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Arnold Antonin reçoit le Prix Detroit de Magellan



Le 24 novembre 2020, l’ambassadeur du Chili en Haïti, M. Rodrigo Donoso Maluf, en présence de quelques personnalités haïtiennes et de membres de la mission du Chili en Haïti, a remis le Prix Detroit de Magellan à M. Arnold Antonin, personnalité de premier plan de la vie culturelle, intellectuelle et sociale en Haïti. Ce prix est décerné par le Gouvernement de la République du Chili.


Dans le communiqué de l’Ambassade du Chili y relatif, on peut lire que : « 500 ans après la traversée du détroit de Magellan, cette distinction a été créée spécialement pour commémorer l'esprit de cette exploration, en l'associant à l'innovation à portée mondiale. Elle cherche à distinguer les nouveaux Magellan et les détroits qu’ils sont en mesure de découvrir et de traverser dans l'esprit qui caractérise le docteur Arnold Antonin, un grand ami du Chili.

Cette reconnaissance, décernée à un groupe de 54 intellectuels, artistes et scientifiques d’exception du monde entier permet : d’une part, de projeter dans le futur un exploit historique en tant que symbole d'exploration, d'innovation et d'entrepreneuriat visant à construire ensemble un monde meilleur et de l’autre, de rapprocher le Chili à une dimension et à une thématique d'intérêt international touchant des femmes et des hommes d’imagination, créateurs du monde entier. »

Tour à tour, l’ambassadeur du Chili et Arnold Antonin se sont exprimés lors de la cérémonie. Le National a le privilège de publier les extraits des deux discours.

Discours de M. Rodrigo Donoso Maluf, ambassadeur du Chili en Haiti

« C’est un honneur et un grand privilège pour moi de vous accueillir en ce jour si spécial, au cours duquel nous allons remettre à M. Arnold Antonin le Prix Détroit de Magellan, décerné par le Gouvernement chilien à 54 personnalités dans le monde entier qui se distinguent par leur innovation et leur esprit d’exploration. Arnold est de ceux-là. Un grand artiste qui, à travers son art, nous invite à parcourir terra incognito. La contemplation ou l’intellection esthétique de son travail nous élève et nous rend des êtres meilleurs.

Cette année avant que le rideau ne soit tombé par le COVID, j’ai regardé avec grand émoi le film « Men sa lanmè di » « Ainsi parla la Mer », un hommage sublime à la beauté de la Mer haïtienne.

Le Détroit de Magellan est le principal passage biocéanique naturel au monde. Il unit l’océan Pacifique (lequel à part son nom n’a strictement rien de pacifique) et l’océan Atlantique. Ce passage sépare le continent américain de la Terre du Feu, sur une longueur de 560 kilomètres. En empruntant ce détroit protégé, les marins les plus hardis évitent les eaux et les rafales de vent indomptables du Cap Horn à plus de 50 nœuds.

Le 20 novembre passé, un demi-millénaire de ce voyage épique mené par Hernando de Magallanes a été célébré, ce qui a entraîné un changement dans la façon dont nous avons visualisé la Terre, et notre connexion, vu que la découverte de ce repère géographique a pu changer la navigation dans le monde.

Hors, par ailleurs ce fut la première fois que l’homme européen a aperçu le territoire chilien. 21 ans plus tard cette fois-ci venant du nord l’homme européen est venu s’installer au Chili.

500 ans après la traversée du Détroit de Magellan, ce prix a été spécialement créé pour commémorer l’esprit de cette exploration, l’associant à l’innovation à portée mondiale, cherchant à distinguer les nouveaux Magellans et les détroits qui sont capables de découvrir et de traverser, dans l’esprit qui caractérise M. Arnold Antonin, un grand ami du Chili.

Cette reconnaissance a été accordée à d’éminents artistes, intellectuels, et scientifiques à travers le monde. Elle parvient non seulement à projeter vers l’avenir un exploit historique comme un symbole d’exploration, d’innovation et d’entrepreunariat dans le but de construire ensemble un monde meilleur, mais aussi à renforcer les importants liens de collaboration avec des pays amis.

Comme l’a déclaré hier le ministre Chilien des Affaires étrangères Andrés Allamand, ce prix a été conçu « pour reconnaître ceux qui ont réussi à transformer un rêve impossible en réalité, en progressant contre le courant et souvent en surmontant l’adversité ».

Arnold, un arbre est déjà planté en votre nom au bord du Détroit de Magellan. Aujourd’hui, nous vous donnons ce prix qui consiste en une Boussole. Merci beaucoup et portons un toast à la santé de notre cher Arnold Antonin de Beatriz sa femme et à l’amitié entre le Chili et Haïti. »

Extrait du discours de M. Arnold Antonin

Résumé des propos d’Arnold Antonin à la réception du prix « Détroit de Magellan » le 24 novembre à la résidence de l’Ambassadeur du Chili.

« Je remercie de tout cœur le Chili pour cette surprise qu’il m’a faite en m’accordant ce prix parmi de si prestigieuses personnalités internationales.

On est en train de commémorer les 500 ans de l’arrivée sur ces terres du Sud du continent d’un homme d’une audace et d’une ténacité exceptionnelles. On parlait de lui comme l’un des plus grands découvreurs, de l’homme de la circumnavigation.

Dans une perspective d’histoire globale et non eurocentriste, on ne parle plus des grandes découvertes sinon de rencontres entre des mondes différents, rencontres souvent malheureuses et tragiques pour les habitants originaires de nos terres. Ce sont elles qui ont abouti au génocide des Aborigènes et des captifs noirs, raflés d’Afrique.

Il semble en outre que bien des années avant Fernand de Magellan, des navigateurs polynésiens avaient traversé le ‘Passage de tous les saints’ comme l’avait dénommé Magellan avant qu’on ne donne à ce détroit son nom.

Indépendamment de ces considérations que j’ai jugées nécessaires, Fernand de Magellan a été le protagoniste d’une geste qui dépasse celle des héros d’Homère. Les argonautes, comparés à lui, me semblent des marins en vacances, La vie de Fernand de Magellan, racontée par Stephan Zweig à partir des chroniques de Sebastian el Cano et d’un érudit vénitien, me fait me sentir tout petit. Même si, moi aussi , j’ai essayé avec ténacité de traverser les tempêtes et les détroits de mon pays.

Mon exil, de 10 ans en Europe et de 10 autres longues années au Venezuela, m’a permis de rencontrer des gens merveilleux parmi lesquels je me suis fait beaucoup d’amis chiliens.

J’ai vécu à Rome dans le même appartement avec deux autres architectes haïtiens, un peintre et musicien chilien Juan Capra et une chanteuse chilienne Inès Carmona. À chaque fois que Pablo Neruda passait par Rome pour visiter son ami Carlo Levi, peintre et auteur de « Le Christ s’est arrêté à Eboli » ou Rafael Alberti, il ne manquait pas d’appeler Inès.

Je garde encore précieusement une lithographie originale que m’a offerte, l’immense peintre surréaliste chilien, Roberto Matta.

J’ai connu beaucoup de résistants à la dictature de Pinochet. Ils avaient su se créer un impressionnant courant de sympathie à traves le monde. Quand les Inti Illimani ou les Quilla Payun donnaient un concert, ils arrivaient à attirer plus de monde que le pape pour ses discours urbi et orbi, ce qui est tout dire.

Depuis mon adolescence en Haïti , on connaissait Gabriella Mistral et Pablo Neruda.Mais c’est en exil, privilège en ce sens comme aimait à dire Julio Cortazar, que j’ai découvert Nicanor Parra, José Donoso, Antonio Skarmetta et Luis Sepulveda. Je parle de l’Europe et de l’Italie. Au Venezuela, ma seconde terre d’exil, je me suis lié d’amitié avec le metteur en scène Pablo de la Barra, fils d’un des créateurs du théâtre chilien. Les sbires de Pinochet venaient d’assassiner son frère et sa belle-sœur. Pablo s’était échappé avec leur bébé et les images du film qu’il tournait, mais sans les bandes de son. Pendant qu’il essayait par la lecture des lèvres des acteurs de reconstituer le son, il a trouvé le temps de m’aider à faire la version espagnole de mon film « Haïti, le chemin de la liberté ». Le Chilien avait trouvé le temps de manifester sa solidarité avec l’ami haïtien.

J’aurais pu poursuivre indéfiniment avec la liste des Chiliennes et des Chiliens avec qui j’ai partagé des moments d’exception. Il n’y avait pas que des artistes. Je pense à Daniel Gonzales, le rédacteur en chef de la revue Nueva Sociedad ou le grand scientifique, l’économiste Carlos Matus, pourfendeur des Chicago boys.

De retour à mon pays , à la chute de la dynastie des Duvalier, puisque plus rien ne me retenait à l’étranger, j’ai pu, en autres activités, continuer à travailler dans la création et réaliser une soixantaine de documentaires sur les gestes quotidiennes des héros de la survie et sur la créativité des filles et fils d’Haïti au milieu du chaos et de mille difficultés. J’ai essayé ainsi d’établir des passages entre la mémoire et la quotidienneté.

Et c’est d’Haïti, en 1988, que je suis allé pour la première fois au Chili comme observateur du Referendum dont le résultat allait ouvrir la voie à la transition à la démocratie. Quelle émotion ! Puisque mon groupe avait été affecté au tristement célèbre stade où tant de gens avaient été enfermés et torturés dont plusieurs compatriotes haïtiens. Aujourd’hui encore, toutes conditions étant égales par ailleurs, nos deux peuples se battent pour trouver le bonheur en des temps de tumultes et d’incertitude.

Enfin, monsieur l’ambassadeur, je voudrais partager cette distinction avec la centaine de milliers de jeunes haïtiens qui ont traversé les océans ou la forêt amazonienne, en une nouvelle odyssée , pour arriver chez vous.

Ému par l’idée de mon arbre planté dans la Patagonie, un gran abrazo pour mes amis Chiliens et les Haïtiens, accueillis si généreusement chez vous. Merci encore de cet honneur et de nous avoir reçus avec mon épouse et mes chers amis, ici présents. »

La Rédaction




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