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Les nouveaux nègres du Mississippi

Les nouveaux nègres du Mississippi








Le président des États-Unis, Donald Trump, coutumier des frasques qui ont fait sa fortune, a asséné un uppercut aux Haïtiens en traitant Haïti de pays de merde. Cet homme narcissique, instable sur le plan psychologique, imprévisible, prédisposé à toutes les outrances, n’est pas du genre à reconnaître ses torts et à s’en excuser.

L’attaque de Donald Trompe à la dignité nationale aurait pu déboucher ailleurs sur une rupture des relations diplomatiques. Là où on attendait les diplomates américains se répandre dans les médias pour tenter d’éteindre l’incendie provoqué par leur président, c’est plutôt les officiels haïtiens que l’on voit, s’attelant non sans peine, à banaliser, à étouffer l’affaire. Le silence sépulcral du président, les tentatives maladroites du Premier ministre et du ministre de la Défense d’évacuer le sujet, leur manque d’ardeurs à défendre l’honneur national, indisposent la société haïtienne et évoquent le souvenir de l’occupation où l’Amérique imposa son ordre au pays. L’indignation qui étouffe la société haïtienne ne s’est pas rendue jusqu’à eux.

Il ne s’agit pas d’engager des hostilités avec la superpuissance militaire; nous n’avons ni le courage ni la détermination de nos ancêtres. Il s’agit avant tout de faire comprendre à cette personne qui se dit notre ami, que le droit international protège les plus petits contre les agressions de toutes sortes des plus grands.

L’agression verbale du président des États-Unis envers Haïti est la manifestation du mépris affiché par l’administration américaine dans ses relations avec Haïti. Aucun peuple des Caraïbes n’est exposé à autant de condescendance des autorités américaines que les Haïtiens. L’attitude de l’ambassade d’imposer un agenda aux autorités haïtiennes, en plein coeur de l’incident, est aussi insultante que l’insulte elle-même. D’abord, on ne comprend pas la hâte de Renan Hédouville, le président d’une agence de l’État, qui porte mal et son prénom et son nom, de s’afficher publiquement, le jour même, avec un représentant de l’ambassade américaine, sous le prétexte que celle-ci aurait accordé quelque financement à un programme de défense des droits humains.

Nous ne savons toujours pas de quoi le ministère des Affaires étrangères s’était entretenu avec le Chargé d’affaires qu’il avait convoqué. Si des regrets, à défaut des excuses, ont été formulés.

Comme un enfant à qui on donne un bonbon après lui avoir infligé une punition, le gouvernement des États-Unis a dépêché à Port-au- Prince, non pas le Secrétaire d’État ou le vice-président américain, mais un fonctionnaire de second ordre du Département d’État, pour parler de coopération avec le président de la République. Sur le plan du protocole, on n’a jamais vu ça.

C’est un manque de respect envers les officiels haïtiens qui s’observe même à l’étranger. En 2008, le Premier ministre haïtien, Michèle Duvivier Pierre-Louis, en visite à Paris, n’avait pas été reçu par son homologue François Fillon. C’est le numéro 2 du Quai d’Orsay, Rama Yade, qui fut chargée de cette besogne. Mais envers Haïti tout est permis. Tout visiteur étranger désirant rencontrer le président est reçu dans l’heure qui suit.

La photo montrant le diplomate américain conversant avec le président d’Haïti, sa façon de croiser les jambes, comme un monarque du moyen âge s’adressant à son sujet, nous disent clairement que ce n’était pas le président de la République, représentant les 15 millions d’Haïtiens, qui était en autorité. L’image renvoie plutôt aux heures les plus sombres de la ségrégation où les Afro-américains étaient considérés comme des enfants et traités comme tels. Sauf que le gouvernement des États-Unis n’ose plus aujourd’hui traiter l’Afro-américain de la même façon, même celui qui vit dans les coins les plus reculés du Deep South.

L’affront fait au pays nous rappelle douloureusement la gifle infligée à la fin du XIXe siècle par l’Allemagne à la République d’Haïti, durant ce qu’il convient d’appeler l’affaire Luders. En effet, à la suite d’un procès, Émile Luders, citoyen allemand, né de mère haïtienne, fut trouvé coupable de violence sur la personne de deux agents de police. Ne voulant pas purger sa peine, Luders fit appel à la Légation de son pays pour dissuader Haïti de mettre à exécution le verdict. La réaction allemande tomba rapidement sous la forme d’un ultimatum insultant pour le pays : entre autres l’obligation faite à Haïti d’organiser, en l’honneur de Guillaume II, un bal auquel le président d’Haïti devait assister pour trinquer à la gloire et à la santé de l’empereur d’Allemagne.

Le 8 décembre 1897, deux navires-écoles, montés par de jeunes mousses, se présentèrent dans la rade de Port-au-Prince, menaçant de bombarder le palais national si les termes de l’ultimatum n’étaient pas respectés à la lettre. Le général Simon Guillaume Sam, quelques heures avant l’expiration, capitula honteusement, en hissant le drapeau blanc au mât du palais national.

Le comportement reptilien des dirigeants, jouant les nègres de service du néocolonialisme, nous éloigne de plus en plus des prouesses de nos héros et de notre glorieuse histoire. Les dirigeants confortablement installés dans la charrette du déshonneur doivent se souvenir que le pays dont ils ont la charge a déjà été grand. Ils se doivent de ne jamais oublier que nos ancêtres avaient surmonté tous les obstacles, bravé tous les dangers, pour réaliser le plus bel accomplissement des temps modernes, la liberté pour tous, noirs et blancs, et décider de n’être jamais plus les nègres de personne.



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