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Y a-t-il une opportunité à saisir par Haïti dans la crise actuelle, tel un violent ouragan ?

Y a-t-il une opportunité à saisir par Haïti dans la crise actuelle, tel un violent ouragan ?



Face à un gouvernement qui veut se maintenir au pouvoir et une opposition plurielle qui veut à tout prix son départ, il y a déjà sur la table plusieurs propositions. Le seul lieu commun entre les protagonistes est le « changement de système », chacun en effet pour des raisons différentes et certainement pour des résultats différents. Mais, personne ne songe à poser la question de fond : quel gouvernement faut-il vraiment pour Haïti, tenant compte du contexte, des expériences antérieures, du choix démocratique actuel et du retard à rattraper ? En outre faut-il se demander quel devrait être sa nature et son principe, c’est-à-dire respectivement « ce qui le fait être tel, et ce qui le fait agir » (Montesquieu) ?

La réponse à cette question exige qu’il faille aller encore plus loin qu’un contrat social ou un pacte de gouvernabilité. Elle exige une lecture diachronique et synchronique de notre histoire et une analyse critique tant de notre culture profonde que de notre réalité existentialiste, qui devraient permettre de concilier les intérêts contradictoires entre groupes sociaux qui sont appelés à cohabiter. Cette crise devrait donc être une opportunité à saisir pour répondre de manière responsable à cette question cruciale, en vue d’éviter de refaire les mêmes erreurs du passé, tant évoquées par Alain Turnier (dans « Quand la Nation demande des comptes ») et à sa façon, par une branche de l’actuelle opposition, dite « Alternative », et de trouver finalement le chemin qui permettra de stabiliser durablement le pays.

La deuxième opportunité qui parait totalement échapper aux protagonistes et qui ne fait pas encore la une de l’actualité, est cette occasion ratée lors du tremblement de terre de décongestionner la capitale et de désamorcer la bombe à retardement qu’elle symbolise, à la seule différence qu’aujourd’hui le retour en province est plus global et massif, vu que presque toutes les grandes villes sont surchauffées et vivent dans un climat d’insécurité généralisée. Beaucoup de gens ont fui Port-au-Prince vers la province, et laissent aussi les villes en direction du milieu rural. N’est-ce pas l’occasion de penser à leur apporter sur place tout l’encadrement nécessaire, sur le plan économique, alimentaire, éducatif, sanitaire, culturel, énergétique, technologique, sportif, récréatif, voire au niveau logement organisé de manière à refléter un cadre de vie décent ? Ce qui permettra non seulement de redynamiser les communes (villes et sections communales), conformément à la décentralisation inscrite dans la constitution du 29 mars 1987, mais aussi de reprogrammer le rôle et le devenir de Port-au-Prince.

Par où commencer ? Dans une conversation avec trois dames qui étaient à Port-au-Prince, mais de retour dans leur zone depuis le durcissement de la crise au début d’octobre, à ma question : qu’est-ce qui vous ferait rester sur place, la réponse est automatique : « trouver une activité à faire ». À une deuxième question pourquoi avez-vous laissé votre communauté pour Port-au-Prince, la réponse est : « le cyclone qui avait anéanti mon commerce ». L’économique est un vecteur transversal. Mais, ça implique un autre exercice à faire avec soin pour mieux comprendre la réalité des gens, les intérêts, les souhaits ou les attentes, et pour faire les meilleurs choix d’encadrement susceptibles de garantir un apaisement social et une stabilité politique, indispensables à l’investissement et au décollage du pays.

Une question stratégique de taille à laquelle les architectes des programmes gouvernementaux de développement doivent répondre est : dans un contexte de précarité de masse, qui est le cas actuel d’Haïti, comment promouvoir le collectivisme sans renoncer à un ancrage individualiste ?

Une première déconstruction fondamentale à faire est le partenariat binôme public privé (PPP). C’est une sorte de camouflet pour la population. Car, dans cet ordre socioéconomique, celle-ci est en général traitée en objet d’exploitation, taillable et corvéable à merci, donc victime d’une profonde inégalité et injustice sociale. Pour sauver la société, il faut de préférence promouvoir un partenariat trinôme, dont le troisième acteur est la communauté (non pas la population toute seule et encore moins la société civile). La communauté est synonyme ici de regroupement incluant la population et les ressources, présentes conjointement dans un espace donné, que celle-là est appelée en effet à utiliser pour ses besoins de vie et d’échange avec les autres. Les intérêts à chaque niveau étant divergents, le PPPC s’impose comme un outil de développement durable. La meilleure façon de trouver un juste équilibre est qu’ils remplissent les trois leur fonction respective en tant que sujet-acteur et avec équité.

Mais, ce qui faciliterait le maintien de cet équilibre et l’exercice harmonieux de leur rôle respectif, c’est l’existence et le fonctionnement d’institutions républicaines fortes. Par leur fonction de vigile, elles font en sorte de garder sains les principes qui deviennent la force qui entraine le tout. Au contraire, « lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus, les meilleures lois deviennent mauvaises, et se tournent contre l’État », a rappelé Jean-Jacques Chevalier se basant sur L’Esprit des Lois. C’est exactement le cas actuel en Haïti, où le PPP pris dans les tangentes de la corruption entretenue par l’impunité affaiblit l’État, appauvrit le peuple et maintient le pays dans une instabilité chronique. D’où cette grande et urgente nécessité aujourd’hui qu’avant toute chose de définir, à partir d’une large consultation représentative et avec le recul nécessaire, le gouvernement dont Haïti a vraiment besoin, mais également sa nature et ses principes. C’est ce qui permettrait de mieux solutionner les problèmes du pays et d’aboutir enfin à un développement humain durable.

Abner Septembre, Sociologue
Chercheur et Praticien en Sociogronomie
Centre Banyen @ Vallue, 6 octobre 2019




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