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La Ferme expérimentale de Damien détruite, le MARNDR accusé

La Ferme expérimentale de Damien détruite, le MARNDR accusé



Damien à genou, il y a longtemps : la ferme expérimentale est inopérante, la Faculté fonctionne à l’image de l’État, le Ministère, reflet de la décrépitude de l’agriculture haïtienne.


Aujourd'hui, la Ferme expérimentale de Damien qui héberge le ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), la faculté d'Agronomie et de Médecine vétérinaire (FAMV), n'est pas irriguée. La destruction du système d’irrigation de la première ferme expérimentale agricole de l’État haïtien est bel et bien constatée. Une visite de terrain nous a permis de déceler les ruines de certains bâtiments et matériels utilisés lorsque la Ferme était opérationnelle. Parmi les ruines constatées : équipements de fonctionnement de la laiterie, des ruches, d’atelier de réparation de véhicules, de système d'irrigation, de manguiers et d’autres arbres fruitiers, des stations de recherche, dont celle de météorologie et d’autres ressources. D’après le constat, les structures de production ou d’élevage de bovins, d’équins, de porcins, de volailles, de poissons… sont amochées.

C’est au début des années 1920 que cette ferme de Damien – héritage de l’occupation américaine – a été établie au côté sud de la Rivière-Grise pour irriguer près de 100 hectares, cultiver différentes espèces et variétés de plantes et élever différentes espèces et races d'animaux améliorées. Ce faisant, des ingénieurs-agronomes seraient formés en théories et pratiques de la production agricole et en études et recherches formelles. Le résultat final serait la vulgarisation des connaissances pour le développement rural et agricole. Actuellement, pas d’espace expérimental pour des étudiants de la FAMV. Ces derniers n’ont reçu que de la théorie pour attendre un emploi dans des ONG qui torpillent des projets dupliqués au détriment des exploitants agricoles.

Les réactions pleuvent autour de la destruction de la ferme expérimentale agricole de Damien. Étudiants, professeurs, agro-professionnels, cadres du Ministère en parlent. Au cours de cette visite de terrain, le journal a rencontré des étudiants, sous couvert de l’anonymat, qui dressent un tableau sombre de la FAMV. Ces jeunes étudiants interrogés sur la question affirment que la mécanisation agricole à Damien n’existe pas. Ils disent avoir fait de l’irrigation manuelle pour leurs travaux pratiques. Les problèmes à la Faculté sont nombreux et les étudiants s’en plaignent […]. Ces professionnels de l’agronomie s’accordent à dire que le MARNDR de connivence avec d’autres particuliers est le responsable de tous les maux de Damien. À cette fin, l’on peut déduire que le déclin du secteur agricole haïtien est le reflet la destruction de la ferme expérimentale de Damien qui devait être un exemple pour les agriculteurs.

Des tentatives ratées

En janvier 2007, plusieurs tentatives de réhabilitation de la ferme expérimentale de Damien par les dirigeants de l’époque ont échoué. En dépit du fait que le ministre d’alors, le feu François Séverin, disait à ses collaborateurs : « Faites tout votre possible pour sauver la Ferme de Damien ». C’est dans cette optique que l’ingénieur-agronome Joseph N. Pierre avait travaillé sur un projet dénommé : « réhabilitation de la ferme de Damien », quoique plusieurs autres agronomes aient déjà élaboré, en vain, un plan pour la réhabilitation de ce patrimoine d’État complètement écrabouillé. Malheureusement, aucune suite n’a été donnée à ce projet.

Toujours selon la même source, un mur (appelé mur de la honte par le feu Agronome Michel William) a été construit et a donné le coup de grâce à près de 80 hectares de terres de la première ferme expérimentale agricole de l'État haïtien. D’après le constat, les bâtiments du MARNDR et de la FAMV sont maintenant dans un petit espace, tandis que la majeure partie de la ferme est abandonnée aux squatters et aux bidonvilles, ou en d’autres termes, au pillage, aux taudis ou aux ordures.

Où sont passées les autres fermes agricoles de l’État ?

Selon des informations disponibles, Haïti comptait, sous le règne des Duvalier, près de quarante-quatre (44) fermes agricoles opérationnelles totalisant plus de 22 000 hectares. Parmi lesquelles, on peut citer la ferme agricole de Savane Zombi (Thiotte, département du Sud-Est), de Babouin (Plaine du Cul-de-Sac), de Grand Pré (zone Milot dans le département du Nord), de Lévy à Camp-Perrin (là où est construit le Centre de germoplasme du Sud).

Pour ce qui est de l’utilité, les fermes agricoles de l’État ont une double mission : la recherche dans les différents sous-secteurs agricoles, la production de semences de base pour les exploitants agricoles. Toutefois, depuis plusieurs décennies, on observe la décrépitude des fermes agricoles de l’État. Malgré plusieurs annonces de relance faites par les dirigeants de Damien, les fermes agricoles de l’État ne sont toujours pas opérationnelles.

D’un autre côté, les écoles moyennes d’agriculture sont aussi anéanties. En effet, L’École moyenne d’agriculture de l’Artibonite (EMAVA) réhabilitée il y a plus d’un an toujours inopérante, celle de Damien anéantie, de Dondon fonctionne au ralenti, et de Plaisance disparue (…). Seules les ruines de ces centres de formation agricole peuvent être observées.

Aussi, la velléité pour une relance effective du secteur agricole devait se traduire à travers les budgets de la République. Un leurre. L’exécutif préfère accorder plus d’argents à des entités quasi nulles au lieu d’octroyer une part importante au MARNDR. À preuve, l’enveloppe budgétaire allouée au ministère de l’Agriculture est passée de près de 9 milliards de gourdes dans le budget rectificatif 2017-2018, à 6,7 milliards pour celui (techniquement appelé cadre budgétaire) de 2019-2020. Et, depuis ces dernières années, l’agriculture accuse encore plus des notes négatives, un simple regard sur les prix des produits agricoles dans les centres commerciaux pourrait permettre de faire le distinguo. Donc, une épidémie de faim se profile, et l’État continue le gaspillage des fonds publics.

Selon des études menées dans le pays, Haïti compte environ 300 000 hectares de terres plates (plaines, plateaux et vallées), mais seulement 80 000 hectares sont plus ou moins irrigués. Les autorités font preuve de laxisme. La production tarit, l’insécurité alimentaire et l’extrême pauvreté battent leur plein dans le pays…Le MARNDR continue le gaspillage et la mauvaise utilisation des ressources en priorisant le statuquo, torpillage - en compromission avec des ONG - des projets au nom des populations rurales.

Somme toute, la redynamisation du secteur agricole est fondamentale pour lutter contre l’insécurité alimentaire, garantir une autosuffisance alimentaire, entre autres. Pour y parvenir, il faut de véritables politiques agricoles adaptées au contexte actuel du pays avec notamment une redéfinition du statut de l’agriculteur haïtien […].

Therno Senelus




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