Il y a cinquante ans, la grande razzia de 1969 contre le mouvement communiste

Il y a cinquante ans, la grande razzia de 1969 contre le mouvement communiste



In Memorian Camarade Arnold Devilmé

À ses trois enfants : Nadya, Patrice, Marie Carmel

Onè !

Minklinbour, Hannibal, Harry quels que soient les noms de lutte dont il s’est successivement drapé, clandestinité oblige, c’est l’homme, le camarade, le compagnon : Arnold Devilmé que je salue et à qui je dis, Chapo ! Respè !

Avant même que des liens étroits s’établissent entre nous vers 1967, Arnold et moi étions déjà proches puisque nos deux familles se côtoyaient.

J’ai grandi, à Pétion-Ville, dans la maison de sa tante que mes parents tenaient en location. Dans cette même proximité de voisinage et de connaissance, l’une de ses cousines a porté sur les fonts baptismaux ma sœur cadette. Donc, des liens étaient tissés entre les deux familles Devilmé et Philibert.

Le jeune humaniste et militant de base

Arnold est né le 28 avril 1937, il est le cinquième d’une fratrie de dix enfants. J’ajouterais même que la famille Devilmé d’où il émerge est une des grandes familles de la classe moyenne laborieuse de Pétion-Ville. Arnold était un jeune homme qui dissimulait derrière son apparence paisible sa force de militant convaincu.

Arnold acheva ses études primaires dans sa ville natale, Pétion-Ville, et il continua ses études secondaires à Port-au-Prince. Puis il enseigna au Collège Simon Bolivar à Port-au-Prince.

Jeune adulte, le camarade, père de deux enfants adorait la musique. C’était un mélomane : « Jazz des jeunes » était son favori, il nourrissait un enthousiasme formidable pour la montée musicale des mini-jazz.

Arnold était un humaniste, il avait compris que la vie associative était un élément fondamental dans l’épanouissement de la jeunesse. Il fonda le club Postillon à Berthé (Pétion-Ville) où plusieurs jeunes pouvaient y exercer leur talent théâtral.

Nous sommes en 1967, notre camaraderie s’installait peu à peu et se consolidait. En dépit de sa maladie que j’ai découverte durant notre militance (cet homme courageux était atteint d’un ulcère d’estomac sévère), son implication dans le Parti était totale.

Son grand ami et camarade, Max Chancy, lui avait proposé de suivre un traitement au Canada en 1968, cependant il a été contraint de prendre le maquis après une interpellation des casernes militaires de Pétion-Ville. Il n’a pas pu voyager pour soigner son ulcère.

Connu surtout sous le « nom vanyan » d’Hannibal, le camarade Arnold a entamé sa militance politique à la fin des années 1950 lorsqu’il adhéra au Parti populaire de Libération nationale (PPLN), parti d’orientation marxiste. Il faut signaler qu’il était alors un fignoliste comme plusieurs de ses camarades. Dès son adhésion au Parti, Arnold s’est révélé un militant discipliné. Il était respecté de tous. Il dirigeait à Pétion-Ville l’importante organisation régionale du Parti dite « Danton ». Il était également un des responsables de l’impression des publications du PPLN qui voulait contribuer à mettre fin à la dictature de François Duvalier.

Au cœur de la relève du Parti

En 1963, Arnold devient membre du comité central du Parti, il continue de dédier l’essentiel de son temps au travail révolutionnaire. Il est donc un haut cadre du Parti, quand en juillet 1965, une féroce répression politique secoua le PPLN.

Nombre de cadres et de simples militants sont arrêtés et maints d’entre eux n’en réchapperont pas. Plusieurs membres ont dû recourir à des ambassades pour demander l’asile politique.

Le camarade Arnold et d’autres camarades restés sur le terrain, en particulier Jules St-Anne (Ti boss) et Thomas Charles, accèdent aux postes de direction du Parti. Ils rebâtissent l’organisation en 1966. Elle devient le Parti Union des démocrates haïtiens (PUDA). La préparation à la lutte armée est désormais l’un des objectifs du Parti.

Dès la fin de l’année 1966 et au cours de l’année 1967, le PUDA est victime de la répression. En digne fils du mouvement révolutionnaire, le camarade Arnold comme tant d’autres ont dû faire face à une nouvelle vague d’arrestation des membres du PUDA. Des têtes tombent. On dénombre parmi eux : Thomas Charles, Michel Corvington, pour ne citer que ceux-là. Yanick Rigaud trouva refuge à Pétion-Ville.

Pour l’unité des communistes face au terrorisme d’État

Le vaillant camarade, comme un commandant sur le grand front, recompose le parti avec ses autres frères et sœurs camarades. Il accède, alors, à la direction du Parti dont il devient le secrétaire général. C’est la seconde fois qu’Arnold participe à un tel travail de reconstruction du Parti.

En 1968, avec ses valeureux camarades, Galveau Desrosiers et deux autres militants-cadres du PUDA, Arnold poursuit le rapprochement esquissé cinq ans auparavant entre le PPLN et le Parti d’Entente populaire (PEP).

Les négociations aboutissent en janvier 1969 avec la création du Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH). Arnold en devient le secrétaire général adjoint, et un important cadre du PEP, Joseph Rodney, le secrétaire général.

À l’aube de l’année 1969, comme une traînée de poudre, commence la descente aux enfers du PUCH. Dès le 18 janvier 1969, des arrestations se multiplient pendant de longs mois sur tout le territoire national.

Le 2 mai, dans le lieu-dit « Mme Ganeau » Savane Salée, au sud de Port-au-Prince, les forces militaires donnent l’assaut à un local que la police politique avait repéré. Des tirs nourris retentirent sur cette maison où se trouvaient quatre personnes : Arnold Devilmé, Joseph Rodney, Yanick Rigaud et moi, blessés à l’épaule droite.

Dans l’ambulance qui me transportait à l’hôpital militaire, j’ai appris par les propos du macoute Lois Maître : « Gen de ki mouri, mwen pran Rodney ke mwen tap chèche depi di zan, le jou la nwi, ak yon fanm ansent ».

Je dois préciser que je fus sa compagne, j’ai traversé avec lui tous les moments difficiles de la lutte. De plus, je portais son enfant lorsque survient l’assaut des forces militaires sur la maison. Je fus emprisonnée.

Le 13 août 1969, j’ai accouché d’une fille, Marie Carmel, elle a passé deux années avec moi dans la prison au Pénitencier national. Elle fut libérée et rendue à ma mère en 1971 avant l’accession de Jean-Claude Duvalier au pouvoir.

Comme tant d’autres, militant aujourd’hui inconnu

Mort à 33 ans, Arnold Devilmé est méconnu, on parle peu de lui. Il suivait à la lettre les principes de la clandestinité. Pour ses camarades, il était la fierté et l’exemple d’un militant convaincu.

En effet, j’ai retenu de mémoire les propos de deux de ses amis camarades. Max Chancy : « Il était la cheville ouvrière du Parti, il a donné l’exemple jusqu’au bout après tant de défaites ».

Michel Hector : « Je me souviens de sa vaste connaissance de sa zone et de ses multiples et solides liaisons populaires, qui d’ailleurs, ont nourri la Commission centrale d’orientation des écoles du PPLN ».

La militance d’Arnold ne saurait se résumer à cinq pages. L’ensemble de sa contribution à la lutte pourrait aisément faire l’objet d’un livre.

Pour tous ces hommes et femmes, militants et militantes, révolutionnaires, tombés sur le chemin de la lutte contre la dictature : Arnold Devilmé, Thomas Charles, Guy Lominy, Galveau Dérosiers, Gérald Brisson, Raymond Jean-François, Yanick Rigaud, Marie Thérèse Féval, Gladys Jean-François, Gérard Wadestrand, Henri Claude Daniel, Serge Joachin, les frères Barreau et tant d’autres : Ode à ces combattants et combattantes ! Ochan !

Que résonne La Dessalinienne en leur honneur !

Que résonne pour leur courage « Nabucco, Va pensiero! », ce magnifique opéra de G. Verdi qu’entonnaient en chœur les prisonniers politiques du PUCH, dans la section dite « au secret » dans les geôles du Pénitencier national en 1969.

Merci à ma famille pour son support moral.

Le professeur Michel Hector, avant son décès, a encouragé le présent hommage à Arnold Devilmé. Merci à lui.

Elizabeth Philibert
Montréal, novembre 2019




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