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14 février : une soirée toute particulière !

14 février : une soirée toute particulière !



Quel rapport entre le jazz, des œuvres picturales et la fête des amoureux ? Apparemment rien ! Sauf que le 14 février dernier, ces trois genres se sont croisés, créant une soirée hautement artistique.


Une ambassade, en dehors de son rôle politique et de représentation, est censée promouvoir l’art et la culture du pays d’origine, mais elle doit être aussi à même de s’ouvrir aux autres cultures, le monde étant devenu un village en raison de la mondialisation et de la globalisation. C’est le sens que Jean-Becker Edmond, chargé d’affaires a.i. près le Benelux, semble vouloir donner à sa mission.

C’est ainsi que le vendredi de la Saint-Valentin, il a invité un groupe de jazz à l’Ambassade d’Haïti à Bruxelles. Un concert qui n’aurait rien à voir avec la Saint-Valentin. « Le jour du 14 février choisi n’est que pure coïncidence ! », indique Edmond. En tout cas, le public a été enchanté par ces artistes. Ces trois musiciens, qui jouent ensemble depuis dix ans, ont conquis l’assistance de haute lutte. Un pur plaisir.

Il y avait ceux qui avaient la nostalgie de leur bon vieux compas haïtien plein d’entrain, de chaleur et surtout de souvenirs du terroir. Mais il n’empêche que le public a apprécié à sa juste valeur la prestation de ces musiciens bourrés de talent.

Au départ, le saxophoniste alto d’origine haïtienne Godwin Louis devait jouer. Il est tombé malade d’une sale grippe juste avant le concert. «C’est une virtuose de la musique jazz», précise Jean-Becker Edmond. Né à Harlem, New York, Godwin Louis a commencé à jouer du saxophone à l'âge de neuf ans. Il a grandi à Bridgeport, dans le Connecticut, et à Port-au-Prince, en Haïti. Il est connu dans le milieu du jazz.

Empêché ce soir-là, il a été remplacé par le saxophoniste alto, le Belge Thomas Champagne. „Peut-être que si l’Haïtien était là, l’ambiance haïtienne aurait été assurée ! », pensent certains, nostalgiques. Possible ! Mais les amants du jazz classique étaient loin d’être frustrés ce soir-là, car le remplaçant belge Thomas Champagne ainsi que le guitariste Paolo Loveri et le trompettiste Adrien Volant ont été à la hauteur des attentes. Ils ont servi 8 morceaux de bonheur pendant une heure.

Pas étonnant que les trois aient atteint cette performance, car chacun d’eux a un parcours qui en dit long de leur travail. Guitariste et compositeur de jazz, Paolo Loveri enseigne aussi dans différentes écoles et académies. Quant à Thomas Champagne, il est considéré comme un saxophone alto polyvalent. Il participe à plusieurs projets qui mélangent les arts (composition de la musique de courts-métrages, collaboration avec le théâtre et la danse). Il donne aussi cours depuis 2009 au Gaume Jazz Festival.

Pareil pour le jeune trompettiste Adrien Volant (32 ans) au parcours tout aussi riche. Il a commencé la trompette à l'âge de dix ans et fait son entrée au Conservatoire Royal de Mons en trompette classique (2006) puis au Conservatoire Royal de Bruxelles (2007). En 2008, la Maison du Jazz en Hainaut lui a décerné le prix du meilleur soliste lors du concours Albert Langue. En 2010 son quartet se classe deuxième au Concours pour jeunes formations de Comblain-La-Tour. Donc trois virtuoses.

L’orage qui explose

Quant aux amoureux de l’art pictural, ils avaient ce soir-là de quoi se réjouir. Une exposition des œuvres de l’artiste peintre haïtien Kevens Prévaris était de la partie. Sur les murs de la salle de conférence de l’ancien hôtel particulier devenu ambassade, ses toiles lançaient des éclairs annonciateurs d’un puissant orage visuel. Né à Limbé dans le département du nord d'Haïti, Prevaris a été l'un des chefs de file du mouvement « Loray », qui a joué un rôle important aussi bien dans la remise en question du langage artistique haïtien que dans son rajeunissement.

Ayant pris naissance en 2004, « Loray » connote l'explosion de l'orage. Le terme est sorti la première fois de la bouche de Walner O. Régistre (Doc Wor) à la suite d'une exposition qui a eu lieu, cette année-là, à l'ENARTS et qui avait réuni des peintres de la même veine. Ils avaient pour nom : Dominique Domerçant, James Pierre, Josenti Larochelle, Doc Wor, Lyll-Martin René, Nadège Michel, Léger Nixon etc. Suite à des débats sur l'histoire de l'art, ces jeunes artistes avaient ressenti à l’époque la nécessité de lancer ce mouvement.

Ce Mouvement, comme nous expliquait Kevens Prévaris en 2013, voulait se démarquer des courants classiques traditionnels du primitivisme et de la figuration naïve. Les caractéristiques de « Loray » tournent autour de trois éléments : le refus des dogmes picturaux, l'autosatisfaction et la récupération d'objets visuels. Le résultat de cette manière de peindre, c'est un éclat de couleurs vives transposées sur la toile de telle manière que le « fameux thème », qu'on a tendance à rechercher dans toute représentation artistique, échappe au spectateur.

La culture haïtienne n'est pas loin, mais l'artiste s'enrichit des expériences des autres pour affiner encore plus son écriture et son langage artistiques. Le résultat est garanti : le spectateur sort émerveillé par la nouveauté de ce langage, soit déconcerté, voire « choqué » devant ce qui échappe à sa compréhension immédiate. N'est-ce pas d'ailleurs le but de ce peintre rebelle et de son mouvement : « choquer sans traumatiser » ? Toutefois, on constate sept ans plus tard une évolution – un changement ? - dans son écriture picturale au contact de la scène artistique européenne. Cependant son engagement social reste intact. Diplômé de l'École nationale des arts (ENARTS) et de la Faculté des sciences humaines (FASCH) en sociologie, il a décroché une maîtrise en Arts visuels et de l’espace et une agrégation à l'École nationale des arts visuels de La Cambre (ENSAV), à Bruxelles.

Cette exposition intitulée « Kwayans » reste ouverte au public jusqu’à la fin du mois de mars. Le soir même, Jean-Becker Edmond a annoncé une grande rétrospective des œuvres de Kevens Prévaris qui aura lieu en septembre prochain.

Comme toujours, ces genres de soirées se terminent par un repas typiquement haïtien préparé par Mme Carmène Bruno, une cuisinière hors-pair au service de cette mission depuis plus de 40 ans.Malgré la coïncidence non voulue, les organisateurs ont fait d’une pierre deux coups en offrant à chaque invité une tablette de chocolat Ethiquable fabriqué avec du cacao du nord d’Haïti (1), Saint-Valentin oblige.

Huguette Hérard

(1) Cette production « équitable » est le fruit d’une coopération entre la fédération « Feccano » regroupant 6 coopératives du nord d’Haïti soit plus de 3 000 cacao-culteurs avec le client « Ethiquable ».




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