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« La Dernière nuit de Cincinnatus Leconte » de Michel Soukar : un romancier enquête

« La Dernière nuit de Cincinnatus Leconte » de Michel Soukar : un romancier enquête



Nous assumons la tâche délicate d'instaurer entre nous et le lecteur une relation fondée sur l'intérêt et la confiance. Le travail de celui qui introduit le roman de Michel Soukar est d'autant plus riche en exigences qu’il est conduit par la nature de son sujet et la violence qu'il comporte à tenir compte des intérêts historiques, des souvenirs que chérissent les hommes du Nord, des partisans des classes sociales s'affrontant à travers les pages qui suivent selon les périodes historiques et les lieux de pouvoir.

 Périodes historiques et lieux de pouvoir

Après ses romans « Cora Geffrard (2009 et 2011), L’Âge du Tigre (2010), La Prison des jours (2012) », Michel Soukar a continué sa plongée dans l'histoire politique haïtienne dont il révèle la complexité et les ramifications entre les classes sociales, les croyances et les pratiques religieuses ainsi que les dimensions internationales.

Les recoupements et les répétitions permettent d'évaluer toute la complication de la vie politique dans le cadre de la capitale nationale et notamment sur ce que l'on pourrait appeler les lieux privilégiés de l'histoire nationale. Un exemple frappant nous en est offert par le quadrilatère compris entre le Chemin des Dalles et le Champ de Mars: assassinats politiques (comme celui d'un leader politique du Nord : Me Fédé Noël dans les années quarante), des calamités de plus grande envergure ont fait de cette zone le centre d'évènements politiques : affrontements sanglants, coups d’État, etc.

Le roman de Michel Soukar s'ouvre sur ces lignes combien évocatrices de catastrophe. Elle aurait pu être celle du 12 janvier 2010: « Un énorme fracas se fait entendre, tel un orage assourdissant. À proximité immédiate du Palais national d'Haïti, les riverains sortent de chez eux en criant: tremblement de terre, une clameur de détresse absolue se propage, la fin du monde! » (Op.cit.p.9)

En 1915, le président Vilbrun Guillaume Sam procéda à l'arrestation de plus de 200 hommes politiques, emprisonnés et pour la plupart massacrés non loin du Palais national de l'époque.

L'espace dans lequel, Michel Soukar fait évoluer les personnages de "La dernière nuit de Cincinnatus Leconte" dépasse aussi les limites du territoire haïtien pour englober le territoire de la République dominicaine, les hommes politiques de ce pays voisin et mentionner les relations entre les deux peuples se partageant l'île.

La religion, les liens de pouvoir et d'argent les rapprochent. Michel Soukar souligne l'opinion d'un des personnages qu'il campe: « Que vaut l'argent sans le pouvoir suprême ? » et cite l'un de ceux-ci ; « Je ne peux pas continuer à respirer hors de l'atmosphère du pouvoir ». Il met en jeu le pouvoir politique et l'argent ainsi que les éléments du monde du catholicisme et du vodou. Entre Port-au-Prince et Santo Domingo, les rapports devaient devenir plus rudes à la suite de l'assassinat du président Cacéres en 1911.

Les relations d'extranéité sont d'autant plus fréquentes entre les deux pays qu'ils ont en commun des facteurs politiques inter-gouvernementaux, financiers et commerciaux, sans négliger les courants migratoires notamment syro-libanais. Ces derniers sont souvent sources de conflits entre les deux États voisins.

Dès novembre 1911, suite à l'assassinat du président dominicain Cacéres et l'arrivée au pouvoir dans la capitale voisine d’Eladio Victoria, les dirigeants dominicains rendent Cincinnatus Leconte responsable de l'assassinat de Cacéres.

Leconte fut aussi un ennemi des Syriens. Soukar souligne en les élargissant les perspectives de la lutte des Arabes établis en Haïti contre Leconte et évoque l'immigration des Syriens et la séparation des frères Maklouf.

Le romancier historiographe évoque l'ingénieur électrique Eddy Bourque qui aurait élaboré le plan de destruction de la résidence officielle de Leconte. Michel Soukar rend manifeste l'ensemble des rapports internationaux qui conditionnent les relations d'Haïti avec le monde extérieur notamment en matière d'immigration. Maklouf, dit-il, voue une haine tenace à l'Angleterre, à la France et à la Turquie qui, par leurs intrigues, dressent musulmans contre chrétiens maronites qui, jusque-là, s'entendaient bien. Victimes des tueries pratiquées par les Turcs, des viols à répétition, ils se sauvent emportant avec eux les souvenirs précieux de leurs familles pour en garder une ultime trace. Bientôt on les verra errants, désespérés dans les rues de Port-au-Prince, pratiquant toutes sortes de petits commerces, cherchant à tout prix un asile dans les Amériques.

Bourke ressent une haine féroce envers Leconte et aurait conçu un plan infernal visant à faire exploser le Palais national. Une fois la catastrophe consumée, les rumeurs circulent qui en attribuent la paternité à Tancrède Auguste et à John Laroche, le premier : collaborateur de Leconte, le second : son gendre et son ministre. Tous hommes du Nord.

Auguste ne devait pas jouir longtemps des fruits du pouvoir qu'il aurait engrangés par le crime.

Antoine Sansaricq, un des rares ministres fidèles à Cincinnatus, et Jacques Nicolas Léger restent à l'écart de ladite conjuration. Le premier est nommé ambassadeur à Londres. Le second reste ministre. Quant à Auguste, il ne tarde pas à tomber malade. Une douleur lancinante empoigne son abdomen et fait penser à un empoisonnement qui ne tarde pas à emporter le nouveau chef d'État vite remplacé par Michel Oreste, notre premier président civil, brillant avocat défenseur de la cause arabe, et assez rapidement les journaux annoncent ; « Les assassins de Leconte démasqués ! »

À tort ou à raison, la postérité répercutera ce cri dénonciateur. Ce roman est une enquête sur le mystère le plus opaque, peut-être, de notre histoire politique. Son écriture appelle une adaptation cinématographique. Laissons aux futurs lecteurs le plaisir de vivre son intrigue et son suspens.

Dr Serge Fourcand
Montréal




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