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En mode « Filalang »....

En mode « Filalang »....



Ils commençaient à être impatients, les fans, les supporteurs et même des dirigeants ! La journée du samedi 8 février 2020 était particulièrement tendue... Des dizaines d’appels dans la matinée... ! Des amis à qui l’on a parlé en long et en large pendant toute la semaine et qui soudainement appellent pour s’enquérir de l’état de santé de madame, des enfants et des petits enfants... La conversation se terminait de façon très abrupte avec la question : tu n’as rien entendu...? À propos! Le Carnaval? Quel Carnaval? Septent... C’était le qui-vive généralisé. Il fallait être courtois et accommodant...mais aussi rassurant.... Des fuites? On s’était préparé pour les balayer en un tournemain... Fermement.


Malgré tout, le pari n’était pas gagné...Une seule petite fuite venue de qui? D’un musicien, du producteur, du maestro, Qui s’en fout ? Et le tour est joué...Filalang est bien né. Avec tous ses attributs, accrocheurs et mobilisateurs...

Le titre d’abord qui renvoie à notre savoureux créole et des attitudes ludiques d’une enfance qui sommeille en nous par la magie des coutumes que le temps ne saurait effacer....

Filalang ! Dans la bonne tradition d’un orchestre qui farfouille dans les profondeurs de la culture océanique haïtienne pour constamment innover et charmer. Et, puis.

Epi! Filalang vient s’ajouter à la longue liste des titres de méringues carnavalesques de Septent traversant le ciel musical capois comme des météores illuminant des zones que l’on croyait obscures et ombrageuses, mais qui s’ouvrent à l’imaginaire ambiant pour créer et sortir de l’ordinaire, du train train et du prosaïque.

Les Capois plus ou moins âgés se souviennent encore des titres qui ont étonné et égayé: La Colombe, Joyeuse Farandole, K naval Dous ( comment une méringue de 3e degré peut-elle être en même temps sucrée? Le paradoxe de Septent), Boule de Feu, Évolution, 20e siècle, Madame Précieuse, 8888, La Ronde Joyeuse, Décalogue, Bouqui, Obéi, Pou Ti Moun Yo, Tòdye Kò et aujourd’hui Filalang.

Dans la bonne tradition du doyen en âge des groupes musicaux de danse populaire haïtienne, Le texte de Filalang est d’une concision ahurissante.

Pas de racontars et de références dithyrambiques inutiles. Droit au but.
En une seule strophe...Tout est dit

Okap Se fyète nou.... ( Okap se kinan nou) Ça sonne bien dans nos oreilles capoises!

Une fierté proverbiale depuis Guarico, Guarionex et Ilara ....Le Cap a reçu dignement et dans la convivialité des Européens, desAméricainsNord, voisins lointains et proches d’intérêt et de cœur. Petit clin d’œil à Colomb, (1492) Jose Marti (1895) et Franklin Delano Roosevelt ( 1934) pour la signature du retrait des Yankees de chez nous après 29 années de honte et de colères souterraines.

Notre plus grande fierté: le droit de passage accordé par Dessalines au Palais du Gouverneur à un Donatien Rochambeau, diminué, réduit, exécré, représentant de la plus grande force militaire européenne d’alors battue, humiliée et chassée par une armée indigène en haillons à l’entrée de cette ville qu’honore Filalang...

« Okap se manman nou », « Ala yon fyète pou nou » une mère nourricière, attentive à ses enfants qu’elle guide et oriente vers l’adoption des schémas de pensée et de construction, de théories et valeurs qui élèvent les hommes et la Nation... Ses doux câlins et mamours....à tous ceux-là qui l’ont pratiquée directement ou indirectement...de passage ou résidant...

En littérature ou en politique, des noms et des écrits qui surplombent et subliment! Filalang n’a pas cité des noms, mais on les connaît. Ils commandent respect et amour. Anténor Firmin, Oswald Durand, Rosalvo Bobo, etc.

« Bite n Bite nou pa tonbe

Se batri n ki dechaje! »

Filalang établit la rupture entre le passé de triomphe et de gloire, les grands noms, les grands moments qui ont créé et soutenu cet idéal de fierté et le cauchemar de la vie quotidienne d’un Capois des temps modernes...

Méconnaissable, cette ville avec cette réputation de propreté et de convivialité aux quatre coins de la République...

Entre la gloire et la déchéance, entre le sublime et les laideurs, Filalang reconnaît tout bas que les aiguilles ne tournent plus en rond dans cette ville avec le Nom Haïtien, la seule dans cette République de nègres .

Pis! Nous, les actuels enfants de cette mère, bons enfants et calculateurs, sommes à la merci des moindres caprices du temps et de la nature qui peuvent emporter sur leur passage tous les trésors et butins patiemment accumulés derrière les murs défraichis des maisons en briques et tuiles, les rues étroites sous l’œil alerte et soucieux de la Vigie....

A défaut

Filalang conclut et propose qu’on continue à s’accrocher aux valeurs capoises du passé qui se reproduisent dans le présent à travers l’architecture, les sites historiques, la musique et le sport.

« Si w pa gen Sitadèl, San Sousi, Vètyè, Tropik, Septent, Fica, ASC pa vin taye banda w.... »

Les sites sont tellement nombreux: Fort Picolet, Barrière Bouteille, Bréda, etc.

Les noms aussi de rues:(Marché des blancs), de personnes (Vergniaud Leconte, Luc Grimard, Marc Verne, Louis Mercier, Christian Werleigh, Claude Vixamar). Que d’évènements! Que de souvenirs !

Filalang est un cri de cœur de Capois authentiques qui comprennent, dénoncent et espèrent. Tout cela dans une cadence musicale de tonnerre, endiablée avec des combinaisons de percussions ( tambours coniques) jamais entendues auparavant avec un mélange de Yanvalou maskawon, Kongo fwan, dezyèm tanbou Kongo, dezyèm tanbou Ibo; les cordes, une fois de plus, ont joué admirablement bien leur rôle d’accompagnatrices. Les anches et les cuivres, un peu en retrait nous privant ainsi d’envolées harmoniques si chères à Maès, Frédo, Ti Jacques alto et tutti quanti....

Filalang, dans la bonne tradition de Septent: concision et invention pour apporter la joie dans tous les cœurs.
Bravo maestro Alcé!

Bravo maestro Doréus!

Un ban pour tous les musiciens de la Boule de Feu

Joyeux Carnaval!

Wilfrid Supréna
11 février 2020




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