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Grog ou l’Isolement du poète Pascal Apollon : de la poésie pour panser notre mal-être

Grog ou l’Isolement du poète Pascal Apollon : de la poésie pour panser notre mal-être



« Entre douleur terrible et réalité poétique / dans ces lieux maudits / je pue grave » (p. 9). Par ces vers que débute « Grog ou l’Isolement », le troisième recueil du poète Pascal Apollon, paru en 2018 chez Z4 Éditions, en France.


« Grog — L’Isolement » est un poème dense et dansant qui propose un regard sur la société à travers son envers, sa marge. La plaquette de 50 pages évoque la vie, la mort, l’abandon et, comme indique son (sous-)titre, l’isolement.

En fait, Pascal nous fait écouter et voir les pas et la cadence de l’art poétique. Sous la forme d’un solo intimiste, avec une prose chuchotée, murmurée, il met en scène des sons et lumières, des couleurs et formes qui ne pourraient être perçus que sous l’effet de l’alcool.

Une poésie opprimée

Non. Parlons plutôt d’une poétique de la situation des opprimés. Le texte fait un coup de projecteur sur ces individus des trottoirs, les sans-abris, les mendiants.

D’un point de vue beaucoup plus superficiel, le poète laisse entrevoir cette prégnance de la marginalité, ces individus qui pataugent dans les soutes de l’histoire. Pourtant, le regard de l’intérieur montrerait plutôt cet isolement de l’être, emporté par les vicissitudes de l’existence.

« je ne suis qu’un sac
que personne ne veut porter
un invisible
aux bords des routes » (p.18)

C’est par ces mots qui chialent que le poète décrit son abandon. C’est cet abandon qui le livre à l’alcool, au grog.

« Je pue l’alcool
le dur grog de voix rauque
je me soûle grave » (p. 10)

Le poète se fait aussi musicien

Poésie et musique ne sont jamais trop distantes. La poésie est une dimension de la musique ; la musique est une poésie rythmée. Ou encore, la thématique musicale est très fréquente en poésie, et des poèmes sont constamment mis en musique. Toutes deux contribuent, en effet, à faire transcender l’homme. C’est dans cet oasis — qu’est la musique — que le poète « sans papier » s’est réfugié. Une musique rauque, baroque, disons, bloquée par les battements d’ailes des mots.

« Do mi fa
sol maudit
do mi fa
la misère
ma musique est bloquée

sous la glace arctique » (p. 20)

Cette musique n’a pas soulagé le poète de son isolement. Plutôt, elle l’amène vers une douleur douce, comparable à la peau d’une femme, à une femme. Chaque note est un organe ; on dirait que le corps de la femme est l’instrument du poète.

« Ma douleur

douce comme la peau d’une femme fraîche » (p. 28)

Face à cette douleur, le grog est absolument la seule issue du poète, qui, pourtant, dans la réalité, n’est pas alcoolique.

Né en avril 1995 à Limbé, Pascal Apollon, qui est aussi slameur, incarne la relève littéraire haïtienne. Avec une plume enragée et engagée, il agence le chaos en art, créant ainsi une esthétique de l’absurde, du vulgaire.

Pascal Apollon, psychologue et psychoéducateur de formation, est également l’auteur de J’aurai peut-être dix-huit ans (Éditions Caféthéau, 2016) et de Tche wòb Valantin (Éditions Inferno, 2017). À noter, Grog — L’Isolement est disponible sur les sites de commerce en ligne.

Micky-Love Myrtho Mocombe




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