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La crise haïtienne contemporaine peut-elle déboucher sur le développement d’Haïti?

La crise haïtienne contemporaine peut-elle déboucher sur le développement d’Haïti?



La crise traduit un moment instable résultant du dérèglement de l’ordre établi. Elle se trouve dans plusieurs domaines. Elle peut être médicale, politique, économique, sociale. Elle s’inscrit dans le temps et dans l’espace. La crise haïtienne contemporaine est multidimensionnelle. Les situations de troubles à répétition depuis des décennies signifient tout simplement que ça va mal. L’important est de savoir qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ça ne va pas ? Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ça aille ? Dans le cas d’Haïti, les problèmes sont immenses, les enjeux sont de taille. Sur le plan social, l’écart entre les couches sociales est énorme. Cela crée un malaise pour la cohabitation et le vivre ensemble. L’accaparement des fruits de la croissance par un petit groupe ne fait que creuser davantage le fossé entre les classes sociales. Une redistribution des richesses produites s’avère plus que nécessaire pour diminuer les inégalités, corriger les disparités spatiales de développement. Sur le plan politique, la gestion du pays, la bonne gouvernance n’est pas toujours au rendez-vous. Le clientélisme, le favoritisme, la corruption, le détournement, l’instabilité…sont autant d’éléments qui caractérisent l’univers politique haïtien. L’envie d’accaparer le pouvoir porte les affairistes à faire des compromis au détriment du développement, du progrès économique et social. La politique haïtienne telle qu’elle est organisée tient tout en otage. Il nous faut une politique axée sur la transparence, l’efficacité pour la création de richesses et le bien-être collectif avec l’implication et le contrôle des citoyens de toutes les actions et les décisions des pouvoirs. Sur le plan économique, la forte concentration des activités économiques et commerciales au niveau des villes principales, particulièrement l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, le déficit de la balance commerciale, l’application à l’aveuglette de la politique néolibérale imposée par des institutions internationales comme FMI, Banque mondiale, OMC… constituent autant de facteurs qui freinent le progrès de l’économie haïtienne. En conséquence, notre économie est effondrée et plus de la moitié de la population végète dans la pauvreté. Tout n’est pas perdu. Des décisions pour la relance et la dynamisation de la production nationale peuvent être prises dans l’objectif de substituer l’importation à l’exportation. Sur le plan environnemental, Haïti est considéré comme un pays très vulnérable par rapport aux aléas naturels. La résilience environnementale est un grand manque pour faire face au changement climatique avec tout ce qu’il charrie comme problème. Nous devons occuper le territoire autrement, en termes de répartition de la population, des activités, des infrastructures sur l’espace. Pour cela, nous sommes appelés à maitriser les problèmes de dégradation de l’environnement en vue d’améliorer le cadre de vie, l’espace de vie.

Dans une situation de crise les idées se divergent. Certains l’interprètent comme un blocage. D’autres pourraient l’appréhender comme une opportunité. Le dysfonctionnement du système social haïtien plait, inquiète, et déplait. Il plait à ceux qui se sentent confortables et qui souhaitent à tout prix le maintenir. La lutte pour le changement pourrait inquiéter une catégorie de personnes. Celles qui arrivent à peine à assurer leur survie. Par peur de ne pas perdre leur emploi, certaines opportunités que le système leur procure, ces groupes restent dans le silence ou se montrent pessimistes par rapport à l’avenir. Leur discours est négatif. Ils jouent souvent le rôle de spectateurs. Ils ont un comportement attentiste dans la crise. Ce système déplait ceux qui vivent dans la privation, qui ne se sentent pas pris en charge par ce système. On décèle deux types de comportement chez ces derniers. Certains sont prêts à agir. Ils veulent dénoncer. Ils expriment leur frustration à travers des actions ponctuées souvent de violence. Ils remettent en question l’ordre établi. D’autres vivent dans la résignation. Ils se montrent impuissants, incapables d’agir. Le système dans son fondement les transforme en des êtres amorphes, passifs, malléables. Cette catégorie est souvent exploitée par des confessions religieuses qui les poussent à espérer dans l’au-delà, par des politiciens véreux qui ne font que les berner d’illusion.

Lorsque la crise engendre des mouvements de tension significatifs où la base du système est affectée, les groupes d’intérêts s’affrontent. Une catégorie tente de les saper et l’autre veut aller jusqu’à l’effondrement du statu quo. Peut-on admettre que le dénouement de la crise actuelle pourrait entrainer la mort de ce système d’exclusion ? Il est trop tôt pour le dire. Cependant, partant de l’hypothèse qu’une situation de crise peut favoriser le développement, nous sommes en bon droit d’accepter que la lutte récente entre les groupes d’intérêts est susceptible d’entrainer de changement socio-économique important. Cela peut être expliqué par la prise de conscience et la mobilisation des groupes exclus, par la position des franges importantes (pasteurs, prêtres, universitaires, artistes, syndicats, groupes socio-professionnels, organisations communautaires de base, journalistes…) de la population, par la peur du groupe dominant de ne pas tout perdre. Tout cela devrait nous conduire vers un consensus social où les problèmes fondamentaux de la société sont posés où l’intérêt de la nation est placé au premier plan.

Saintony FANFAN




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