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Lettre ouverte de KODDDA à l’attention du président du Comité de Pilotage des États généraux sectoriels, Port-au-Prince, Haïti

Lettre ouverte de KODDDA à l’attention du président du Comité de Pilotage des États généraux sectoriels, Port-au-Prince, Haïti








Le 2 avril 2018 Monseigneur LOUIS KÉBREAU, président du Comité de Pilotage, États généraux sectoriels de la Nation Monseigneur,Monsieur le Président,Par la présente la KODDDA - qui se donne pour mission la défense des droits des Haïtiens vivant à l’étranger - vous présente ses compliments et vous prie de recevoir ses commentaires concernant l’initiative d’organiser les «États généraux sectoriels de la Nation”.Dans un esprit participatif, la KODDDA souhaiterait vous soumettre par la présente ses observations et partager avec les membres de votre Comité ses inquiétudes sur certains points de l’entreprise qui concerne et engage le devenir du pays:Nous notons en premier lieu l’absence de représentants légitimes et actifs de certains secteurs importants de la communauté haïtienne tels qu’un représentant de la diaspora internationale de même qu’un représentant de la presse parlée et écrite locale pour organiser la tenue des ateliers. Et ce, en dehors, bien entendu, des personnalités déjà nommées et qui, sans doute, n´agiront qu’en tant que coordinateurs et agents de communication face au public.Saurions-nous établir des critères faisant appel à des personnages de qualité, d’expérience et concernés par Haïti afin que les débats soient consistants?Par ailleurs, la mission attribuée aux membres du Comité semble enfreindre des domaines déjà étudiés ou mis à l’étude depuis des mois par la Commission spéciale sur les Amendements constitutionnels. Nous nous référons ici aux problématiques de la gouvernance politique; la gouvernance locale; la gouvernance économique; la gouvernance environnementale et l’aménagement du territoire ; la gouvernance de l’espace public et médiatique ; la gouvernance du système éducatif ; la gouvernance du système de santé ; l’identité culturelle et l’intégration sociale ; l’ordre et la sécurité publique.Ne serait-il pas impératif de situer les débats et les thèmes en amont et de définir les priorités?Nous souhaiterions recevoir des informations concernant les moyens qui seront déployés pour obtenir l’adhésion de l’ensemble de la population. Cette initiative est des plus louables et nous souhaiterions y participer; cependant nos inquiétudes sont palpables : la Diaspora sera-t-elle consultée, comme le seront les représentants des divers secteurs sociaux et géographiques du pays ? Et si oui, comment?Enfin, nous tenons à souligner le fait que la KODDDA s’inquiète quant à l’aboutissement de ce pacte qui, devant être soumis (pour validation) au Président de la République, ne serait donc pas contraignant, tandis que la majorité de la population pour sa part s´y serait pleinement engagée. Dans de telles circonstances, la démocratie ne s´en trouverait-elle pas amoindrie par le biais d´une décision unilatérale de la Présidence?Nous vous prions de recevoir, Monseigneur, nos plus vifs remerciements pour une prompte réponse et nos salutations les plus respectueuses en la patrie.Suivent les noms des rédacteurs de la présente :Lou Evans ArneErnest Victor BellandeEdward BerrouetAlix LamarreLouis F. Moise-LouissaintRobert MagloireMichelle MevsGeorges MichelFrantz PriceJean-Claude RoyJean-Sébastien RoyLa fête dura quelques jours, mais pas assez. La vie « normale » reprit son cours, autrement dit le stress, les engueulades, la mesquinerie, tous les obstacles que les hommes prennent plaisir à ériger entre eux. Le Général de Gaulle s’était ressaisi, décidé à se défaire de la chienlit. André Malraux défila sur les Champs-Élysées, et tout « rentra dans l’ordre ». La fête avait pris fin. La terre est une vallée de larmes, petit homme. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.Je compris alors que tout gouvernement, fût-il démocratique, n’était qu’un pis-aller. Il n’y a pas de vrai bonheur sans absence de contraintes. Oh, je sais bien qu’on ne pouvait pas toujours vivre de la sorte. Il fallait bien que « business as usual », que les usines tournent et que les enfants aillent à l’école. Mais je sais aussi que cela n’est pas le bonheur.J’ai appris également (corollaire de ce qui précède) que Rousseau a raison. L’homme naît bon, la société le déprave. Ou plutôt, l’homme naît neutre. Durant la période utopique de Mai, tous ceux que j’ai côtoyés étaient devenus bons. Spontanément.Mais les mots me manquent. Il est des expériences inexprimables.Je cède ici la parole à Rimbaud, vrai fils de Mai avant la lettre, qui vous dira mieux que moi ce que j’ai ressenti après la fête :« Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre. Paysan. »En 2018, le Rêve est mort, tué par des politiciens lâches et sans coeur.Sous les pavés, la haine ! Voici venu le temps des petits hommes.P.L. : Le premier poème d’Épaule d’ombre.

Vertige

Avec ton éveil à la joie,

Avec ta course irréfléchie,

Avec ta robe dans le vent,

Avec ton sourire émergeant

Comme une menace à mon inquiétude,

J’éternise mon feu comme une ferveur.

Avec mes sursauts énervants,

Avec mon rire de proscrit

Qui grince, heurtant ton extase-hébétude,

Et mes os exhumés de l’ossuaire,

Au scandale des châtelaines

Qui m’offrirent leur nudité

Ébroué de nul frisson,

Impassible à des yeux tourmentés d’aurore.

[sismale,

Je compose un songe d’enfer

Pour frôler ton corps,

Électriser ta gorge consentante.

Certain jour de faste attendra l’abordage du

[Paquebot

Amenant l’exilé sorti de prison.

Je te prendrai par les cheveux

Ah ! Fiévreusement,

Pour te montrer,

Pendu,

Giflé,

Sifflé,

Affolé,

Égaré,

Et seul

Cyniquement seul,

Livré à la faim,

Dans la baie des puanteurs,

Devant les maisons de corruption

Où l’on fabrique

Des faiseurs de complots,

Des postulants au forçat,

Des enfants du salut dans la faim,

Par la faim,

En haillons,

En ulcères,

Et des hommes pour voyager en première,

Des hommes pour aller pieds nus,

Des hommes pour le home,

Des hommes pour la hutte ;

Et puis des femmes,

Des femmes pour les boudoirs,

Des femmes pour les fumoirs,

Des femmes pour les bordels,

Des femmes pour causer des tueries, la

[Banqueroute,

Des femmes pour l’anxiété des bijoutiers,

Des femmes pour la pitié ...

Je te dirai tout l’aboi des mornes,

La plainte des ruisseaux endormis,

Inoculé par les premières aiguilles d’hélium.

Je te conterai l’avortement

De chaque fruit

Sur la terre impassible, et

Dosant, supposant chaque corps pour l’engrais de ses mamelles tentaculaires.

Je te ferai contempler

Une fenêtre ouverte sur la grève ...

La terre tournera autour

De nos bras polaires

Et nous aurons le vertige des gravitations

le privilège de fixer

le changement des saisons,

L’influence de tes yeux sur les raz-de-marée,

Le sommeil des pêcheurs,

le cauchemar de germination des alluvions,

Tu chanteras devant l’extase

Car tu ne construiras pas

Sur l’inquiétude et la soif.

Les chevaliers insoumis,

Les coursiers de déserts communicables

inclineront jusqu’à tes pieds en porcelaine

Leurs flèches.

Leurs boucliers.

(Juin 1944)

Ovations nourries (Paul et René sont très émus)

F-A.L. : Paul, René vient de nous expliquer qu’il a choisi la poésie et l’enseignement, une voie d’expression et une carrière. Et vous, comment êtes-vous arrivé à la poésie ? P.L. : Dans mon cas, cela n’a pas été mon choix. La poésie m’a choisi. (Rires). Alors très tôt, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire. Je dois dire que j’ai appris mes premiers vers des lèvres de mon cousin germain Fernand Martineau, le poète. Il se voulait le poète exclusif de l’amour. Pour lui comme pour moi, la poésie est une question de vie ou de mort, comme l’amour et comme la liberté.Pour reprendre un peu ce que René vient de dire. René pour moi est un ami de vieille date et à l’époque où nous n’étions pas encore mariés, il vivait chez mon père. Longtemps après, quand nous étions tous en exil, j’ai eu des problèmes avec mon fils aîné et je l’ai envoyé vivre chez René. C’est une vieille amitié qui a commencé peut-être à cause de la poésie, qui s’est entretenue de plus en plus, bien que notre conception de la poésie ne soit pas nécessairement la même. Il y a eu un point de rencontre sur le surréalisme, contenu dans mon livre qui doit paraître à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Il s’appellera OEuvres incomplètes. Ce recueil divisé en trois parties comprendra seulement ma poésie d’expression française, pas d’expression créole, pas non plus mes articles sur la politique. La tentation surréaliste, c’est pour moi ce qui a existé, non pas un mouvement surréaliste que nous aurions vécu, mais la tentation surréaliste d’abord par nos lectures et puis la présence cristallisante de Breton. Comme je l’ai dit dans un article « André Breton en Haïti, un témoignage », nous avons réalisé avec Breton les champs magnétiques dans la vie. (Rires).F-A.L. : Si je vous disais à vous deux que je n’étais qu’un simple amateur, un dilettante de roman et que je n’entendais rien à la poésie, que me diriez vous ? P.L. : Eh bien, je vous comprendrais, bien que je n’aie jamais été tenté par le roman de manière personnelle. Il faut avoir le don d’observation pour le roman et ça, je ne l’ai pas. La réalité me pénètre et reparaît sous une forme poétique des années après. C’est un processus parti du fond du subconscient, du fond de mon être.F-A.L. : René Bélance ? R.B. : Je pense que c’est une question de personnalité. Il y a des tempéraments qui sont attirés par tel mode d’expression et d’autres par tel autre. Je dois dire que pour ma part, j’aurais pu aller à différentes activités, dans différents secteurs de l’art. J’aurais pu aller vers le dessin, la peinture et la musique ...F-A.L. : Je comprends. Paul aurait pu faire autant car la poésie englobe tout et touche à toutes les sphères de la vie. Merci de m’avoir accordé cet entretien. Paul Laraque et René Bélance : C’est à nous de remercier.



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