S'identifier Contact Avis
 
25.8° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Sur la Route du cacao, bientôt des milliers de touristes dans la Grande-Anse

Sur la Route du cacao, bientôt des milliers de touristes dans la Grande-Anse



Depuis plus d’une année, le secteur touristique haïtien connaît des moments de grandes difficultés et il est hasardeux de prévoir dans combien de temps encore cette période difficile s’estompera. Dans une telle conjoncture, il peut sembler rêveur de parler de développement de nouveaux produits touristiques en Haïti. Mais si nous regardons ailleurs que dans les ‘’zones de non-droit’’, la vie impose ses droits. Elle palpite dans toutes les communes du pays. Sur le littoral comme au sommet des montagnes. Alors il ne faut pas arrêter de parler Tourisme. Et cela, contre vents et marée. La situation qui est celle de la destination Haïti doit interpeler tous les acteurs du secteur touristique afin de voir comment le maintenir en vie et surtout comment le faire progresser à l’instar des pays voisins. Il y a certes, entre Haïti et les autres destinations de la Caraïbe, beaucoup d’éléments qui expliquent que leurs parcours soient différents, dans le secteur touristique comme ailleurs. Mais malgré ces différences patentes, le pays a fait le choix de l’identité caraïbéenne au niveau du tourisme où le balnéaire prévaut. Nous référant aux données fournies par le Ministère du Tourisme , le nombre de touristes de séjour au pays pour l’année 2015 était de 516 000, soit le niveau le plus élevé jamais atteint par la destination. Cependant, deux années plus tard, le nombre de touristes de séjour allait chuter à 467 000 visiteurs, plaçant le pays au 7e rang des principales destinations de la Caraïbe insulaire, juste avant la Barbade suivant les données obtenues du site de la Banque Mondiale .

Si le tourisme balnéaire bat de l’aile pour le moment, il nous faut faire front commun vers un tourisme qui va de la mer à la montagne, un tourisme qui intègre les communautés qui l’accueille. Et sur ce point, la région grand’anselaise ouvre déjà ses champs de cacaoyers et ses chambres d’hôtes aux milliers de touristes qui n’hésiteront pas à venir découvrir ce magnifique coin d’Haïti.

Les premiers pas de la Route du cacao

C’est en avril de l’année 2007 que la Fondation Elvécina Saint-Martin (FESMAR) a pris l’initiative d’organiser dans la commune de Dame-Marie, la première édition de la Fête du cacao. L’objectif premier de cette initiative n’était point de faire la promotion du tourisme, mais celle de la culture du cacao. Cet objectif est sans aucun doute atteint, car le cacao de la Grande-Anse est prisé par les chocolatiers de l’Europe et mieux encore, l’International CoCoa Organization (ICCO) une organisation chargée de la gestion du commerce du cacao au niveau mondial a reconnu Haïti comme pays producteur de cacao fin, lors de la session du comité Ad hoc d’experts réalisé en avril 2019 à Abidjan, Côte-d’Ivoire (délibérations ICCO ED(MEM) 1089/Rev.1.). C’est conjointement que l’IICA, le Ministère de l’Agriculture, la FECCANO (Fédération des Coopératives Cacaoyères du Nord), la CAUD (Coopérative Agricole Union Développement) et la FESMAR ont élaboré le dossier soumis par Haïti à l’ICCO et qui lui a permis au pays d’être reconnue comme exportateur de cacao fin. Cette reconnaissance renforce la position des producteurs de cacao qui verront leurs productions mieux appréciées sur le marché international et principalement celui du commerce équitable.

Le cacao, source de richesse pour les grand’anselais

Le cacao comme marqueur du territoire de la Grande-Anse, réunit les caractéristiques pour qu’il soit considéré comme un patrimoine, dépassant de ce fait sa dimension première de produit marchand et ainsi contribuer à l’intégration régionale par le tourisme. Dans sa dimension marchande, le cacao a été source de richesse pour de nombreuses familles de toutes les communes productrices et les aidait à faire face aux obligations récurrentes, en particulier la rentrée scolaire, car, dans la Grande-Anse, cette période coïncide avec la grande récolte de cette denrée. Dans les villes, les signes de fortune apportée par le cacao au début de la seconde moitié du siècle dernier sont encore présents à travers des maisons d’habitation construites à partir des revenus obtenus du cacao. Cette période faste qui est associée à la production et à la vente du cacao qui fait partie du passé peut renaitre. Car il ne faut pas oublier que la production annuelle du cacao reste importante dans l’économie haïtienne : elle est estimée à quelque 5000 tonnes. La fève de cacao vient en effet juste après la mangue et les huiles essentielles dans la liste des produits agricoles exportés par notre pays. Toutefois depuis le passage du cyclone Matthew, en 2016, qui avait détruit une partie des plantations de cacaoyers, la production a beaucoup diminué, mais les planteurs se sont remis au travail avec ardeur. Ainsi, dans les prochaines années, le cacao de la Grand’Anse reprendra sa place au tableau des produits d’exportation du pays.

Entre-temps, pour compenser la baisse de revenus obtenus de la vente des fèves de cacao, les femmes de la Grande-Anse, de manière individuelle ou en association, se sont lancées dans la transformation du cacao. De ce savoir-faire qui apporte directement de la valeur ajoutée au produit initial, encore plus de richesse sera obtenue quand cette connaissance sera partagée avec le touriste qui saura apprécier son séjour aux contours d’une expérience inoubliable. Une visite dans un jardin-modèle où l’excursionniste découvrira le cacaoyer, les cabosses et pourra même participer à la cueillette, sont des moments forts que la Route du cacao lui permettra de vivre à travers tout le département.

Le tourisme dans la Grande-Anse

Parler de tourisme dans le pays et particulièrement dans le département de la Grande-Anse au regard de l’environnement socio-économique qu’existe depuis quelques temps peut sembler étonnant pour certains. Dans la Grande-Anse spécialement, l’absence d’infrastructures de base, la centralisation des investissements publics au profit de certains pôles touristiques, la carence en ressources humaines formées dans le secteur, la méconnaissance du secteur par la population en général, ce sont là quelques-uns des freins au développement du tourisme dans la région en plus du fait qu’elle est trop éloignée du centre de décision que représente Port-au-Prince. Mais fort heureusement, le tourisme a beaucoup évolué au cours de ces dernières décennies et il ne se décline plus uniquement en termes de complexes balnéaires. Les patrimoines culturels, naturels et historiques, gardés par les communautés rurales sont en mesure de donner l’élan nécessaire aux territoires qui en sont dotés, les dynamiser et contribuer à faire sortir les populations locales de leur situation précarité financière.

Forte de la richesse de ses patrimoines, le département de la Grande-Anse a intérêt à montrer au pays tout entier qu’un produit naturel, culturel, historique et agricole, en particulier le cacao, peut servir de moteur pour une autre forme de tourisme dans le pays : un tourisme qui intègre les communautés. Le territoire de la Grande-Anse, fait de montagnes, de plaines et de vallées qui se joignent à la mer contribuent à en faire un territoire doté d’une riche biodiversité. Ce paysage particulier, contrasté et varié, est propice au développement de l’agroforesterie qui demeure le principal mode d’exploitation agricole du département. Au niveau des neuf communes de l’Ouest de la Grande-Anse, la culture principale présente dans le système agro-forestier demeure le cacao. C’est donc à partir du cacao que sera développé un produit touristique innovant, à savoir la route du cacao, basée sur le concept de la route à thème.

La Route à thème : pour découvrir et apprécier

Mais en fait, c’est quoi une route à thème? D’une manière générale, une route renvoie à un parcours, un chemin qui mène vers une destination et permet d’atteindre un objectif. On peut bien imaginer que tout au long de ce parcours, des rencontres se font et des relations se nouent. Au fil du temps également, les routes se font et se refont au gré des besoins de la société et surtout des progrès réalisés. Il arrive que par le passé, une route qui traversait des territoires et qui était à ce moment incontournable, soit un peu plus tard délaissé et ces territoires rentrés dans l’oubli avec tous les patrimoines qu’éventuellement ils renferment. Mais comment faire revivre ces territoires, les redynamiser et donner de nouvelles opportunités ou des atouts additionnels aux communautés qui les habitent? C’est précisément pour faire revivre ces patrimoines ainsi que leur passé que dans le secteur du tourisme, le concept de route à thème qui renvoie directement à un territoire disposant de patrimoines pouvant contribuer à son relèvement économique au profit des populations qui y vivent, est développé.

La construction d’une route à thème se fait autour d’un patrimoine précis et unique pouvant toutefois être décliné dans tous ses aspects. Le patrimoine retenu en raison de son importance, peut être présent dans une commune, un arrondissement, un département, un pays, plusieurs pays et même sur des continents différents. La Route de l’esclave, un exemple de route à thème, met en lumière des aspects insoupçonnés de ce traumatisme humain et associe trois continents. La route à thème a donc une portée éducative majeure et dans le cas de la Route de l’esclave, en plus d’être éducative, elle permet de retourner sur ce crime contre l’humanité qui a duré plus de trois siècles et d’aborder l’histoire de l’esclavage autrement. La Route du cacao, tout en participant de la même démarche, a un caractère convivial où le visité prend plaisir à faire découvrir au visiteur les savoir-faire développés autour du cacao ainsi que les patrimoines et pratiques culturels présents dans la région et qui lui sont associés.

La Route du cacao : un produit touristique pour la Grande-Anse

La Grande-Anse, un département si riche doit surmonter les nombreuses barrières placées sur le chemin qui mène au bien-être tant matériel que culturel de ses communautés et c’est l’objectif visé par les promoteurs de ce produit touristique qu’est la Route du cacao. Il est en effet paradoxal de voir, dans cette région du pays si riche en dotations naturelles, une grande partie de sa population vivre dans la précarité. Il se trouve que nombre de ces habitants sont des agriculteurs, porteurs de traditions qui peuvent en conséquence contribuer à enrichir le séjour du visiteur tout en préservant la culture locale par sa valorisation. Tout en priorisant le cacao comme patrimoine central de la route du cacao, de nombreuses ressources du territoire, à valeur patrimoniale, seront portées sur le devant de la scène et faire rejaillir les retombées économiques sur les secteurs d’appui au tourisme comme l’hébergement, la restauration, le transport, l’artisanat, l’évènementiel etc. Ce qui est fort intéressant avec ce nouveau produit c’est qu’il fédère les neuf communes cacaoyères de l’Ouest de la Grande-Anse et ceci dans le cadre d’un projet touristique unique. Une première dont la réussite la réussite sera non seulement bénéfique pour le département de la Grande-Anse, mais pour le pays tout entier.

À travers les parcours de La Route du cacao, le visiteur fera connaissance avec le cacao depuis son introduction dans le pays, les différentes variétés cultivées, les planteurs et spéculateurs dont les noms sont encore présents dans les esprits, les maisons d’exportation qui y sont associées depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Laissant momentanément cette partie de l’histoire du cacao dans le département, les pratiques culturelles et les savoir-faire spécifiques à chaque commune seront eux aussi valorisés. Les contes et légendes sur la rivière Grande-Anse, construits par les communes de Chambellan, Moron, Marfranc et Jérémie qui ont en commun ce patrimoine; les communes du littoral tel que Les Irois, Ans-d’Hainault, Dame-Marie, Abricots, Bonbon et Jérémie, ont tant à raconter de leur relation avec cet espace ouvert sur l’ile adjacente, La Navase, et la Jamaïque pas trop distante et enfin Cuba, également proche à travers ses stations de radio.

Combien grande sera la joie des habitants des communes côtières de la Grande-Anse Ouest, d’accueillir dans leur communauté des croisiéristes venant de Cuba et surtout de la Jamaïque, mettre les pieds à Trou Bonbon comme le firent en novembre 1816 les 15 esclaves du Deep Nine bateau de l’esclavagiste anglais James M’Kewan, devra être un moment de grande émotion. La Route du cacao se veut cette porte d’opportunités ouverte à toutes celles et à tous ceux décidés à faire du pays cette terre d’opportunités, à commencer par la Grande-Anse.

La Route du cacao c’est aussi un livre

Pour permettre aux futurs ‘’routiers du cacao ‘’ visiteurs de s’imprégner des parcours proposés, l’ouvrage titré La Route du cacao : Valorisation et conservation des patrimoines culturel et naturel de la Grande-Anse est écrit à cette fin. En faisant l’acquisition d’un exemplaire du livre, une partie du montant sera affecté directement à la structuration et au développement de la Route du cacao qui, nous l’espérons, deviendra bientôt le produit phare du tourisme dans la Grande-Anse et qui pourra être développé ailleurs sur le territoire national en fonction des patrimoines disponibles. Surtout, il est important de rappeler que la Route à thème met en valeur le patrimoine d’un territoire parce qu’il y a des gens qui y vivent et ils sont les gardiens de ces patrimoines.

À travers le livre, découvrez le Cacao dès maintenant la Grande-Anse et ne tardez pas à la visiter, sa population vous souhaite déjà la bienvenue.

Fernney Piou
Août 2019




Articles connexes


Afficher plus [3061]