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Marchés publics et croissance économique : l’opportunité ratée avec le fonds Petrocaribe

Marchés publics et croissance économique : l’opportunité ratée avec le fonds Petrocaribe








Il y a maintenant trois mois depuis qu’un vaste mouvement de jeunes a été mis en branle dans le pays par une question assez simple, mais pleine de sens et de signification « Kot Kob PETWOKARIBE a ? ». Ce vaste mouvement contre la corruption sous toutes ces formes a été accueilli et embrassé par la majorité jadis silencieuse du pays. Cependant, si nombreuses sont les personnes qui réclament que lumière soit faite sur la question, peu sont en mesure de comprendre l’opportunité réelle que représentait le fonds Petrocaribe d’un point de vue purement économique.

En effet, dans toute économie l’État est le plus grand consommateur en raison de sa taille et les ressources qu’il est capable de mobiliser. C’est d’autant plus vrai dans une économie ou le pouvoir d’achat des ménages est très faible et rend de ce fait le marché étroit et non propice aux investissements de grande envergure. Donc à travers ses dépenses de fonctionnement et/ou d’investissement, l’État peut attirer des investissements, stimuler la production, réduire le chômage et contribuer à la relance de l’économie. Dite comme ça, l’idée peut être difficile à comprendre et à assimiler, mais en nous appuyant sur la théorie keynésienne et le « New Deal » de Franklin Delano ROOSEVELT nous allons poser les bases théoriques qui permettront de comprendre comment le fonds Petrocaribe aurait pu sortir l’économie haïtienne de la stagnation.

Dans son ouvrage intitulé « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », John Maynard KEYNES stipule que c’est la demande qui crée l’offre et pose l’équation d’équilibre générale suivante :

PIB = C+I+G+X-M (1)

Ou encore, PIB+M = C+I+G+X,

Avec, PIB : le produit intérieur brut,

M : les importations

C : la consommation globale

I : les investissements

G : les dépenses publiques

X : les exportations

PIB+M : l’offre globale et

C+I+G+X : la demande globale.

Selon KEYNES l’accroissement de l’une des variables de la demande globale produit un accroissement des autres variables de la demande globale, certes suivant un modèle à décalages temporels. Et aussi un accroissement plus ou moins proportionnel, suivant le principe du multiplicateur keynésien, de l’offre globale, car pour lui c’est la demande qui crée l’offre.

L’un des faits économiques qui ont permis de valider la théorie keynésienne dans la réalité est la stratégie de sortie de crise adoptée par ROOSEVELT après le krach boursier de 1929 aux États-Unis, connu sous le nom de New Deal. Le New Deal est fondé sur la vision économique de KEYNES selon laquelle la demande crée l’offre et stimule l’activité économique. Ainsi pour sortir le pays de la dépression le gouvernement fédéral a créé la demande en détruisant des infrastructures publiques pour payer leur reconstruction après. De cette façon, il a pu injecter de l’argent dans l’économie et donner un nouveau souffle à l’activité économique tout en respectant le principe économique qui veut que pour chaque unité monétaire présente dans l’économie, il faut une contrepartie réelle.

Revenons maintenant au cas d’Haïti et à la question du fonds Petrocaribe. Rappelons d’abord que ledit fonds est un fonds d’investissement qui devait permettre à l’État de stimuler l’activité économique dans une économie où le chômage touche plus de 60 % de la population active, où l’inflation dépasse le seuil de 10 % depuis 10 ans et où la dépréciation de la gourde est incontrôlable.

Il est clair qu’aujourd’hui n’importe quel citoyen moyen est à même d’affirmer que les dépenses réalisées par l’État à partir du fonds Petrocaribe n’ont pas donné les résultats escomptés avec sa seule capacité d’observation parce qu’il n’aura pas vu d’infrastructures routières, de campus universitaires modernes, de vastes travaux d’irrigation et de modernisation de l’agriculture, d’hôpitaux modernes, etc. Cependant, nous sommes très peu à savoir qu’à côté des changements physiques visibles à l’oeil nu les dépenses financées par le fonds Petrocaribe auraient pu également favoriser des changements majeurs au niveau de la dynamique économique.

En effet, le fonds Petrocaribe a permis à l’État de multiplier les marchés publics durant les dix dernières années. Mais la majorité de ces marchés ayant été conclus en dehors des principes de passation de marchés et en l’absence de toute politique de croissance économique, le résultat a été que les firmes étrangères ont été les principales gagnantes des marchés, les commandes publiques ont été surfacturées et la majorité des ouvrages sont restés inachevés.

Or le séisme du 12 janvier 2010, en détruisant une bonne partie de la capitale et des zones avoisinantes, avait fourni à l’État l’opportunité d’appliquer une politique économique inspirée du New Deal afin de reconstruire la ville tout en en profitant pour dynamiser l’économie nationale. Mais si l’État avait priorisé les appels d’offres ouverts nationaux en lieu et place des appels d’offres internationaux, des appels d’offres restreints et des contrats gré a gré, toutes choses égales par ailleurs et toujours selon un modèle à décalages temporels, les marchés publics estimés à 1.8 milliard de dollars cédés par l’État haïtien auraient permis :

1. Aux entreprises nationales détentrices des marchés d’embaucher plus de personnels qualifiés, semi-qualifiés et non qualifiés. Ce qui aurait contribué à réduire le chômage.

2. Aux entreprises nationales, concurrentes et en liste pour les marchés, d’améliorer leur compétitivité notamment en augmentant leur efficacité par l’acquisition de matériels modernes et plus performants. D’où un accroissement de l’investissement productif plus connu sous le nom de formation brute de capital fixe (FBCF).

3. De renforcer la filière « construction et bâtiment » en Haïti notamment à travers l’approvisionnement en matériaux, la sous-traitance pour les travaux de finition, etc.

4. De booster la consommation globale à l’aide de l’accroissement des dépenses de consommation des travailleurs résultant de l’accroissement de leurs revenus.

5. D’inciter l’investissement et l’innovation au fur et à mesure que la taille du marché s’agrandit. Car selon KEYNES la demande crée l’offre.

6. D’accroitre la production nationale et promouvoir la croissance économique.

En conclusion une utilisation optimale du fonds Petrocaribe aurait permis non seulement de mettre en place les infrastructures de base nécessaires à la croissance économique, mais également d’initier une nouvelle dynamique économique en réduisant le chômage et en orientant l’économie nationale vers la production de biens et/ou de services plutôt que vers l’importation. Malheureusement une fois de plus le choix de l’élite politique a été d’une part d’enrichir les étrangers au détriment du pays en contrepartie de quelques miettes et d’autre part de passer outre les cadres légaux de passation de marchés et d’exécution du programme d’investissement public (PIP) afin de s’enrichir de connivence avec certains éléments du secteur privé. L’éternel perdant est une fois de plus et une fois de trop le peuple haïtien, notamment les jeunes qui ne demandent rien de plus qu’un emploi, un logement et un avenir.

Evens Jean Luckens THEROSMY,
DES en Planification du développement,



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