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En route vers le Musée de l’eau en Haïti



Désormais, un nouveau slogan s’ajoute en octobre 2020, dans le langage populaire et l’imaginaire collectif du peuple haïtien. Il semble bien servir autant les politiques qui portent l’essence écologique du projet dans leur stratégie de communication de masse, que certaines mauvaises langues et des esprits critiques, qui en profitent pour réagir, dont beaucoup ne prennent pas vraiment le temps ou ne souhaitent pas questionner le sens.

Démarche symbolique, philosophie ou métaphorique, le programme : « Plante dlo », a déjà été initié pratiquement dans d’autres campagnes de sensibilisation écologique dans des pays en Afrique. Maintenant, il revient aux dirigeants et aux élites de trouver les meilleures stratégies de communication et de transmission des secrets et des savoirs, pour développer cette nouvelle forme d’intelligence collective autour de l’eau en Haïti.

Dans quel sens un musée de l’Eau pourrait contribuer dans la mise en œuvre d’un tel programme d’éducation et de sensibilisation de la population ?

Devant cette vague de réaction sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels autour de l’eau qui coule dans l’actualité, il parait opportun d’actualiser mes recherches, analyses, recommandations et propositions sur l’éducation relative à l’environnement, en passant par l’instrumentalisation des musées spécialisés, et de l’apport de leurs collections, des expositions, des animations, des publications et des projections autour de l’eau.

De nombreux pays dans le monde dispose déjà d’au moins d’un musée de l’eau, parmi lesquels on peut citer : le Musée Mohammed VI pour la civilisation de l’eau au Maroc ; le Pavillon de l’eau de Paris, qui dispose d’un lieu d’information et de sensibilisation du public sur l’eau ; le Musée de l’eau Pont-En-Royans toujours en France, qui se constitue comme un véritable espace interactif, ludique et pédagogique, entre autres. Comment utiliser ces références et adapter ces modèles de projets muséologiques dans l’intérêt de la population haïtienne ?

Dynamique planétaire, « Conscient des enjeux stratégiques liés au secteur de l’eau, le Royaume du Maroc a mis en œuvre une stratégie de développement basée sur la mise en valeur des ressources en eau. Le Musée Mohammed VI pour la civilisation de l’eau, joue le rôle de la pierre angulaire dans ce processus », rapportent les responsables de l’institution muséale sur leur site internet. Ils poursuivent : « En effet, il met en valeur le patrimoine hydraulique traditionnel sous tous ses aspects techniques, sociaux et culturels », parmi les éléments devant attirer le plus grand nombre de visiteurs dans ce musée qui a ouvert ses portes en 2017.

Dans le Musée de l’eau Pont-Royans, on retient pratiquement la salle des eaux du monde, qui propose les principaux thèmes suivants : le cycle naturel de l’eau ; l’eau et le corps humain ; l’eau et les climats : Le partage de l’eau ; la pollution des mers et des océans ; les monstres marins ; et l’eau symbolique. Autant de thématiques et de sources d’importance capitale de connaissances, d’informations utiles, pratiques, stratégiques, et vitales, qu’on pourrait adapter dans la réalité haïtienne.

Dans un Musée de l’eau en Haïti, les visiteurs seraient invités à découvrir les diverses formes de représentations, les cycles de l’eau, l’utilité et toute la plaque cet élément occupe dans l’espace-temps haïtien, dans la sociologie, l’économie, la politique, l’imaginaire collectif, et tout ce qui vit et bouge dans la société haïtienne.

Dix ans après le séisme du 12 janvier 2010, Haïti a raté l’occasion d’organiser une exposition en guise de remerciements et de reconnaissance, envers le soutien international et la générosité planétaire, en exposant une sélection des dizaines, des centaines, et des milliers de bouteilles d’eau (toutes les marques, toutes les dimensions, les formes, les qualités et les saveurs confondues), envoyées par de nombreux pays, des institutions, des individus et des familles à la population haïtienne, dans les heures, les jours, les semaines et les mois qui suivaient le drame. Des objets depuis, qui sont certainement perdus dans les canaux obstrués, dans les fondations de certaines constructions, les côtes maritimes de l’île, et qui participent religieusement à la détermination de l’environnement terrestre et maritime.

De quoi serait faite la collection du Musée de l’eau en Haïti ? Quelles sont les expositions qui seraient organisées dans le prochain Musée de l’eau en Haïti ? Pourquoi les écoliers haïtiens devraient visiter les collections de ces musées ? Quels sont les produits et les services que les responsables de ce Musée de l’eau en Haïti, allaient proposer pour en plus d’éduquer le public, satisfaire leur curiosité, animer leurs émotions, et les procurer les meilleurs souvenirs autour de l’eau ?

Dans ce premier Musée de l’eau en Haïti, il faudrait penser à aménager un mémorial à la mémoire de toutes les victimes des naufrages en Haïti, tant dans les hautes mers que dans les inondations à l’intérieur de nos villes lors des intempéries.

D’un enjeu majeur pour Haïti, la Banque mondiale avait déjà tiré la sonnette le 27 mai 2015, dans un article sur la problématique de l’eau en Haïti : https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2015/05/27/five-things-you-need-to-know-about-water-in-haiti, qui argumentait autour des cinq points suivants : Moins de la moitié des Haïtiens vivant à la campagne ont accès à l’eau potable ; Seulement 24% des Haïtiens ont accès à des installations sanitaires ; Les maladies comme le choléra se propagent dans l’eau ; L’amélioration de la situation sanitaire dépend aussi des comportements ; Le secteur en approvisionnement en eau et de l’assainissement dépend encore lourdement de l’aide financière extérieure.

De plus en plus critique, cette situation chaotique autour de l’eau, pratiquement cinq ans après. De nombreux spécialistes haïtiens en particulier, des acteurs du secteur culturel comme : le groupe socioculturel Boulevard liaison qui a déjà réalisé plusieurs expositions dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau au cours des dix dernières années ; le cinéaste Arnold Antonin avec son dernier film sur la mer, et des organisations écologiques entre autres, comme la branche haïtienne de la Société internationale de développement (SID), parmi tant d’autres, qui continuent de faire le plaidoyer pour une plus grande prise de conscience en Haïti autour de la géopolitique de l’eau.

De tristes souvenirs qui rappellent autant la mémoire des victimes anonymes, des personnes et familles disparues, comme pour rappeler le cas récent de la pédiatre Jessica Janniton et son bébé en août 2020, dans la commune de Tabarre dans l’Ouest. Et deux ans plus tôt, en 2018, ce fut le cas de la juge Ostwalde Joseph, morte noyée dans la rivière Canarie de Dosmond, située dans la commune de Ouanaminthe, dans le Nord-Est.

De « Kaselezo », une émission culturelle que l’entrepreneur Martin Télémaque, en passant par toutes les formes de représentation, d’animation, de symbolisation de l’eau dans la vie des Haïtiens, de toutes les catégories sociales.

De la tendance politique dénommée « Lavalas », qui symbolise l’eau en furie, en passant par le régime au pouvoir porté par l’ancien musicien devenu chef d’Etat, qui interprétait dans ses débuts : « Pwason te fè dlo konfyans, men se dlo ki bouyi li », sans oublier dans le Vodou, la place capitale de l’eau dans les salutations, les rituels et les sacrifices de la naissance à la mort, l’eau est présente dans la dynamique sociale et globale haïtienne, à toutes les saisons comme dans les œuvres majeures, telles : « Gouverneur de la Rosée ». N’est-ce pas un beau prétexte pour offrir aux secteurs politiques et économiques, écologiques et éducatifs, scientifiques et juridiques, culturels et touristiques, entre autres, ce premier équipement multifonctionnel !

Dans les relations entre Haïti et la République dominicaine, la question de l’eau est devenue un élément essentiel pour l’avenir des deux pays. Et pourtant, en dehors des rares spécialistes comme l’agronome Jean André Victor qui abordent souvent cette problématique, il y a lieu de démocratiser cette thématique, de façon très pédagogique dans les médias, les forums, et le système éducatif haïtien. Il serait même urgent de créer une chaire universitaire sur le sujet, et d’inscrire des cours sur la géopolitique de l’eau dans les classes secondaires en Haïti, en attendant d’ouvrir les salles d’expositions du Musée haïtien de l’eau au grand public.

Dans ce Musée de l’eau en Haïti, on apprendra aux Haïtiens à découvrir autant les conflits, la corruption, les dangers, et surtout leurs impacts sur la vie de la population en général, sur les constructions anarchiques et du déboisement sur la (bonne et mauvaise) gouvernance de l’eau en Haïti. Un musée à visiter obligatoirement pour comprendre les politiques publiques, les zones d’ombre et souterraines, l’économie, les opportunités, les métiers et la richesse autour de l’eau.

Dominique Domerçant




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