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La frustration des mannequins absents sur le marché publicitaire en Haïti



La beauté, dans les sociétés occidentales particulièrement, est un outil qui permet aux grandes entreprises de faire grimper leur chiffre d’affaires, mais la capacité à obéir aux ordres est aussi rentrée en ligne de compte (SEGUIN, 2011). Chacune d’elle (les sociétés occidentales modernes) développe son propre modèle de canon de la beauté, répondant aux besoins et exigences des utilisateurs et aux normes sociales en vigueur. Ceux-là et celles-là qui se sentent exclus de ce cadre concourent à la chirurgie plastique pour se faire transformer le corps jugé imparfait (American Psychological Association ,2006). Ces canons de la beauté, mannequins professionnels pour ainsi dire, dominent le marché de la publicité et de la cinématographie. Ils/elles sont les ambassadeurs/ambassadrices des producteurs de mode (Godart & Mears, 2011).


La publicité, prise ici au sens strict du terme, gagne de plus en plus de place dans notre quotidien. Nous sommes pour la plupart confrontés à celle-ci sous différentes formes à travers différents canaux : panneaux publicitaires, journaux, magazines, spots TV et radio (Delobelle & Dubois, 2015-2016). Une démarche qui s’accroit avec l’apparition des images de marque (travaux des maisons de mode) et les accessoires de mode (Simmel et al, 1998) incluant les cosmétiques (Crane et Bovone, 2006). Elle est considérée comme l’un des moyens de communication les plus importants et imposants dans les sociétés postmodernes.

En Haïti, le marché de la publicité semble ne laisser aucune opportunité aux mannequins (canons de la beauté en ce qui concerne les images) qu’ils/elles soient actifs/actives dans une agence mannequins ou free-lance[1]. Les artistes et des visages inconnus sortis de nulle part sont ceux et celles qui triomphent sur le territoire de ces professionnel(le)s de la pub. Une situation qui crée une grande vague de frustration chez les mannequins.

Cet article nous permettra d’élucider deux hypothèses :

- Les raisons qui justifient l’absence des mannequins sur le marché du travail de la publicité en Haïti : manque de formation, absence de catalogue des mannequins professionnels, portfolio ;

- Désintérêt, laxisme et fuite de responsabilité, les conséquences de leur niveau de frustration sur leur performance de mannequin dans le domaine de la mode.

De la théorie de la frustration

Les théories sur la frustration sont nombreuses, mais à travers ce travail on ne prendra en compte que la théorie Frustration-agression du groupe de Yale avec Dollard, Miller et al et celle de S. Rosenzweig. On essayera de passer en revue ces deux théories afin de faire le lien avec le sujet traité.

Les travaux du groupe de Yale sur la frustration en rapport avec l’agression sont considérés comme les plus connus dont la première publication date de 1939 frustration and agression (Bertrand, 1991). Et cette théorie a servi de base théorique à plusieurs autres recherches sur la frustration (Bertrand, 1991).

Le groupe de Yale (Dollard, Miller et al, 1939 cité par Bertrand, 1991) a défini la frustration comme « l’empêchement d’atteindre un but dans la séquence habituelle but-réponse. Deux conditions sont cependant nécessaires pour dire qu’une frustration existe : d’abord, que l’organisme soit en attente de certaines actions, et ensuite, que ces actions ne soient pas produites ». Une perspective qui tente de prendre en compte le rapport du satisfait, non-satisfait et l’automatisme des réponses.

La théorie du groupe, après révision (1941), suppose que la frustration est un stimulus à l’agression. Autrement dit, la frustration est une porte ouverte qui permet à l’agression de s’affirmer pleinement.

Quant à la contribution de Rosenzweig dans le cadre du concept de frustration, il tente de comprendre le temps de réponse par rapport au processus biologique. Sa théorie prend son point d’ancrage dans le psychobiologique : psychologie organismique (Bertrand, 1991). Les travaux de Rosenzweig sur la frustration (1930) bien qu’antérieure à ceux du groupe de Yale, dans sa version révisée en 1944 présente une certaine similarité sur la question d’agression. Mais Rosenzweig va plus loin pour comprendre le processus de la construction de la pensée suite à un état de frustration.

La théorie de Rosenzweig tente de faire une possible conciliation de la conception psychanalytique de Freud de la frustration avec une approche psychobiologique mettant en avant l’organisme comme un tout unifié. Pour lui, toute réaction, de quelque type qu’elle soit peut-être expliquée à partir de cette nouvelle approche. La définition du concept de Frustration de Rosenzweig (1944) est, une situation ou l’organisme rencontre un obstacle ou une obstruction à la satisfaction de n'importe lequel de ses besoins vitaux.

« Une distinction est à souligner entre une frustration primaire et une frustration secondaire. La première, qui s'appelle aussi privation, concerne un besoin généralement actif et dont est absente la situation apaisante. La seconde est, quant à elle, caractérisée par un obstacle , […] (Bertrand, 1991).

De l’expérimentation avec des mannequins

Nous parlerons principalement de notre expérimentation avec les mannequins. Ces derniers sont au nombre de cinq (5) triés sur mesure et nous avions pour but de comprendre leur niveau de frustration par rapport à leur absence sur le marché de la publicité. Pendant l’étude, nous avions utilisé les entretiens non directifs comme outils.

Les sujets de l’expérimentation sont des mannequins actifs et majeurs appartenant chacun à une agence de mannequins avec au moins cinq (5) ans d’expérience. Nous avons utilisé l’échantillonnage par choix raisonné, et est composé de 3 filles et 2 garçons, célibataires, évoluant dans deux catégories de mannequins différentes : haute couture et photo. Nous n’avons pas pris en compte ni l’occupation ni le statut socio-économique des mannequins.

Les entretiens sont passés individuellement visant à saisir le niveau de leur frustration et les facteurs qui expliquent leur absence sur le marché de la pub.

Du rapport concernant la collecte des données

Notre questionnaire d’entretien nous a permis de recueillir un ensemble de données grâce à la division (les trois parties du questionnaire) qu’on a fait au départ. Notre travail d’analyse et d’interprétation comportera trois parties aussi. Les questions ne peuvent pas être expliquées individuellement, mais on va les prendre en bloc pour chaque partie.

Pour la première catégorie des questions portant sur l’expérience et la formation des mannequins, les réponses ont été similaires, en ce qui a trait à la formation, ils affirment ne pas terminer le cycle et l’expérience dans au moins deux agences de mannequins. Pour les questions « Apparaissez-vous dans un catalogue de mode ? » « Avez-vous un portfolio complet ? », les réponses ont été toutes, non. Ce qui nous laisse comprendre qu’ils ne sont pas des amateurs et novices dans le domaine vus le nombre d’années d’expériences, mais pas non plus des professionnels en raison de leur formation incomplète.

Pour la deuxième partie du questionnaire, sectorisation, kolòn[2], sont les principaux termes que les sujets ont utilisés pour expliquer les éléments qui jouent contre eux sur le marché de travail. Ils admettent qu’il y a une baisse de fréquence de signature de contrat par les mannequins, mais ceux-là et celles-là qui les font à leur place ne sont pas meilleurs qu’eux. Toutefois, la fréquence est plus faible pour les mannequins hommes. Les mannequins disent avoir reçu plusieurs propositions pour des contrats, mais les salaires sont généralement en dessous (à quatre fois moins) de la moyenne pour une publicité.

A la troisième partie du questionnaire, les réponses sont dirigées vers une hausse de frustration qui arrive même à démotiver certains jusqu’à l’abandon. Ils deviennent pessimistes sur l’avenir des pratiques de mode qui, pour eux, n’encourage personne à y prendre part.

En conclusion, notre étude sur la frustration des mannequins par rapport à leur absence sur le marché du travail, nous aide à mieux comprendre les facteurs qui expliquent le fait que les mannequins ne sont pas les premiers bénéficiaires des contrats de publicité. Cela nous a aussi permis de comprendre le comportement des utilisateurs vis-à-vis des mannequins, filles surtout.

L’étude nous a permis de confirmer les deux hypothèses de départ à savoir les raisons qui expliquent l’absence des mannequins sur le marché et les conséquences que cela peut avoir sur leur performance de mannequins. Ce qui pousse à se questionner sur le devenir des mannequins : et si là c’était la faute à l’État de ne pas avoir disposé de lois protégeant la profession de mannequins ?

Bibliographie

1- Aurélie O., (2017). « Dire le genre dans la presse magazine féminine et masculine », GLAD! [En ligne], 02 |, mis en ligne le 1er juin 2017, consulté le 15 juillet 2020. URL : http://www.revue-glad.org/568

2- Balso, M. D. & Lewis, A. D., (2007). Recherche en sciences humaines : initiation a la méthodologie. Québec.

3- Bertrand, J. (1991), Québec, évaluation métacognitive du style de réponse a la frustration chez l'adulte selon la théorie de s. rosenzweig, université du Québec a Trois-rivières,

4- Delobelle, L. & Dubois, L. (2015-2016). Retouche-moi si tu peux : L’impact de l’utilisation de retouches numériques de photographies de mannequins féminins dans les publicités sur la perception de l’enseigne et du modèle. Université catholique de Louvain,

5- Godart, F. & Mears, A. (2011). Prise de décision créative en situation d’incertitude : le cas de la sélection des mannequins par les maisons de mode. sociologie et sociétés, 43 (1), 175–199. https://doi.org/10.7202/1003536ar

6- Martin-Juchat, F. (2004). Sexe, genre et couple en publicité : une tendance à la confusion. La revue Médias et Informations n°20 : « Sexe et Communication ».

7- Stute-Cadiot, J. (2009). Frustration. Dans Figures de la psychanalyse, (n° 18), pages 171 à 179.

Francky Saint-Fleur
Étudiant en psychologie et M1 en mode
francky.carimodel@gmail.com


[1] Anglicisme qui définit un mannequin qui ne travaille pas dans une agence de mannequins, mais ayant les compétences requises pour travailler comme professionnel.

[2] Terme qui explique le fait qu’un petit groupe exclut toute possibilité de collaborer avec un autre individu sous prétexte qu’il ne fait pas partir de son entourage. Tout ne tourne qu’autour de ce petit groupe.




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