S'identifier Contact Avis
 
35° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Richard Barbot: un crayon à toute épreuve

Richard Barbot: un crayon à toute épreuve



Des icônes comme prétexte pour transcender le réel


Un vernissage en début de soirée au cœur de Manhattan, même un lundi par temps de pluie, est toujours bon à prendre. Surtout lorsqu’il s’agit d’un crayon éprouvé qui soulève déjà sur son passage une certaine renommée. L’exposition a lieu au 310 West 43rd Street NY ; une galerie pas loin du village où Samo trainait à longueur de journée avant de se découvrir Jean Michel Basquiat. Et, à une époque où le superficiel revendique avec éclat sa profondeur, un saut dans l’univers onirique d’un créateur ne peut que faire du bien.

Dès l’entrée le spectateur est vite happé par la fenêtre parfois réductrice de la thématique ; des icônes, nous dit le livret. Ce n’est qu’après avoir fait le tour de l’exposition, en s’arrêtant le temps qu’il faut et en toute modestie devant chaque toile, qu’il finira par se rendre compte, que les portraits d’icônes étaient peut-être un prétexte pour transcender le réel. François Capoix (Lamort), Harriet Tubman, Malcom X, Martin Luther King Jr, Rube Dee, Ossie Davis, Barack Obama, Steps on my Childhood et d’autres portraits sont montrés. La facture du dessin vient confirmer ce que l’on savait déjà sur la technique de l’artiste. Crayon sûr et à toute épreuve. Dessin solide. Les traits sont convaincants et s’étalent sans la moindre hésitation. Au fond de la salle, des personnages bizarres essayant de cacher leur visage se donnent à voir dans une drôle de chorégraphie, un triptyque. Ils se prélassent nus, sans vergogne, dans un confort tel que l’on se demande pourquoi les trois enfants viennent ainsi troubler leur béatitude.

Le clou de l’exposition reste, à mon sens, Daydream ; cette représentation d’une gamine assise sur une chaise en osier s’appuyant sur une table, avec pour seul compagnon un pot de fleurs. Dans cette salle peu éclairée où tout est absorbé dans l’ombre autour, le visage de cet enfant affiche un sentiment de mélancolie, de tristesse et de sérénité qui n’est pas propre à un être humain de dix ans. Cette toile d’une profondeur écrasante attrape le spectateur à la gorge dès l’entrée de la salle et lui impose son propre rythme. Ce n’est peut-être pas un hasard que cette œuvre soit placée à gauche de l’entrée, donc, dans la trajectoire normale, pour les amateurs d’art. Les couleurs déjà ternes de Richard se renforcent dans un traitement de la lumière qui crée un brouillard qui dégrade les lignes dans une quête non assumée de beauté.

En optant de choisir pour sa composition des gens du peuple, des militants, des enfants de famille modeste, l’artiste tente de modifier le tableau historique en une représentation du réel d’aujourd’hui, simple et authentique en toute objectivité. Ce qui l’empêche de bousculer sérieusement, le temps de cette exposition, les règles esthétiques du moment. Richard Barbot va certes, quelquefois picorer dans l’abstraction en évitant prendre racine dans une école ou un courant artistique donnés, de peur d’être assigné à résidence.

Sans complaisance aucune, ni pathos mal placé, l’artiste parvient à peindre des icônes sans chercher à convaincre, motiver le public, ou à délivrer un quelconque enseignement. Aucune intention moralisatrice. Et pourtant, ces gens semblent bien réels. La peinture devient matière vivante comme le confirme le rendu des visages, des corps et des émotions. Même si la palette de Richard fait de son mieux pour garder une certaine distance, le réalisme des traits tente malgré tout de renouveler ici la tradition du portrait dont les illustres représentants répondent aux noms des frères Le Nain, Jordaens, Rembrandt ou Rubens. La sobriété à peine perceptible de l’artiste nous rappelle, le caractère éphémère de tout humain et la vanité des cérémonies qui entourent chaque événement de la vie.

Les icônes de Richard Barbot suggèrent des inquiétudes autant qu’elles nous dévoilent un regard sociologique, voire ethnologique, du rapport de l’artiste avec le monde. Elles nous livrent aussi une dimension esthétique qui procurerait du plaisir et une satisfaction intellectuelle aux adeptes de l’art les plus retors. L’exposition est accessible jusqu’au 3 mars prochain.

Prince GUETJENS
Critique




Articles connexes


Afficher plus [4416]