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Qu’est devenu le secteur bancaire, deux ans après la fusion Unibank – Scotiabank ?

Qu’est devenu le secteur bancaire, deux ans après la fusion Unibank – Scotiabank ?








Pour l’exercice fiscal 2017-2018, le financement monétaire était estimé à 24 milliards de gourdes. Selon les propos du ministre de l’Économie et des Finances (MEF), Ronald Gray Décembre, « le financement monétaire a des impacts sur la dépréciation de la gourde et il permet aussi au taux d’inflation de croitre ».

La « Fusion Acquisition » ou « Mergers and Acquisition » en anglais est l’une des opérations comptables ayant pour objectif l’augmentation du profit des entreprises. Elle peut être horizontale, c’est-à-dire entre entreprises ayant la même activité (deux banques par exemple) ou des activités connexes (une banque et une caisse populaire) : verticale, c’est-à-dire entre entreprises opérant à des niveaux différents de la chaîne dans un même secteur d’activité (une compagnie aérienne et un voyagiste, par exemple).

En janvier 2017, une opération s’est intervenue entre la « Unibank » et la « Scotiabank » et est assimilée, selon les dires du président du Conseil d’Administration de la « Unibank » à une « Fusion-Acquisition », l’acquisition des opérations de la Scotiabank en Haïti. Notons en passant que les Fusions-Acquisitions horizontales constituent un moyen rapide de réaliser des économies d’échelle (même activité) ou de gamme (activités connexes) pour être plus pratique, la baisse du coût moyen de production par la mise en commun de facteurs de production lorsque cette fusion n’est pas le résultat de la faillite d’une des sociétés et répond aux lignes directrices établies par l’autorité de régulation, dans notre cas, la Banque de la République d’Haïti (BRH). Soulignons d’entrée de jeu que la vocation de ce papier est de tenter une explication ou pour être plus précis de mettre sur la table les inadéquations et les incohérences de certaines décisions gouvernementales aux conséquences désastreuses pour l’économie.

Que s’est-il passé exactement en janvier 2017 ?

Dans une entrevue accordée au journal « Le Nouvelliste », le président du Conseil d’Administration de la « UNIBANK », M. Carl BRAUN, a confirmé l’entente pour l’achat des opérations de la « Scotiabank », présente en Haïti depuis 1972. À cette date, selon les données de la BRH, le marché bancaire avait une répartition basée sur les dépôts totaux, telle que la « Unibank », leader incontestable détenait 31,87 % de part de marché, la Sogebank : 26,35 %, la BNC : 22,15 %, Capital Bank : 6,49 %, la BUH : 4,31 %, Sogebel : 2,71 %, Scotiabank : 2,67 %, Citibank : 2,02 % et BPH : 1,52 %. Se référant aux contrôles des concentrations tels qu’ils se font aux USA ou en Europe, cette fusion aurait suscité plein de débats dans le milieu bancaire et aurait même été soumis à un examen approfondi de la part de l’autorité de concurrence.

Les économistes : Orris C. Herfindahl et Albert O. Hirschman ont proposé un kit permettant de mesurer le degré de concentration d’un marché dans le seul but de garantir la concurrence (condition sine qua non à la baisse des prix aux consommateurs et garant du pouvoir d’achat. L’indice de Herfindahl – Hirschman (IHH) mesure la concentration du marché en additionnant les carrés des parts de marché de toutes les entreprises du secteur. Plus l’IHH d’un marché donné est élevé, plus la production est concentrée entre un petit nombre d’entreprises. D’une manière générale, lorsque l’IHH est inférieur à 1 000, la concentration du marché est considérée comme faible, lorsqu’il est compris entre 1 000 et 1 800, elle est considérée comme moyenne et lorsqu’il est supérieur à 1 800, elle est considérée comme élevée. » Dans le cas d’espèce, l’IHH avant fusion vaut 2281, ce qui constitue une évidence de la concentration du secteur bancaire. Cet IHH est passé de 2281 à 2452 suite à la fusion Unibank –Scotiabank, ce qui correspond à une variation de plus de 150 points (170 pour être exact) ; au regard de la directive de l’Union européenne, une telle fusion aurait suscité des examens approfondis puisque l’autorité de concurrence européenne juge fort probable que des problèmes de concentration horizontaux entourent les fusions dont l’IHH à l’issue de l’opération est supérieur à 2000 et la variation supérieure à 150. Le moins que l’on sache est que la requête officielle a été transmise à la Banque centrale le 13 décembre 2016 et qu’en moins de 15 jours la Banque centrale a répondu favorablement. Y’avait-il examen approfondi ? Seule la BRH peut le confirmer.

Pourquoi le silence de nos dirigeants est-il complice ?

Peu avant cette fusion, les principales banques commerciales, leaders du marché bancaire dictaient leurs lois ou dans une certaine mesure prenaient des décisions assimilables à des cartels ou des cas de coopérations avérés : le paiement des livrets de banque, l’augmentation des frais pour la commande des chéquiers, le paiement des frais de comptage, le prélèvement des frais mensuels sur les comptes bancaires des clients, l’invention « d’une monnaie fictive » pour les transactions en dollar sur les cartes de crédit, etc. Aujourd’hui, s’ajoute à tout cela l’augmentation incessante du taux d’échange sur les transactions en devises, dont les Banques commerciales seules ont le secret des 0,25 à 0,50 centime par jour sur chaque dollar commandé. À qui profitent ces transactions à retombées ô combien obèses dans une économie d’un rachitisme plus que flagrant se demande-t-on ? Où est l’autorité de régulation dans tout cela ?

Une simple analyse basée sur la loi de l’offre et de la demande

La monnaie étant un bien parmi d’autres dont le prix étant le taux d’intérêt, dans le cas spécifique du dollar, le prix étant déterminé par le taux de change. S’il est vrai que notre production ne supporte pas la stabilité de la gourde, il est aussi vrai que la spéculation est un élément majeur dans l’explication de la dépréciation constante de la gourde. Comment peut-on s’attendre à la stabilité du prix d’un bien dont la pénurie est soumise au gré des acteurs ? D’une part, l’une des principales sources de la rentrée de dollar en Haïti étant l’exportation, si l’on peut faire confiance aux prévisions de la CEPALC, nos exportations pour 2018 n’ont augmenté que de 9 % contre une augmentation des importations de 26 % comparé à l’exercice précédent, c’est la preuve que l’on envoie plus de dollars à l’extérieur que l’on n’en reçoit ; une deuxième source serait les transferts de la Diaspora, certes augmentés de 18 % soit 3.2 milliards de dollars en 2018 contre 2,7 milliards en 2017 selon les mêmes prévisions, néanmoins, aucune maison de transfert et banque de la place ou presque ne verse les transferts aux clients en devises (encore une autre source de spéculation), cela étant, le dollar se fait de plus en plus rare.

D’autre part, les décisions des dirigeants haïtiens ont peu ou prou de relations de causalité quant à la recherche de la stabilité macroéconomique du pays, comment comprendre par exemple que des prêts ou dons octroyés par des bailleurs de fonds internationaux à l’Etat haïtien se sont convertis en gourdes par ce même État au « taux de référence de la BRH » qui est la moyenne des taux de change pratiquée par les Banques commerciales au motif d’une circulaire interdisant à l’État de signer des contrats avec les fournisseurs locaux en dollar alors que ces mêmes devises seront par la suite l’instrument le plus puissant utilisé par la BRH pour améliorer l’offre de devises sur le marché local des changes (émissions monétaires) ?

Au regard de la théorie néokeynésienne, la demande de devise en Haïti est en grande partie expliquée par le motif de spéculation et le motif de précaution selon lesquels : les agents demandent de la monnaie lorsqu’ils pensent d’un côté que la détention du dollar a un meilleur rendement que la gourde et d’un autre côté pour faire face à des besoins inattendus, puisque l’épargne en gourde n’est guère garantie. Soulignons que la demande de dollar au motif de transaction n’est également pas insignifiante surtout quand il s’agit des achats en gros de l’étranger.

Le problème de la cohabitation des deux monnaies ou plus spécifiquement de la dépréciation continue de la gourde est sans doute complexe, plus d’un a tenté de l’expliquer avant moi et qu’il ne vaut peut-être pas la peine de reprendre leurs propos. La complexité est telle que des acteurs du système : économistes, financiers et hommes d’affaires haïtiens se verront dans l’obligation de prendre des cours de rattrapage en économie ou tout au moins de s’intéresser à un problème dont les conséquences dépassent leurs imaginations. On est, sans conteste, loin de pouvoir expliquer le phénomène lorsque les décisions étatiques n’ont aucune base scientifique et les tentatives d’explications basées sur des résultats en aval. À question osée, réponse osée : la Unibank qui au 30 septembre 2016 détenait une part de marché basée sur les dépôts totaux de 31,87 % détient au 30 septembre 2018 36,28 %, ne marchons-nous pas vers la monopolisation du secteur ?

Jean Eddy AMAJUSTE,
Lecteur



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