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Jardin Labo, Solivermont expérimente PRIMAT

Jardin Labo, Solivermont expérimente PRIMAT



Jardin Labo est l’un des trois organes du Centre Banyen, travaillant dans l’expérimentation et l’innovation agricole, aux fins de vulgarisation de réponses alternatives avérées, accessibles aux agriculteurs pour une triple sécurité alimentaire, économique et environnementale. C’est dans ce cadre qu’il expérimente PRIMAT (Programme de Régénération intelligente des Montagnes par Adaptation transversale), dont l’unité d’application est le jardin garde-manger.

PRIMAT insiste sur des techniques novatrices simples pour travailler les terres de montagne. L’objectif est non seulement de protéger le patrimoine agraire contre l’érosion et d’améliorer sa capacité tant en infiltration qu’en production, de sorte qu’il s’adapte à différents types de cultures à valeur ajoutée, mais aussi dans un contexte de changement climatique de récolter à l’année longue, sur de petits espaces dits jardins garde-manger, toute une diversité de produits totalement organiques.

Le principe alors admis, à travers ce choix de l’efficience, est : « d’abord, faire du travail de la terre une œuvre d’aménagement et, ensuite, consacrer à chaque plante une attention particulière, pour optimiser durablement le rendement ». Techniquement, ce principe se résume par la formule 35-25-40, c’est-à-dire consacrer un effort de 35 % au niveau de la préparation de la terre, de 25 % au niveau de la plantation, et de 40 % au niveau de l’entretien. Il s’agit en gros des aspects suivants qui font toute la différence :

1. Préparation du terreau de production (protection du sol, infiltration, enrichissement, paillage) : aménagement de platebandes en terrain plus ou moins plat et de terrasses sur les pentes par une bonne manipulation du sol. Les terrasses sont séparées entre elles par des espaces pour des activités sylvicoles et pastorales. Ensuite, la terre dans les terrasses et dans les platebandes est enrichie (déchet végétal et animal, fumier, compost, paillage). L’innovation se veut ici le recours à des techniques non présentes dans les pratiques locales, accessibles techniquement et financièrement au plus grand nombre, permettant in fine d’optimiser le rendement de l’espace.

2. Production à valeur ajoutée : choix de cultures en demande et à haute valeur marchande, dont les conditions climatiques locales, le sol et les croyances permettent de produire. À cela s’ajoute la plantation d’arbustes de valeur d’environ 1.5 mètre de haut, le marcottage, l’extraction et la transplantation d’arbustes sains et bien développés qui, greffés, produiront dans 2 à 3 ans. La plantation se fait selon l’objectif « zéro perte ». Pour cela, des trous ayant une profondeur suffisante sont creusés, un apport en fumier ou en compost est fait, tout en laissant en surface un espace de rétention d’eau que le temps se chargera de remplir progressivement.

3. L’exploitation à la verticale : la magie des petits espaces dits jardins garde-manger réside aussi dans l’exploitation en hauteur pour certaines plantes comme la tomate, le haricot et le poivron. Au Jardin Labo, un haricot noir, en expérimentation d’abord dans une platebande et maintenant dans un bac, est capable de produire entre 60 et 130 gousses, soit 6 à 10 fois plus que ce qu’on obtient dans les jardins traditionnels du paysan. Pourtant, c’est la même variété qu’il a l’habitude d’utiliser.

4. Attention et soin régulier : c’est l’aspect souvent négligé, mais combien décisif dans l’échec ou le succès d’une production ! Le jardinier éco-responsable vérifie les plantes, nettoie l’espace, pratique l’émondage des branches chétives ou malades, qui apportent trop d’ombre, enlève les lianes, fait l’aspersion préventive et curative au bon moment, renforce la protection et l’accès de la plante aux éléments nécessaires à sa croissance et production, grâce à des ceintures en paille ou en roche. C’est la règle d’or des petits espaces, pour obtenir l’abondance.

Au Jardin Labo, ce sont ces techniques qui sont en cours dans les platebandes, les terrasses et les bacs, permettant ainsi d’avoir des plantes qui grandissent bien et qui produisent jusqu’ici des résultats supérieurs au meilleur rendement du jardin traditionnel du paysan, à Vallue. Mais, cela ne sera pas possible sans un minimum de maitrise de l’eau. À côté des investissements faits dans la construction de citerne et l’installation d’un système d’arrosage, des bassins de rétention et de décantation des eaux de ruissellement sont creusés. Le paysan peut le faire là où il y a de l’argile dans le sol, ou bien avoir un bassin ou encore des drums.

Un autre aspect important bien connu des paysans, que PRIMAT expérimente dans le jardin garde-manger est l’association de cultures. En dépit de l’enrichissement du sol, la compétition est limitée à un maximum de 3 cultures différentes, ayant une certaine affinité, à côté des essences fruitières et forestières présentes dans l’espace. Dans le jardin traditionnel du paysan, la compétition est très forte avec environ 5 cultures différentes associées sur des espaces en général non enrichis, non protégés, et sans une maitrise de l’eau. Ce qui affecte négativement les résultats. Dans PRIMAT, l’association fait aussi partie d’une stratégie de lutte biologique contre les insectes prédateurs et de renforcement de la possibilité de récolter des denrées agricoles diverses à l’année longue.

Bref, au Jardin Labo Solivermont, 6 types de jardins garde-manger sont en expérimentation : le jardin garde-manger agri-paysager (200 m2), le jardin garde-manger de conservation (400 m2), le jardin garde-manger agro-forestier (500 m2), le jardin garde-manger aromatique et médicinal (100 m2), le jardin garde-manger de l’abondance (800 m2) et le jardin garde-manger horticole (400 m2). Les 3 premiers ont démarré depuis un an environ, tandis que les 3 autres sont soit en phase 1 (aménagement), soit en phase 2 (plantation), depuis les 2 à 6 derniers mois.

La magie de ces petits espaces est leur rendement optimal (efficience), qui apporte joie et satisfaction d’un travail intelligent. À chaque jardin, il est assigné un objectif économique à atteindre chaque année, après une période de maturité de 4 à 5 ans. Un paysan peut transformer progressivement son jardin traditionnel en jardin garde-manger de l’abondance, produisant toute une variété de fruits et de légumes, pour une triple sécurité alimentaire, économique et environnementale.

Bref, l’agriculture est un patrimoine ancestral qu’on a le devoir sacré de protéger à un titre ou à un autre. Mais, réussir dans l’agriculture ne doit pas être le résultat d’un dur labeur, comme il l’est pour l’agriculteur traditionnel, mais plutôt celui d’un travail intelligent qui permet de « faire plus et mieux avec moins » (Objectif 13 des ODD), dans le respect des équilibres naturels. À partir de 2020, Centre Banyen organisera des formations pour un transfert de connaissances, de compétences et d’expériences dans le domaine du « jardin garde-manger de l’abondance », mettant à contribution ces techniques améliorées du PRIMAT.

Abner Septembre
Sociologue – Entrepreneur
Chercheur et Praticien en Sociogronomie, Centre Banyen @ Vallue
+509 3231-8871 /3420-2091/3239-2323/absept60@gmail.com




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