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« Kalashnikov » : un appel à la conscience humaine !



Après avoir présenté « Kalashnikov » comme une performance en cours de création dans le dispositif « En chemins », Hugh Gelin a décidé de poursuivre sa création et a offert au fidèle public du festival, un travail abouti. « Kalashnikov » a été présenté hier en format long dans la programmation du 17e festival Quatre chemins !


Dans cette représentation, qui a eu lieu à Espace 4 (en face de Le Centre d’art), a été fortement exposée la situation actuelle de nombreuses familles en Haïti qui pleurent la disparition, ou l'enlèvement soudain d’un être cher. Un spectacle on ne peut plus émouvant ! Ces personnages, toutes des femmes, qui extériorisent la douleur qui émane de leur être, les dangers auxquels ils ont dû faire face, ont secoué l'assistance tout entière. Ces voix de femmes agonisant, suppliant, ces invocations, ont été les points forts de cette performance !

En quittant l'espace de représentation, j’ai même entendu les comédiennes pleurer. Une fois passé le spasme, je me suis mise à repenser à tout ce que j’ai ressenti, tout ce qui m’a traversée lors de cette mise en scène. Ce décor, un mélange religieux représenté par les bougies, cette croix et ce choix de la couleur rouge pour le sang ; l'école ou le civisme représenté par le bouquin « J’aime Haïti » ; la Constitution de 1987 posée par terre, tout ceci a suscité la curiosité des spectateurs qui s'installaient, alors que les comédiennes étaient déjà sur scène, immobiles. Vêtues d’une robe blanche tachée d’un rouge vif symbolisant le sang, chacune des femmes sur scène tenait entre les doigts une fleur noire, figure de la mort, du deuil. Les petits oiseaux suspendus à des fils n’ont pris sens qu'à la fin de la représentation, quand les comédiennes se sont mises à les décrocher une après une, comme un hommage aux âmes qui nous ont laissés trop tôt.

Au début du spectacle, avec tout cela, on sentait le public s'impatienter. Est-ce à cause de tout ce temps qu'avait duré l'installation des gens. Tout cela a fait que les premiers moments du spectacle avaient un peu trop duré. Était-ce ce qui se voyait sur le visage de certains assistants dans le dispositif Espace 4, ou la gêne devant cette installation du macabre ? Je dirais : pas que. Il y avait de la longueur tout de même. Pour ma part, ce temps où les comédiennes ne cessaient de fredonner une musique presque inaudible, et celui qu’a mis l’une d’elles à dessiner les cœurs sur le sol n’ont pas su capter l’attention des spectateurs tant que c’était long. Mais une fois que la voix de la comédienne Joanna Joseph a commencé à chanter une musique africaine très connue titrée « Siyelele Mama » de Sarafina, l'assistance tout entière s’est ressaisie et attendait ce qui allait suivre.

Il y a eu des moments forts lors dans ce spectacle. Ces moments où les paroles que portaient les comédiennes transperçaient les cœurs ; ces moments où elles s'entredéchiraient à force de crier leur rage ; ces moments où sans un mot, elles tombaient par terre, dans un bruit sourd, et suffoquaient… « On est venu te chercher avant l’aube. On t’a suivi, comme on suit un cercueil… », ne cessaient-elles de répéter à mesure que l'émotion gagnait la salle. Entre le décor qui était assez accrocheur, et le jeu des comédiennes, je suis ressortie de la salle émue, choquée, et aussi un peu apeurée.

C'est une performance qui a fait appel à notre humanité, à la conscience humaine. Elle a brisé ce silence qui pesait sur nos cœurs. Elle a remis sur table la question de la vie humaine, notre insécurité chronique, nos peurs, l’abandon et la résignation. La douleur que ressent une mère qui perd son enfant, dans des conditions atroces. C’est pour vrai une mise en scène qui nous a permis de nous questionner encore sur les nombreuses disparitions qui ne cessent d'accroître, sur ces morts dont nous oublions jusqu'à leur nom, sur ces êtres chers à nous que les bandits de grand chemin nous effacent en toute impunité… Comment osent-ils ces cannibales ? Oui ! Qui a le droit d'ôter la vie à un être vivant, sinon un cannibale… ? Des sentiments très forts d’injustice qu’évoque cette création qui mérite et bien d’être vu et revu, mais surtout vécu !

Lynde




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