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Pour un cadre concurrentiel du marché de l’enseignement supérieur en Ayiti : une interprétation économique

Pour un cadre concurrentiel du marché de l’enseignement supérieur en Ayiti : une interprétation économique



Contexte

Les universités de pays pauvres sont toujours en quête de coopération avec des universités étrangères, laquelle peut se présenter sous deux formes. Une naturelle qui repose sur les échanges d’expériences académiques, de trouvailles de recherches scientifiques, de collaboration dans la recherche, et des programmes d’échanges d’étudiants et de professeurs. L’autre, qui est strictement de l’assistanat pseudo-académique-financier, prédomine dans les pays pauvres.

Les universités de pays riches, toujours en quête de fonds pour leur survie financière, adoptent la deuxième forme de coopération et répondent favorablement aux demandes des universités de pays pauvres, puis, sous couvert d’accompagnement technique à leur apporter, présentent celles-ci comme des universités en panne de compétences pour s’adresser aux bailleurs riches philanthropes qui acceptent de financer ce genre de coopération.

Ces universités peuvent être assimilées à des « ONG académiques » parce qu'elles ont la même pratique de financement que les organisations non gouvernementales (ONG). Toujours très enchantées d’y adhérer, elles sortent avec la plus grosse part du gâteau et distribuent les miettes aux universités de pays pauvres. De surcroît, elles risquent de partager ces miettes au cours de l'exécution du programme, et les dépouiller de leurs professeurs ou étudiant(e)s doué(e)s par des offres alléchantes. La coopération réelle de partage, donc la première forme décrite, n’y est jamais. Les universités de pays pauvres sont toujours perdantes et demeurent à la case départ.

Si la préférence est la première forme, il requiert un degré d'implication dans la recherche, elle-même conditionnée par un système d'enseignement supérieur conséquent du côté des universités de pays pauvres. Ce qui est un prérequis pour être sur un même plan de coopération de partages académiques. Cela étant, celle-ci devient essentielle, et sera lors accompagnée d'un appui financier équitable.

Tombant dans la catégorie en quête d'assistanat, les universités d'Ayiti publiques et privées doivent étoffer leur système d'enseignement comme base de leur implication dans la recherche afin d'éviter l’assistanat pseudo-académique-financier pouvant conduire à l’assèchement du puits de leurs cadres académiques comme expliqués. Un système d'enseignement supérieur Ayitien évoluant dans un cadre concurrentiel en est le catalyseur qui donnera l'effet domino sur la coopération d'échanges. Il importe de comprendre ledit cadre de l’enseignement supérieur Ayitien à lumière des caractéristiques d’un marché économique animé par la compétition entre agents économiques.

L’enseignement en Ayiti, tous niveaux confondus, est dans une dérive absolue. Le niveau secondaire ou fondamental reste encore un défi à relever et l’enseignement supérieur comme récepteur du produit de ce cycle n’offre aucun espoir de réparation. De par sa performance actuelle dans la formation des citoyens du pays, il ne projette pas une image meilleure que le cycle fondamental. Il continue la plongée dans l’abysse de la médiocrité pour mettre le pays en phase d’échec. C'est un dysfonctionnement du système de société composé de différentes parties qui fonctionnent en synergie. Avec un sentiment de résignation, les gens disent souvent : “ça fonctionne à l’image du pays” pour légitimer leur échec. Cette attitude reflète sur tout le système et indique une anomalie provoquée par une de ses composantes.

Cette tendance collective, est-elle juste vis-à-vis de l’enseignement supérieur qui devrait être le recours naturel de la société pour remonter la pente ? J’hésiterais à l’affirmer parce que réussir est encore possible, si on fait ce qu’il faut faire avec célérité et avant que la charpente de la société s’effondre. Mon exploration du problème repose sur une interprétation économique de l’enseignement supérieur en Ayti. Donc, je :

I: fais un constat du problème de l’enseignement supérieur ayitien ;

II: montre la nécessité de la concurrence entre les différentes institutions pour régénérer l’enseignement supérieur ayitien ;

III: suggère des mesures d’accompagnement ;

IV: rappelle l’objectif réel d’une institution d’enseignement supérieur.

I : Constat du problème de l’enseignement supérieur ayitien

L’enseignement supérieur en Ayiti est en chute libre depuis près de deux décennies. L’UEH, en perte de vitesse, ne peut pas amortir sa descente vertigineuse et les universités privées qui pullulent çà et là sont venues à la remorque sans pouvoir le faire rebondir. En déconfiture absolue, l’enseignement supérieur se transforme en arène de jeu de pouvoir. Pendant que les universités privées revendiquent un droit d’existence que l’UEH n’entend pas avaliser par son 'approbation technique' comme la constitution de 1987 l'exigeait, la gent estudiantine armée d’un glaive revendicatif s’égare sur le grand boulevard du savoir. Livrée à elle-même, cette dernière veut faire valoir un droit d’étudiant par des comportements intempestifs réclamant tout ce qui est non-académique. Quand elle s’aligne sur l’académique, c’est pour brûler les étapes sans déployer le moindre effort d’apprentissage pour gravir l’échelle de la compétence. Craignant une perte de support politique ou une déperdition de la population universitaire, ceux, qui sont responsables de poser les jalons d’un programme académique de qualité et rigoureux, s’enlisent dans la complaisance pour demeurer conformistes. Ils fléchissent aux éventuelles irritations de cette jeunesse qui dérive du champ d’acquisition du savoir. Involontairement ou volontairement, ils ne répondent pas à leurs obligations.

Une conséquence incontournable

La conséquence immédiate est une crise chronique débouchant sur la “médiocrisation” de plusieurs générations universitaires produites par tous les secteurs confondus. Les jeunes souffrent de très grandes lacunes en raison d’un laxisme nourri dès la fondation éducative. Ils ne communiquent pas correctement à cause d’un mauvais apprentissage de la manipulation du véhicule d’acquisition de connaissances et de communication. Ils ne rendent pas correctement leur compréhension de la connaissance maladivement acquise, parce que leur intelligence n’a jamais été sollicitée. Ils n’analysent pas, parce que le complexe fatigue leur cerveau. Ils évitent l’abstraction parce qu’ils ne questionnent pas le simple fait, car la constatation leur suffit.

L’élément pernicieux

Il est un fait que les provisions constitutionnelles sont claires sur l’appropriation de l’enseignement académique aux besoins de la société, mais il manque l’engagement des secteurs d’enseignement public et privé, et celui des affaires. Pour tout corriger, il faut se démarquer de ce que prescrit la constitution et se rapprocher d’un impératif catégorique. La provision de la constitution est très mal fondée.

Étant litigieuse, elle induit en erreur en faisant pencher la balance en faveur d’un secteur au détriment d’un autre (à noter que c’est une caractéristique fondamentale de la constitution de 1987). On doit reconnaître qu’aucune institution ne peut avoir un droit de veto sur l’existence d’une autre de même nature. Le contraire défie toute idée de justice et de tolérance, et atrophie le bienfait d’une atmosphère équitable et compétitive. Comme résultante, une formation supérieure au rabais est pourvue à l’échelle nationale.

En référence à un principe fondamental de la théorie des jeux, il faut signaler une forte nécessité de coopération entre deux entités avec des intérêts différents pour un bénéfice mutuel. Ceci dit, l’UEH et les universités privées devraient admettre leur interdépendance malgré leurs divergences. Leur coexistence calculée est donc essentielle à un fonctionnement optimal de l’enseignement supérieur.

Tout empêchement de part et d’autre se résumerait en une stratégie irrationnelle tendant vers leur perte. Une constante, sous-jacente à ce raisonnement, est l’incapacité d’absorption de chacune face à l’affluence des bacheliers. Donc, un calcul rationnel des deux côtés demanderait l’existence d’une multitude de ces mêmes entités afin d’éviter la perte éventuelle de la société. Néanmoins, la provision constitutionnelle n’est qu’un dos d’âne à cet idéal. Elle ralentit le processus éducatif plutôt que de lui assurer une base solide comme souhaité. Il importe de la mettre au rancart, puis de lubrifier les rouages du système pour fluidifier l’enseignement supérieur. Dans ce cas, un esprit compétitif y devrait régner parmi les différentes institutions d'enseignement supérieur. La meilleure formation à prodiguer aux citoyens serait un principe cardinal que doivent observer les concepteurs des curriculae.

II- De la concurrence dans l'enseignement supérieur

Pour mieux conduire le raisonnement et éclairer quelques lanternes, il importe d’évoquer quatre caractéristiques d’un marché en parfaite concurrence. Ce sont :

● L’atomicité du marché qui veut dire qu’il existe une multitude d’agents économiques (acheteurs et vendeurs) sur le marché en quête d’une maximisation de leurs intérêts individuels.

● L’homogénéité du marché où il existe un seul type de produit offert et demandé.

● La libre entrée sur le marché où tout agent intéressé a un droit égal d’y entrer sans être empêché. (Il faut se garder de penser qu’il n’y a aucun règlement de fonctionnement).

● La transparence où tout est fait au vu et au su de tous sans qu’aucune action de l’un puisse empêcher l’autre dans sa quête de bien-être.

Si le marché de l’enseignement supérieur révèle la présence des deux premières caractéristiques, avec une multitude d’agents économiques et la formation supérieure comme produit homogène, les deux dernières font grandement défaut.

● L’entrée n’est pas vraiment libre, l'amandement constitutionnel n'a pas changé l'esprit des uns et des autres. Les principes basics régulant le fonctionnement du marché étaient mal conçus. Donc, au lieu de créer une entrée harmonieuse, ils ont engendré la "borletisation" de l’enseignement supérieur. L’absence de transparence fait que ceux qui souhaitent entrer sur le marché ne savent pas à quel saint se vouer. Quels devraient être les éléments économiques du marché de l’enseignement supérieur ?

Les agents du marché

Le marché de l’enseignement supérieur comporte trois types d’agents :

● Les vendeurs qui regroupent toutes institutions offrant un enseignement supérieur ;

● Les acheteurs qui sont : les étudiants dénommés étudiants-acheteurs ou acheteurs-intermédiaires ; les secteurs d’affaires et public dénommés employeurs-acheteurs ou acheteurs-finals ;

● Le régulateur minimal du marché qui est l’État.

Les produits offerts sur le marché

Sur le marché, il existe deux types de produits ou services :
● Les formations académiques ou techniques destinées aux étudiants-acheteurs ;

● Les étudiants diplômés destinés aux employeurs-acheteurs (public ou privé).

Il est à noter que la qualité du produit/service est déterminée par les institutions dont les décisions sont influencées par le choix des acheteurs ou consommateurs.

Les caractéristiques du marché

Le marché est libre et ouvert à la concurrence. Il subit une intervention minimale d’une instance étatique juste pour réguler l’entrée de chaque nouvelle institution, veiller à ce que le produit/service offert soit conforme aux ordonnances étatiques et sécuriser le bien-être que chaque agent doit tirer de l’un ou de l’autre. Cette entité est unique pour ne pas dire absolue. Sa prise de décision dans le processus de régulation est finale et ne subit aucune influence d’une quelconque institution de l’enseignement supérieur qui est sous son obédience.

Les déterminants de l’échange

Pour les acheteurs-intermédiaires, le moyen d’échange est leur présence au sein de l’institution. Une hausse de leur présence valide la qualité de la formation et une baisse fait le contraire. Pour les acheteurs-finals, c’est l’embauche. Un fort taux d’embauche des diplômés d’une institution d’enseignement supérieur indique que celle-ci prépare bien ses étudiants. L’inverse se produit avec un taux tendant vers zéro. Donc, il en résulte un gain total pour une institution quand la présence et le taux d’embauche accusent une hausse simultanée. Cependant, un gain sur la qualité de la formation sans une hausse du taux d’embauche est toujours possible ; mais tout dépend de la nature complexe ou de l’incapacité d’absorption du marché du travail.

Le comportement économique des agents

Le marché de l’enseignement supérieur étant animé par la concurrence, les deux acheteurs déterminent la survie d’une institution selon que la formation prodiguée est de qualité et répond aux normes instituées par l’Etat, et que les étudiants diplômés sont compétents pour satisfaire le besoin en cadre des acheteurs-finals. Une simple comparaison de cursus académique de différentes institutions ou de performance constatée des étudiants sur le marché du travail peut provoquer une hausse ou une baisse tant au niveau de la présence que du taux d’embauche vis-à-vis d’une institution.

Notant que le comportement des acheteurs-intermédiaires est influencé par le taux d’embauche des diplômés, les institutions supérieures veilleraient à concevoir un cursus académique relativement standard et compétitif, et imposer des conditions d’excellence afin d’attirer un nombre important d’étudiants. Dans ce cas, ce serait un comportement proactif axé sur la qualité des formations. Cet esprit compétitif éliminerait la crainte d’être supplantée par d’autres. En conséquence, la présence des étudiants serait équitablement partagée, et les formations seraient quasiment similaires partout avec les mêmes rigueurs académiques.

Le bénéfice de la concurrence sur le marché de l’enseignement supérieur en Ayiti

Cet état de concurrence sur le marché de l’enseignement supérieur en Ayiti tracerait la ligne directrice pour établir un standard de formation académique que tous auraient à suivre, et qu’une institution tenterait de mieux réaliser qu’une autre. Dans ces circonstances, certaines institutions s’imposeraient comme modèles pendant que d’autres seraient à la traîne. Le bénéfice majeur serait collectif : les étudiants seraient mieux formés et commenceraient à reprendre confiance en eux-mêmes, l’enseignement supérieur serait revigoré et enfin “déborletisé”, et la société jouirait d’un stock de capital humain de qualité.

III : Des mesures d’accompagnement comme solidification

Ayant un rôle minimal, l’État doit prendre des mesures peut-être impopulaires comme obligation morale, mais salutaires pour accompagner le marché de l’enseignement supérieur. La création d’une instance nationale avec toute l’autorité nécessaire pour valider une entité destinée à l’enseignement supérieur ou de la radier en cas de déviation des normes académiques nationales établies par ladite instance sans contrecarrer leur indépendance ni intervenir dans leur fonctionnement comme institutions d’enseignement supérieur.

Le cycle de la formation supérieure doit durer 5 ans pendant une génération :

● 2 années consacrées à la réparation des dégâts causés par un mauvais enseignement des cycles primaire et secondaire ;

● 3 années de cycle normal d’enseignement supérieur.

Les points de conformité doivent être :

● un cursus académique reflétant la réalité nationale et mondiale ;

● une culture d’excellence ;

● un système de mérite pour l’embauche ;

● une imposition aux acheteurs-finals d’un quota d’étudiants à recruter suivant leur compétence.

● Le support à la concurrence et à la coopération entre les entités d’enseignement supérieur sans leur imposer une quelconque volonté de contrôle.

IV : Objectif réel d’une institution d’enseignement supérieur

Cette approche tiendrait compte du fait que les objectifs d’une institution d’enseignement supérieur et ceux des étudiants coïncident au niveau du processus d’apprentissage. Elle serait pragmatique et adaptée aux capacités des étudiants dans l’optique de former des citoyens porteurs de solutions aux problèmes de la société. Il ne s’agirait pas seulement d’une formation pour un gagne-pain ultérieur assuré, mais aussi de la préparation d’un citoyen responsable. Étant donné que l’éducation ou la rééducation aussi fréquente que les circonstances l’exigent est toujours faisable indifféremment de la forme que prend la courbe temporelle de chaque individu, la chance est encore là et le succès toujours possible.

Ce faisant, une institution d’enseignement supérieur ne doit pas être un lieu de préparation automatique d’une carrière politique, pour ceux qui croient que seule la conquête du pouvoir étatique pourra apporter une sécurité financière ni un refuge hédoniste pour les autres qui veulent éviter les critiques des autres en laissant croire qu’ils sont aussi des universitaires et peuvent obtenir une licence ou un diplôme universitaire facile ou pour ceux qui n’ont rien à faire après leurs études classiques. Contrairement, elle doit être un moule de développement intellectuel, de valeurs positives, d’intérêts et d’habiletés pouvant donner direction à la vie collective.

Ces conditions étant créées, le système d'enseignement supérieur Ayitien connaîtra un essor sans précédent indifféremment du temps que cela prendra. Les universités du pays pourront collaborer entre elles malgré en compétition pour mieux accompagner la société. Une circonstance qui permettra à l'enseignement supérieur Ayitien de s'élever au rang des meilleures du monde pour lui valoir une place honorable dans le monde scientifique. Les universités publiques et privées répondront toujours présentes dans des coopérations d'échange sur un même pied d'égalité.

Jean Poincy
Enseignant
https://web.facebook.com/Pati.Politik/
Ex-vice-recteur académique / UEH
caineve@yaoo.fr / caineve2@gmail.com
https://poincy.blogspot.com/




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