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« Il faut rêver en ces temps de confinement » dixit le comédien Rolaphton Mercure

« Il faut rêver en ces temps de confinement » dixit le comédien Rolaphton Mercure



En plus d’être comédien et metteur en scène, Rolaphton Mercure a plusieurs cordes à son arc. Il est publiciste, animateur de radio, cinéaste, slameur et acteur de cinéma. Sa tragi- comédie « Quelque chose au nom de Jésus » avait fait tache d’huile lors de la dernière édition du festival de théâtre Quatre Chemins. Dans un entretien accordé au journal Le National, Rolaphton Mercure a expliqué comment il vit cette période de confinement et libère la force d’impulsion de son âme sur l’état actuel du monde. Entretien.


Le National : En tant qu’artiste et metteur en scène, comment vivez-vous cette période de confinement ?

Rolaphton Mercure : Cette période de confinement c’est une période de remise en question où chacun doit faire une introspection tout en se demandant quelle est la meilleure chose à faire ? Quelle attitude qu’il faut avoir non seulement vis-à-vis desoi-même mais aussivis-à- vis de l’autre. Nous vivons dans un microcosme où chacun doit apprendre à compter sur l’autre. Car le malheur de l’un peut aussi être le malheur de l’autre. En cette période de confinement, il esttrès difficile dese concentrer et produire quelque chose de potable. Contrairement àceux-làqui vivent dans les pays étrangers, ici en Haiti, on manque de tout . Il n’y a pas d’électricité, il n’y a pasd’eau , il n’y a pas d’internet. Tout le nécessaire que nous devrions avoir pourjustifier notre place dans ce monde, nous devons nous battre pour l’avoir.

En Haiti on ne peut pas parler de confinement. Outre le stresse et l’insécurité grandissante, le secteur informel doit gagner les rues tous les jours pour trouver le pain quotidien . Comment se concentrer pour produire une œuvre artistique, fruit de votre puissance créatrice. Entant qu’artiste j’écris,même si c’est une écritureautomatique.Souvent devant la plage blanche, je n’arrivais pas écrire. Parfois je prends des notes pour que dans un proche avenir, je parvienne à trouver la sève nourricière pour produire et créer.

LN : Est-ce que cela a changé du coup votre rapport avec le monde ?

RM : Evidemment oui, cela a changé mon rapport avec le monde. Je n’avais pas l’habitude de rester cloitrer chez moi, de ne pas sortir. Je suis obligé de rester à l’intérieur. Je suis obligé de cultiver l’amour du lointainparce que je bouge pas.Je ne peux même pas dans un certain sens parler de l’amour du prochain. Pour qu’il y ait prochain, il faut que l’on soit proche. Cet amour du lointain peut, dans un sens ou dans un autredéranger tout le monde. Mais c’est la vie. Cette crise sanitaire a chamboulé pas mal de chose. Tout est remis sur la touche. En tant que vaillant mousquetaire, dès fois je défie l’ordre établi.Je fais autre chose quand je suis dépassé par ce cloisonnement, par cette pression non seulement mentale mais aussi physique. Souvent je fais des fous pour m’imprégner de tout ça, pour me vider de ce stress, et me désemplir de ce ciel gris.

LN : La crise liée à laCovid19 a inspiré bon nombre d’artistes d’ici ou d’ailleurs.On a vu et entendu des œuvres artistiques de plusieurs artistes exprimant leurs ressentis. Et vous dans votre imaginaire commentpour les lecteurs de le National compteriez vous exprimer votre état d’âme face à l’état du monde ?

RM : Face à tout cela, je ne suis pas du tout optimiste, je vois que c’est un crescendo.Car, à lafin de l’annéedernière, il y eut d’incendie des forets et voilà que maintenant c’est laCovid 19.Cela n’annonce rien de bon mais comme disait Jacques Prévert : Il faut essayer d’être heureux ne serait-ce que pour montrer l’exemple. Donc je souris, je demande aux autres de ne pas baisser les bras parce que dans un jour pas trop lointain il y aura de meilleurs jours.

LN : Après le succèsde votre piècethéâtrale : « Quelque choseau nom de Jésus » qu’est ce que vous préparez pour le public haïtien ?

RM : Quelque chose au nom de Jésus a été une réponse. C’était un texte que j’avais envie de mettre sur scène, de l’écrire. Je vis dans ce besoin de m’exprimer pour dire que j’existe. Pourtant, il y a d’autres gens par rapport à leur éducation et leur croyance me stigmatisent parce qu’ilsdisent que je suis un artiste que je porte des tresses sur ma tête. C’est le cas de plusieurs d’entre nous que d’autres qualifient de déviants et je me suis dit que ce texte allait faire office de miroir pour que la société puisse se reconnaitre.C’était un impératif pour moi. Dans la même lignée d’autres sujets me tiennent à cœur comme les inégalités entre hommes et femmes qui existentdans ce payset qui mériteraient d’être mis en lumière. Sans oublier la période troublante de l’èrede Jean BERTRAND Aristide queles moins jeunes ne connaissent pas. Il faut choisir des angles précis pour contourner et expliquer la mouvance Lavalasqui a été une période de gabegie administrative, de violence, de chimère. Je voudrais mettre aussi en lumière la situation des ouvriers de la sous-traitance.ect.

L N : Qui sont vos modèles dans le domaine artistique ? Quels sont les artistes qui vous ont influencé ?

RM : J’ai grandi très tôt dans une sorte de maelstrom de bouillon culturel. Enfant, je regardais le comédien Daniel Marcelin. J’ai vu par la suite des artistes comme KatianaMilfort. Cinéphile, j’aime tous les styles de cinéma avec un penchant pour l’expérimental. Parce que l’expérimental ouvre des possibilités à l’infini. Donc pourquoi ne pas s’y accrocher. J’aime aussi la peinture. Grace à ma sœur qui est peintre j’ai pu expérimenter le rococo, le romantisme , le classicisme, le pop art, le cubistetout cela m’a bercé. M’enivre. Me rend heureux. J’ai aussi un oncle accordéoniste qui était avec nous dans le collectif « Hors Jeu » qui nous a donné gout pour la musique. J’apprends à aimer la Symphonie Pastorale, les œuvres de Bach, le Mont Chauve. Je fais du rap, du Dance Hall, j’étais dans « Haiti en scène » de Bertrand Labarre cela m’a aidé à côtoyer des gens dans le théâtre, de grands metteurs en scène et voir aussi de grandes comédies musicales comme Starmania, Notre Dame de Paris de Luc Plamondon, Don Juan, Jésus Christ superstarCléopâtre. Tout cela m’a influencé.

Le National : Un dernier mot

Rolaphton Mercure : Rêveril faut toujours rêver, rêver pas comme un fou mais avec les deux pieds sur terre, redéfinissez les objectifs, les adopter à notre milieu. Rêvez soyez un aéronauteet la pesanteur vous suivra. Il faut aussi avoir la sagesse de reconnaitre la différence.

Propos recueillis par
Schultz Laurent Junior




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