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Quand Ansy Derose célèbre la femme

Quand Ansy Derose célèbre la femme



Chaque dernier dimanche du mois de mai se célèbre, en Haïti tout comme en France, en Suède, en République dominicaine et dans plusieurs pays d'Afrique francophone, la fête des Mères alors qu'elle est célébrée le deuxième dimanche de mai aux États-Unis, en Suisse, au Canada, en Belgique et dans de nombreux pays. Il s'agit d'un moment privilégié où les femmes en général et les mamans en particulier reçoivent toutes les attentions tant de leurs enfants que de leurs maris ou époux. L'art haïtien plus particulièrement la musique haïtienne regorge de textes qui honorent la femme-mère, vivante ou morte. Et c'est pour saluer cet être exceptionnel qui, selon le poète Louis Aragon, est l'avenir de l'homme, que Ansy Derose, l'une des figures éminentes de la musique haïtienne, a composé « Femme », un des morceaux gravés à la cinquième place de son Disque D'or, dans lequel il a mis en valeur, en des accents sublimes, le sacrifice exemplaire des femmes qui allient tendresse et fermeté, compréhension et dévouement dans leur labeur quotidien, ce pour le bonheur de leurs enfants et de leurs familles.

« Femme, tu donnes le goût de ton âme
. Au morceau de pain sans fromage
. Toi, la sauce sans épices toutes les fois
. Que ta maison est sans fortune
. Ta chambre est quand même fleurie
. Et ton cœur prêt à aimer »

D'après l'auteur, cette admirable et ravissante créature, douée d'une grande sensibilité, donne sens à l'existence. Sans sa présence et son sourire, la vie devient un vaste et déprimant désert. À ses yeux, c'est plus qu'une mère, c'est une confidente, une consolatrice. Et quand le vent s'agite, les flots se déchaînent, elle est le port où l'homme arrime la barque de sa vie en dérive, la source intarissable où l'âme assoiffée d'amour, de tendresse et de bonheur se désaltère :

« Femme, tu es la mère, tu es l'épouse
Tu es la divine maitresse
La fée qui soulage toutes les larmes
C'est toi qui apaises quand on crève
Le ciel est noir
Et le soleil se couche à l'ombre
Si jamais tu verses une larme ».

S'il est un fait que de tout temps, les femmes ont occupé une place de strapontin dans l'histoire de l'humanité, il n'en demeure pas moins qu'elles n'ont jamais accepté comme une vérité d'Évangile le mythe consacrant leur infériorité. Après d'interminables combats, certaines d'entre elles ont réussi à s'imposer et à atteindre le sommet de la célébrité, le paroxysme de la gloire dans les champs de disciplines aussi étendues que variées comme la philosophie, les sciences, les arts, la politique. Citons, entre autres, Marie Curie, Simone de Beauvoir, Georges Sand, Magareth Tatcher, Madeleine Albright, Angela Merkel.

Dans notre pays, depuis plusieurs décennies et surtout après 1986, les femmes ont accès à des positions fort enviables : mairesses, sénatrices, ministres et même chef d'État. Sans oublier celles qui ont marqué notre histoire politique par leur héroïsme, au cours des luttes pour l'indépendance. Dans la majorité des cas, elles exercent leurs tâches avec compétence, professionnalisme et dignité. « L'esprit n'a pas de sexe », dit-on avec raison. « C'est l'absurdité de son éducation qui fait l'infériorité de la femme et non une quelconque cause naturelle », a écrit le fameux philosophe français, Jean Le Roland D’Alembert.

Contrairement à certaines compositions d'un grand nombre d'artistes où la femme est dévalorisée et présentée souvent comme un simple exutoire aux ardeurs érotiques de l'homme, le texte d'Ansy Dérose l'embellit, la magnifie, la divinise même. Il constitue, tout en permettant d'appréhender la femme dans sa véritable dimension et de comprendre ce qu'elle recèle de charmes, de vertus et de mystère.

« Tu m'as porté dans tes entrailles
Comme l'oiseau porte ses rêves
Comme le cœur porte l'amour
Pour servir le divin mystère
O femme! C'est dans ton sein
Que la lumière a fait les maitres de la terre
Les souverains, les rois, les dieux ».

Divisé en trois couplets et deux refrains, ce morceau est une litanie de louanges en l'honneur du deuxième sexe, dispensateur de la vie, selon les vœux du Seigneur. Il nous porte également à réfléchir et à méditer sur la vraie valeur de la femme dans la société et dans la vie. Que toutes les femmes mères ou pas, quelles que soient leurs conditions sociales, ruminent dans leurs joies aussi bien dans leurs peines, ce vers combien significatif de Jean Claude Martineau, dit Koralen : « Siwo kan n pote foumi, siwo fanm bay la vi »!

Antoine Junior
junylevoyageur@gmail.com




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