S'identifier Contact Avis
 
33° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Éducation financière des filles en Haïti

Éducation financière des filles en Haïti



De la gestion de l’argent de poche que des filles reçoivent régulièrement, occasionnellement ou accidentellement, en passant par les dons, les cadeaux et parfois la galanterie, suivant le statut social de la famille, le profil économique et les activités professionnelles des parents, et sans oublier de la dynamique des relations affectives ou domestiques développées avec ses proches, vont se définir les contours de son éducation financière à la fois formelle et informelle.

De quoi les écolières et les jeunes filles haïtiennes ont-elles véritablement besoin comme information, sensibilisation, formation et environnement pour rejoindre ledit programme d’inclusion financière en Haïti ? Comment le plan national d’Éducation financière (PNEF) va-t-il prendre en compte les attentes des filles trop longtemps marginalisées ? Comment répertorier les institutions et évaluer la pertinence des principaux produits et services financiers destinés aux femmes en Haïti ? Quels sont les secrets ou les illusions des femmes les plus riches en Haïti ?

Dans l’ouvrage : « Comment parler d’économie aux enfants », écrit par l’économiste et journaliste, Ingrid Seithumer a fait remarqué que : « Vouloir parler de l’économie aux enfants est un pari osé et qui peut surprendre ! L’économie est pourtant partout au cœur de la vie sociale et il n’est pas toujours facile d’en comprendre les enjeux. Les enfants en entendent souvent parler, aussi bien à l’école qu’à la maison, et des leur plus jeune âge ils se trouvent souvent confrontés à des préoccupations d’ordre économique.». Comment graduellement définir les nouvelles compétences financières pour les jeunes haïtiens dans ce contexte d’instabilité politique et de crises socioéconomiques profondes ?

De façon claire et précise, l’auteur informe, explique et enseigne autour des mots clés comme : les familles et les ménages, les banques et les entreprises, la politique économique et le rôle des États, le travail et l’emploi, le marché et la fixation des prix, la société de consommation, la place de la finance, la crise, la lutte contre la pauvreté comme une nouvelle façon de faire l’économie, la révolution numérique, en somme, tout ce qu’il faut savoir sur l’économie.

Derrière tous ces concepts clés parmi tant d’autres, il ne faudrait surtout pas sous-estimer les dimensions sociales aussi déterminantes et transversales dans chacune de ses dynamiques. Particulièrement la question de genre, comment aborder ou apprécier le rôle et les impacts de ces activités économiques sur les filles et les femmes ? Pourquoi les filles devraient maitriser ces concepts et comprendre leurs impacts sur la vie des femmes dans beaucoup de cas ? Comment les sociétés privent-elles les filles et les femmes de certains droits, privilèges, avantages et opportunités économiques et financières ?

Définir d’abord les besoins (actuels et futurs) des jeunes, des écoliers, des adolescents, particulièrement des jeunes filles, c’est initier une démarche à la fois intelligente, en vue de mieux définir les stratégies d’apprentissages autour des meilleures approches capables de développer des compétences financières, à partir des connaissances économiques utiles, pratiques et efficaces pour les jeunes en Haïti. Quel modèle d’éducation financière pour les filles en Haïti trop souvent devenues des femmes avant l’âge adulte ? Comment responsabiliser les comportements des adolescentes entre les savoirs économiques et les avoirs financiers ?

Des besoins spécifiquement féminins, qui se confirment dans des pratiques culturelles s’affichant comme des marqueurs symboliques des identités sociales, pour reprendre l’auteur Philippe Coulangeon, vont influencer de façon très significative la famille, les ménages et le niveau de vie de la fille à la femme. Comment évaluer le niveau d’éducation financière des jeunes, particulièrement des filles ou des femmes, sur le bas des comportements et des choix de produits et services utilisés pour satisfaire des besoins indispensables, prioritaires, urgents, passager ou secondaire ?

De boule gogo à barrette, en passant par les nœuds, de la crème pour les cheveux, de l’huile et d’autres traitements pour embellir la petite fille, qui deviendra mademoiselle, ensuite une adolescente et une femme par la suite, les exigences pour s’occuper, prendre soin et élever une fille sont souvent supérieures à celles d’un garçon de même âge parfois. Et ce n’est pas ma mère qui a élevé trois garçons et trois filles qui va dire le contraire !

Depuis les serviettes hygiéniques pour les filles qui ont leur cycle mensuel régulier ou irrégulier, en passant par les accessoires de beauté, de maquillage, des soins pour les cheveux et souvent pour les pieds et les ongles, sans oublier les crèmes pour le nettoyage jusqu'à l’éclaircissement de la peau, ce sont autant de services et de produits (basiques, indispensables, budgétivores et parfois non négociables) qui nécessitent une rubrique spéciale exclusivement pour les filles et les femmes.

De nos jours, il est pratiquement impossible de définir le budget de fonctionnement d’une personne ordinaire, et particulièrement d’un jeune souvent très accroc à la communication et parfois très dépendant des réseaux sociaux, sans ajouter les frais des services du téléphone ou surtout de l’abonnement d’internet. Voilà un sujet qui devrait pouvoir faire l’objet de tout un chapitre dans les manuels d’éducation financière, destinés aux écoliers, universitaires et professionnels haïtiens, sachant les liens interdépendants et les impacts entre : temps et argent, loisir et investissement, communication et valorisation sociale !

Dans un pays comme Haïti et comme beaucoup d’autres États, il parait très difficile, ou pratiquement impossible d’aborder l’éducation financière des filles, sans prendre en compte d’autres angles sociaux globaux, comme les valeurs culturelles et traditionnelles de certaines familles, jusqu'à l’éducation sexuelle (croissance et développement, fertilité et risque de grossesse prématurée). En effet, pour beaucoup de parents conservateurs des plus fidèles ou rebelles, toute la richesse, la réussite et les réalisations d’une fille ou une femme, passent par son corps et surtout ses cuisses, tomber enceinte sans une entente des deux parties « Pou mare pyel », suivant le choix du partenaire « Tou pare » évoluant dans le pays, ou son statut de diaspora « afè bon » entre des perspectives de mariage pour obtenir la résidence en terre étrangère.

Des parents (toutes les catégories sociales confondues), dans leurs modèles ou traditions d’éducation financière, vont souvent rappeler à leurs enfants que : « De mèg pa fri ». Quand ils n’imposent pas la logique de « Ras kabrit », afin de protéger et de faire prospérer la fortune familiale, de perpétuer et de prolonger la lignée généalogique des parents, comme dans une sorte de dynastie.

Déconstruire en rapport avec les enjeux de la mondialisation, certaines approches démodées sur les relations entre l’homme, la femme et l’argent dans les relations amicales, professionnelles et dans la vie conjugale parait nécessaire comme aspect à prendre en compte. Ça va éviter à la société une forme de démocratisation de la prostitution dans beaucoup de cas, entre les moments de plaisir partagés et les échanges de services, ou d’autres formes de chantages jusqu’aux menaces. De tels comportements le plus souvent imposés par des femmes sont des réflexes d’éducation financière voilée, basée sur l’exploitation du corps à des fins économiques ou pour des privilèges, même si nous savons tous que tout à un prix dans la vie, y compris les courtoisies ou la galanterie.

Développer un modèle d’éducation financière à la fois équitable et durable, pour les filles fréquentant autant les institutions mixtes, que des établissements de filles comme : le lycée Marie Jeanne, lycée du Cent Cinquantenaire, Collège Classique Féminin ; Les des Sœurs de Saint-Louis de Bourdon, Sainte Rose de Lima, Sacré-Cœur, Saint-François-d’Assise, etc. Et sans oublier les institutions de formation supérieure, telles que des écoles professionnelles et de secrétariat, entre autres.

Des effets de mode, en passant par la publicité, le marketing, le luxe, la chance ou le hasard, les excès de richesses et de plaisir comme consommation abusive, les illusions de gloire, de beauté, de célébrité ou de grandeur imposées par les médias et la mondialisation devraient s’ajouter aux notions à enseigner aux filles, pour les éviter de tomber dans certains pièges soigneusement préparés par les réseaux d’exploitation démesurée des filles et des trafiquants des humains, des organes et d’autres objets ou produits illicites.

Dialoguer avec les jeunes autour de leurs rêves, leurs projets personnels, professionnels et d’autres approches entrepreneuriales, dans le cadre des cours sur l’éducation financière est un moyen sûr pour les encourager et les orienter, pour mieux les éviter de certaines dérives parfois irréparables.

Discipline économique et éthique financière, encore d’autres sous-thèmes combien importants qui doivent participer dans la formation et la responsabilisation de « L’autre moitié du développement », pour reprendre l’économiste feu Mireille Neptune Anglade. Entre les besoins essentiels et superficiels, l’éveil économique des filles est indispensable.

Elles doivent le plus que possible éviter de satisfaire des envies qui deviendront par la suite des ennuies. Avec la valorisation de l’éducation financière des filles en Haïti, notamment dans le contexte actuel de crise économique aiguë, il sera possible d’éviter certaines déviances ou dérives irrémédiables parmi les jeunes les plus vulnérables. « Appends à vivre selon tes moyens, cela évite les dettes inutiles. Tu n’es pas en compétition avec personne. » Voilà une pertinente citation qui doit illustrer les cours sur l’intelligence économique des femmes, l’éducation financière des filles, pour l’inclusion financière des familles haïtiennes, dont la majorité sont dépendantes de l’assistance des proches à l’étranger. Il est venu le temps d’apprendre aux jeunes, principalement aux filles du pays d’apprendre à pécher au lieu de recevoir des poissons occasionnellement en échange de leur corps ou de leur dignité. L’éducation financière comme l’une des plus intelligentes alternatives.

Dominique Domerçant




Articles connexes


Afficher plus [2768]