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Plaidoyer pour un modèle économique centré sur la satisfaction des besoins

Plaidoyer pour un modèle économique centré sur la satisfaction des besoins








Du grec Oïkonomia qui signifie gestion de la maison, l’économie est, étymologiquement, l’art de bien administrer une maison. Par gestion de la maison, on entend l’utilisation des ressources disponibles pour satisfaire les besoins de la maison.

Si l’économie a ses origines tout au moins elle est l’art de bien administrer la maison alors l’économique est une science humaine et sociale qui étudie la façon dont une personne, un ménage, une communauté, un pays ou autre utilise ses ressources, qui par nature sont limitées, pour satisfaire ses besoins illimitées. Ceci dit, la finalité de l’activité économique serait donc la satisfaction des besoins. Mais les besoins de qui ? Est-ce les besoins de quelques-uns ou ceux de la totalité des personnes concernées par ladite activité ? En guise de réponse à cette question, en fonction de je serais tenté de dire qu’a l’échelle d’un ménage ce sont les besoins de ses membres, a l’échelle d’une communauté ce sont les besoins de chaque ménage indistinctement et a l’échelle d’un pays les besoins de toutes les personnes et institutions qui le composent.

Cependant se référant à la littérature économique et à la situation économique mondiale, aucune de mes réponses ne tiennent la route. Car aujourd’hui, qu’il s’agit d’un point de vue théorique que d’un point de vue pratique l’économie est plus une affaire de rentabilité et d’accumulation de richesses qu’une affaire d’utilisation optimale de ressources pour la satisfaction des besoins réels de tous.

La substitution de la rentabilité et de l’accumulation de richesses à la satisfaction des besoins comme objet d’étude de l’économique a débuté avec l’avènement du mercantilisme économique. En effet, avant le Moyen-Age, la pensée économique, bien que rudimentaire selon les auteurs précédents, exhortait l’activité économique a se limiter à la satisfaction des besoins et condamnait les activités économiques ayant pour finalité l’accumulation de richesses lesquelles étaient désignées par le concept chrématistique. On se rappelle que dans la Grèce Antique, Aristote a distingué deux formes de chrématistiques, l’une qui consiste à se procurer des biens pour la consommation domestique qui selon lui est tout à fait légitime, et l’autre qui est orientée vers l’accumulation illimitée de richesses qui est condamnable. Plus tard, Saint Thomas d’Aquin reprît la plupart des idées d’Aristote et distingua également les chrématistiques naturelles (artes possessivae) des chrématistiques non naturelles (artes pecuniativae). Il développa aussi la doctrine du juste prix, du juste salaire et du juste profit.

Bien qu’il n’y ait jamais eu d’école ni de doctrine mercantiliste à proprement parler et que les auteurs désignés par ce terme aient écrit leurs ouvrages a des époques très différentes, près de trois siècles, il n’en reste pas moins vrai qu’ils partagent deux grandes préoccupations communes. Il s’agit de l’enrichissement des marchands et de la puissance de l’État.

Antoine de Monchrétien eut à dire dans son traité d’économie politique (1619) que : « comme les philosophes disent que la fin est la cause des causes, le commerce est en quelque façon le but principal des divers arts ». Plus tard, des grands auteurs classiques comme Adam Smith, David Ricardo, Jean Baptiste Say aux auteurs les plus connus de la Nouvelle Économie classique (NEC) comme Robert Lucas (Prix Nobel d’économie en 1995), Edward C. Prescott (Prix Nobel d’économie en 2004), Thomas Sargent (Prix Nobel d’économie en 2011), les deux grandes préoccupations vont se propager sans interruption. Rares ont été les économistes qui ont tenté de replacer la satisfaction des besoins au centre des débats et de la théorie économique. Les plus connus sont Alfred Marshall, Arthur Cécile Pigou, William Stanley Jevons, Nicholas Kaldor, John Hicks et Paul Samuelson. Malheureusement, ces derniers n’ont pas eu gain de cause et très peu sont les sociétés ont adoptés leurs théories.

Donc du Moyen-Age à nos jours les grands débats économiques ont porté essentiellement sur la croissance économique, le commerce, le développement financier. Les principales préoccupations ont été le niveau du PIB, le niveau des Exportations, des Importations, de la Consommation, le rendement des entreprises, les marges bénéficiaires, la valeur des bourses, etc. Ce qui s’est traduit dans la pratique économique par des entrepreneurs, des entreprises et des gouvernements dont les actions sont motivées principalement par l’accumulation de richesses. Nous pouvons le voir à travers les politiques commerciales des grandes nations capitalistes. Nous pouvons le voir aussi à travers le comportement des entreprises qui préfèrent jeter leurs invendus aux ordures plutôt que de voir les prix s’ajuster à la baisse et ce peu importe si les besoins sont satisfaits ou pas. Les entreprises commerciales s’inquiètent d’abord de la solvabilité des personnes que de la nécessité que leurs besoins soient satisfaits. Des ressources sont exploitées à outrance pour produire des biens qui seront vendus à des prix que seuls les mieux nantis pourront payer et lorsque les stocks ne sont pas totalement écoulés le reste va se retrouver aux ordures sans avoir été utilisé. L’industrie de la mode est un exemple parfait de cette mentalité, notamment avec la stratégie du « Fast fashion ». Uniquement en France, on estime que chaque année 442 millions d’euros d’habits sont jetés.

Le résultat de cette irresponsabilité économique est qu’au sein d’un monde de plus en plus riche alors que la pauvreté et la faim persistent, c’est-à-dire qu’une partie de la population mondiale n’arrive toujours pas à satisfaire ses besoins même fondamentaux. Selon le « Rapport sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2018 » de l’Organisation des Nations unies (ONU), 821 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, soit 1 humain sur 9. De plus, le « Rapport 2018 sur la pauvreté et la prospérité partagée » de la Banque mondiale fait état de 736 millions de personnes, soit 10 % de la population mondiale vivent encore dans l’extrême pauvreté c’est-à-dire avec moins de 1.9 dollar par jour. Et là encore, on ne parle même pas de la pauvreté absolue. Ce qui nous montre que, quel que soit les vertus de l’accumulation de richesses elle ne garantit pas la satisfaction des besoins de tout le monde, car si le monde compte plus de milliardaires aujourd’hui qu’il n’en a jamais eu ça n’a pas contribué a éradiqué la faim et la pauvreté. Et malgré ce constat, les solutions proposées par les économistes pour combattre ces fléaux passent généralement par la croissance économique et l’accumulation de richesses comme si ces derniers étaient gagés de satisfaction des besoins de tous.

Donc, tant que les économistes continueront à réfléchir uniquement en termes de croissance économique, de rentabilité des investissements, de balance commerciale et de taux de pénétration financier dans une économie, l’activité économique aura toujours comme finalité première l’accumulation de richesses au profit de quelques-uns au détriment de la satisfaction des besoins de tous. Sans changement de paradigme dans la conception de l’activité économique, ni les Objectifs du Millénaire pour le Développement ni les Objectifs de Développement durable ne pourront changer grand-chose à la réalité économique de millions d’entre nous.

Evens Jean Luckens THEROSMY DES
en Planification du Développement



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