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« La danse est tout pour moi »



Blanchard Mackenson Israël est un danseur prédominant sur la scène artistique en Haïti. Également connu dans le monde du théâtre, ce jeune homme talentueux mène une carrière en danse couronnée de succès depuis plus de dix ans. Ayant fait ses débuts avec la compagnie de danse Artcho, aujourd’hui en plus de dispenser des cours à plusieurs institutions de la place ainsi qu’à l’étranger, Blanchard est fondateur et directeur de sa propre compagnie de danse hip-hop, Equality Dance. Découvrez son parcours, ses obstacles et ses aspirations.


Le National : Que représente pour vous la danse ?

Blanchard Mackenson Israel :La danse est ma vie. Grâce à elle je me sens beaucoup plus en vie, je me sens beaucoup plus moi-même. Je me sens plus libre d’exprimer ce que je ressens en moi. La danse est tout pour moi et je ne me vois pas vivre sans elle.

L. N. : Depuis quand pratiquez-vous la danse ? Pourquoi avez-vous choisi de faire carrière dans cette discipline  ?

B. M. I : Je danse depuis plus de 10 ans. La vérité c’est que je n’avais pas du tout la danse en tête comme carrière. Je voulais plutôt faire de la médecine, études que j’ai d’ailleurs commencées, mais j’ai laissé tomber quelque temps plus tard. J’ai ensuite étudié la gestion des affaires, mais, en fait, j’ai ultimement choisi la danse. Pourquoi ? Je sens qu’avec la danse je suis beaucoup plus libre ; libre de bouger, de voyager, de dire ou de faire ressortir ce qu’il y a en moi. Je ne m’étais jamais vu derrière un bureau de 8 heures à 4 heures, à faire les mêmes activités tous les jours. J’ai choisi la danse parce qu’elle me permet de découvrir, de voyager, de partager ma joie, mes peines, mes douleurs, mon moi avec les autres. Du coup, j’ai fait choix de cette carrière même lorsqu’elle n’est pas facile.

L. N. : Quels sont les obstacles que vous rencontrez dans ce métier en Haïti ?

B. M. I : Il y a beaucoup d’obstacles dans ce métier en Haïti. En fait, la danse n’est pas considérée comme un métier. Il n’y a pas d’investissements faits dans ce domaine, ou même dans l’art en général. Donc la danse souffre beaucoup de cela en Haïti. Surtout que pour danser, il faut des projets, il faut voyager, aller ailleurs, etc. Pour moi, à part de Artcho, il a été pour moi très difficile de voyager, d’aller prendre des cours ailleurs ou de trouver des gens voulant investir dans un projet de danse. J’ai aujourd’hui une compagnie de danse hip-hop et il m’est toujours énormément difficile de trouver des fonds pour réaliser certains projets : qu’il s’agisse de spectacles, de voyages pour aller suivre des cours dans d’autres pays, pour rencontrer d’autres danseurs et apprendre d’eux ou de financement pour payer les frais d’accommodations ou de voyages. C’est toujours difficile, c’est toujours un combat ; il faut lutter sans arrêt. Lorsque j’ai commencé la danse, j’ai eu beaucoup de différends avec mes parents puisque pour eux la danse n’était pas un choix de carrière. Ils savaient que la danse ne serait pas rentable surtout en Haïti, donc c’était dur pour moi. Toutefois pour moi, j’avais une vision. Et lorsque je me lance dans quelque chose, je m’y applique. Le chemin est houleux surtout en Haïti, mais je suis où je suis grâce à mon dévouement et ma détermination. Je me bats encore tous les jours, la tête haute pour surmonter tous les obstacles qui se présentent sur ma route.

L. N. : Quel est votre plus grand accomplissement dans le monde de la danse ? Quelle est l’expérience sur scène qui vous a le plus marqué ?

B. M. I : Mon plus grand accomplissement en danse a été un spectacle en Hollande pour la famille royale. Ça a été l’une de mes plus grandes expériences sur scène. Pour une personne qui a laissé la médecine ou peu importe quel autre choix de carrière pour la danse, c’était ma toute première expérience avec Artcho. Jean Guy Saintus avait reçu à l’époque le prix Prince Claus et sa compagnie devait danser pour la famille royale à Amsterdam, avec d’autres danseurs de là-bas. C’était ma première prestation sur scène avec Arthco, c’était stressant, mais je m’étais donné à fond et cela s’était passé assez bien. Pour moi à l’époque il s’agissait d’une expérience que je croyais exister seulement dans les films ou dans un petit écran, je ne m’imaginais jamais danser pour une famille royale. C’est un souvenir qui ne me laisse jamais et je pense que c’est vraiment l’un de mes meilleurs accomplissements sur scène bien qu’il y en ait d’autres.

L. N. : Comment voyez-vous évoluer la danse comme pratique artistique dans le pays ?

B. M. I : Pour être honnête, c’est une question que je me pose presque tous les jours. Si je me base strictement sur ce que les gens disent, sur les critiques que je reçois constamment ou par rapport à tous les mauvais événements qui se passent dans notre pays ; je pourrais dire qu’en fait, je ne vois pas d’évolution pour la danse. Pas parce qu’il n’y a pas de talent, ou parce qu’il manque de volonté, mais plutôt parce qu’il manque d’encadrement. Il n’y a pas assez de personnes soucieuses, pas de gouvernement en place, capable de prendre la danse, de prendre le monde artistique, de l’encadrer réellement pour le faire avancer. Qu’on le veuille ou non, dans tous les pays du monde, l’art en général permet le développement d’un pays. Ces gens-là croient en l’évolution de l’art. Par exemple, avant les problèmes liés à la pandémie Covid-19, nous faisions face aux problèmes du phénomène « pays lock ». La majorité des danseurs qui donnent des cours ou qui donnaient des prestations çà et là, de quoi vivent-ils aujourd’hui ? Y a-t-il un système en place qui se soucie des danseurs et de leur évolution ? Je lisais un article récemment dans lequel une artiste disait que si on ne sauve pas ce domaine en Haïti, il finira par disparaître. Les entraîneurs de danse, les danseurs qui travaillent par exemple dans les gyms ou dans les salles de sport, qui pendant la période de la Covid-19 n’ont eu aucun soutien pour évoluer ou pour maintenir leur travail, se verront forcés d’aller faire autre chose pour survivre. C’est contraire à l’évolution. Qu’adviendra-t-il de tous ces danseurs qui sont forcés de laisser cette carrière pour autre chose ? Il n’y a pas d’évolution. On vit dans un pays où toute production artistique est extrêmement limitée. Il n’y a pas d’espace conçu spécialement pour la danse ou pour le théâtre. Je ne veux pas parler de grand espace strictement. La plupart des espaces que nous utilisons n’ont pas de scène, pas de lumières appropriées, pas de système de son adéquat. Celui ou celle qui produit un spectacle doit tout faire et même là, ce qu’on trouve au niveau local n’est même pas de calibre international. Donc pour l’évolution de la danse, il faut plus que les pas, la musique, les danseurs ou le chorégraphe ; il faut l’ensemble. Pour l’instant, je ne vois pas d’évolution puisqu’il n’y a pas un système en place pour accompagner et solidifier le monde artistique.

Le National : Où voyez-vous votre carrière en danse dans un futur proche ? Lointain ?

Blanchard Mackenson Israel :Voilà une autre question qui me tracasse tous les jours. J’ai beaucoup de connexions avec des danseurs à l’étranger vu que je voyage beaucoup avec Artcho ou pour des formations, surtout à New York, au Broadway Dance Center pour développer encore plus mes compétences et mes capacités de production et de performance. J’ai beaucoup de projets en tête. Avec ma compagnie, j’aimerais avoir une école de danse hip-hop ; un espace où les jeunes danseurs hip-hop peuvent venir suivre des cours et des formations avec de bons professeurs locaux et étrangers comme dans les autres pays. Un centre de danse ou les cours sont affichés et les danseurs viennent et choisissent les classes qui les intéressent comme il y en a partout dans les autres pays. Ma compagnie a plus de 7 ans déjà. Mes danseurs sont bien formés et beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui de grands danseurs, de bons chorégraphes et de bons professeurs ; et voilà un autre de mes accomplissements. Les projets sont là, ils ne sont pas faciles ; rien n’est facile. Avoir cette école est un de mes rêves tendres. Est-ce facile ? Je ne sais pas. Est-ce que j’arriverai à réaliser ce projet ? Je ne sais pas, surtout avec la tournure que prend ce pays. Mais c’est là que je me vois dans un futur proche ou lointain.

Propos receullis par :
Soraya Louis




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