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Le taux de change en Haïti, sous le regard technique de l’analyste financier Henrilio Julsain

Le taux de change en Haïti, sous le regard technique de l’analyste financier Henrilio Julsain



Nécessité, voire l’urgence de s’exposer à une parole scientifique, libre, autonome et nuancée — dans la perspective de mieux cerner les contours de la dérive effrénée de la gourde par rapport au dollar — la radio Vision 2000 a accueilli au micro de Taylor Rigaud le vendredi 3 juillet, l’ingénieur et analyste financier de carrière, Henrilio Julsain.


Depuis la publication cavalière de la note circulaire mort-née de la Banque Centrale visant la thésaurisation du billet vert au détriment des classes les plus vulnérables, les experts font feu de tout bois et les analyses fusent de toutes parts en vue de concevoir de manière avisée des stratégies efficaces à mettre en œuvre pour stopper la galopade déchaînée de la chute de la monnaie nationale qui tend désormais à se convertir de zorèy bourik à « fèy bannann ».

De 6.0341 gourdes à 88.8149 gourdes pour un dollar, sur la période 1991-2019, la devise nationale a perdu plus de quatorze fois de sa valeur initiale. Toutes choses égales par ailleurs, cette tendance terrifiante du taux de change exhibe un appauvrissement sévère de la population haïtienne, particulièrement les couches les plus défavorisées. Quand on perçoit des patrons de banques prédatrices s’octroyer des satisfécits injustifiés par rapport à leur succès égocentrique dans ce système inique, il est clair comme du Crystal que les inégalités se creusent davantage entre les différentes classes sociales. En d’autres termes, inutile de se référer au coefficient de Gini, mesure des disparités économiques et sociales, pour déduire dans une clarté ténébreuse que les conditions de vie des familles se sont amplement précarisées au cours du dernier quart de siècle.

À titre de comparaison, un salaire de cinquante mille gourdes équivalait à 8 286 dollars en 1991 et 3 324 dollars en 1994. Un chèque du même montant libellé en gourdes en 2019 représentait seulement 563 dollars, soit quatorze fois moindre par rapport au niveau de l’année 1991. Couplé du chômage ravageur et du taux d’inflation qui monte en flèche au quotidien, il ne reste pas beaucoup de recours à la petite bourse haïtienne qui végète et vivote dans des acrobaties ignobles pour ne pas exhaler son dernier souffle dans ce contexte de pénurie et de famine excessive.

La triste réalité d’une précarité et d’une parasité démesurées est imminente au regard des lignes d’attente constatées dans les zones vulnérables, les bidonvilles, les villes et même à Pétion-Ville pour se procurer le soir un hotdog et un pâté kòdé afin d’assurer un « souper familial ». Il n’en est rien ; plus révoltant encore quand on observe des enfants et des jeunes infortunés d’être nés dirait-on sous un ciel damné se promener aux alentours des restaurants à solliciter dans une indécence salvatrice les rejetons abandonnés dans les assiettes polyéthylènes cancérigènes. « Ti Rès la ! ».

Corrélation de l’instabilité politique avec la dérive de la devise nationale

À travers son analyse financière pointue, professeur Julsain a suggéré de scruter le comportement de la devise nationale selon une décomposition longitudinale sur quatre périodes spécifiques. L’analyste quantitatif a pu ainsi déceler une forte corrélation, sinon une causalité de l’instabilité politique sur le comportement paranoïaque de la gourde.

Au cours de la période 1994 -1999, baptisée de retour à l’ordre constitutionnel avec la faveur de la communauté internationale qui avait retrôné Jean B. d’Aristide au pouvoir, la gourde a été dépréciée annuellement de 2 % en moyenne pour aboutir à une perte de valeur globale de seulement 12.6 % sur ladite période. Pendant l’intervalle 2000-2004, années de grande turbulence politique épicée de mouvements de tensions intenses des GNB face aux « Rat pa kaka », la gourde perdait en moyenne 20 % de sa valeur par année, pour solder en une dépréciation spectaculaire de 81.15 % sur la période.

À raison d’une baisse moyenne de 1 % par an, la décennie 2005 — 2014 a vu la valeur de la gourde chutée uniquement de 11.78 %. Hormis la courte crise post-électorale engendrée par les élections présidentielles contestées, contrairement à la période précédente, ce troisième cycle du change a été tout de même émaillé de moins d’instabilité politique.

La quatrième période 2015-2019, s’étonne l’analyste financier, gestionnaire d’un portefeuille de devise au Canada, a été une débandade, une hémorragie sans précédent. De 50.7064 gourdes pour un dollar en 2015, le taux de change avait grimpé en 2019 à la barre de 88.8149 gourdes pour un dollar. Ce qui traduit une chute vertigineuse de 75 % de la valeur déjà très affaiblie de la devise nationale sur ledit quinquennat. Aujourd’hui, la crise monétaire persiste son chemin vers le labyrinthe et le déclin total sans feux-rouges et sans « police-couchée ».

La gourde est pliée, souillée, souffletée, ridée, humiliée et ridiculisée. Incapable de remettre au dollar la monnaie de sa pièce, la devise locale a perdu la tête et la face. Florvil Hippolyte, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion, Henry Christophe, François Cappoix, les effigies présidentielles et héroïques accolées au zorèy bourik ne sourient plus. Leurs figures blasées, leurs sacrifices banalisés et leur fierté avalée, nos ancêtres croisent leurs doigts dans leurs tombeaux mémorables à invoquer les saints pour que la science et la conscience prennent les rênes en vue de redresser la barre de la cité courbée par une lignée de dérangés officiels de la pire espèce.

Cesser les coups bas et les coups d’épée dans l’eau.

La Banque Centrale ne détient à dessein aucune corde, aucune rêne, aucun baboukèt pour brider et rediriger le change dans les franges acceptables. À ce stade terminal d’un cancer qui a trop perduré, ce ne sont pas les prescriptions de saridons, d’aspirines et de valodons qui vont avoir des effets conséquents pour bloquer les méfaits durables de la crise financière. Il faut enfoncer le doigt dans la plaie pour sortir les pues pathogènes de ce corps économique rachitique. L’ampleur du malheur et de la douleur se vit et se vivifie dans les poches et les assiettes de la population bafouée dans des leurres électoralistes.

Manœuvres de diversion et stratagèmes de procrastination, les projets de saupoudrages de formations financières de concert entre la BRH et le MENFP demeurent des campagnes de sauvegarde de l’image d’une kyrielle d’institutions défaillantes, en panne de visions et de leadership, qui espèrent sauver quelques jours de sinécure supplémentaires dans la bulle officielle.

Après tant d’arbitrages et de bourrage infernal de « fèy bannann » dans les coffres de la Rue Pavée en contrepartie de dollars à envoyer dans les paradis fiscaux, la gourde se comporte comme une étrange épave étanchée, déhanchée et dépourvue de son bon-ange. Les Michel l’ont martelée en la vidant de sa dernière goutte de sang. Le faux apôtre Paul l’a trahie pour la décaper et la rétrograder dans les cas « plume ». L’hypocrite du serment d’Hippocrate — par qui d’ailleurs le scandale de la volonté antidémocratique de pérennisation de la bêtise officielle est arrivé — s’affichait clairement dans une platitude inédite pour passer le chemin de l’injustice sur la devise locale bouche bée et les yeux bandés. On ne saurait compter sur un Lapin pleurnichard qui réclamait sans gêne sa pension de zorèy bourik pour freiner les actions orageuses et frauduleuses des animaux et des gros poissons-bambochards d’ailleurs responsables de l’embauchage sauvage souterrain même s’ils seraient apparemment hors du terrain de jeu. « Gadon w rakèt manman » !

Mais où étaient passées la sagesse et la perspicacité du sage Salomon à la direction des finances du pays ? Les balises de la supervision et de la saine gestion des finances publiques semblent avoir été tombées « À L’eau ». O ! « La-Morte»; nous sommes anéantis par des amateurs administratifs au fauteuil bourré de la primature ! Sommes-nous obligés d’investiguer dans un pléonasme bête pour remonter aux comptes déloyaux des Oliviers! Les « Saints » ont sans doute bu du « Rémy-Martine » pour nous laisser bernés dans cette cacophonie de cupidité et d’indignité ! Jusques — à quand la patrie sautera-t-elle sur un vrai Moïse pour nous libérer de cette ère d’usurpation de titre et de faux dieux ?

Vide institutionnel planifié, les décrets pervers se décrètent en secret, comme par une société secrète qui révèle à la face du monde son vrai visage de promoteur des mauvaises mœurs. Le gouvernail de la patrie serait désormais usurpé et mal gouverné par un seul petit dieu en deux personnes : Jovenel et Moïse. L’ange du démon a définitivement envahi les corps sans têtes, les têtes sans cœurs, les cœurs sans cerveaux et les cerveaux sans matières grises installés à l’hypophyse des sphères de décisions stratégiques. Sauvez-nous Saint-Michel Archange !

La gourde étant en mauvaise posture, puisque dans une position de capitaine servile, le gouverneur « Charles » n’avait pas pu « Castrer » le dollar pour empêcher les « cas de Jacques » sur la devise naïve. Aujourd’hui sur la sellette, la gourde n’a pas « Du Bois » derrière sa banane pour au moins bénéficier d’une circonstance atténuante. Ce ne sont surtout pas les banques commerciales prédatrices qui vont se mettre aux côtés de cette victime notoire ni s’unir pour faire route ensemble dans cette descente aux enfers Tèt Drèt ! La sollicitude populaire dans une pitié indicible n’empêchera pas la débâcle en solitude ne notre billet rougi et rabougri par un paysage macroéconomique cleptomane. Les présidents et leur filiation mégalomane ont leurs parachutes et gilets de sauvetage bien ménagés pour faire le voyage en classe aristocratique vers les cieux paradisiaques pour aller récolter les fruits de leurs efforts d’exploitation bien mérités sur toute une population zombifiée.

Les politiques cosmétiques d’injections de quelques rejets de billets verts sur le marché des changes et les mauvais Bons BRH ne sont que des coups d’épée dans un océan en turbulence sur le point de se transformer en tsunami. Il semble que cette institution financière régulatrice, comme beaucoup d’autres du secteur diplomatique, judiciaire et féministe, souscrive à la dynamique de bas étage de caresser l’animal officiel détraqué dans le sens de son dernier poil décati. Probablement, ils dicteront cette dernière circulaire de la BRH comme une loi, une couleuvre à avaler, point barre ! Quitte à s’en foutre de la morale et du bien-être de la majorité.

Des pistes techniques indiquées par l’ingénieur Julsain

La crise de confiance, le manque de notoriété et les suspicions de connivence de la BRH avec des gouvernements qui lui dictent leurs mauvaises lois constituent des irritants pour la bonne santé de la devise nationale. L’ancien lauréat de la faculté des sciences (FDS) reconnaît que le déficit budgétaire, le taux d’inflation, le déficit de la balance commerciale et la faible production nationale seraient des problèmes d’une certaine envergure dans la dégénérescence de la devise locale.

Toutefois, l’ancien boursier du programme d’excellence de l’ACDI indexe les analyses portant sur ces facteurs, de références académiques qui requièrent des calibrages quantitatifs et qualitatifs complémentaires pour jauger de leur pertinence avant de les valider. Sur ces entrefaites, l’ingénieur s’appuie sur des données officielles de la Banque mondiale pour éclairer la lanterne des économistes sur une relation paradoxale des comptes courants par rapport à la variation de la devise nationale. À l’encontre du cadre théorique, le taux de change a esquissé une tendance stable relativement au déficit du compte courant qui touchait pourtant trois pics négatifs, dont celui de 8 % entre 2011 et 2013. Une observation analogue en 2013-2014 du déficit budgétaire de 7 % par rapport au PIB pendant que le taux de change se comportait de manière stable, renforçait la position de l’analyste Julsain qui a privilégié le poids de la stabilité politique sur celui des autres variables.

Le cas surprenant de la Turquie a encore attiré l’attention de l’expert financier qui explique un déficit de10% que la nation turque a pu juguler jusqu’à le repositionner presque au cadran positif. Pourtant, la livre turque s’était dépréciée au cours de la même période en raison de l’instabilité politique surchauffée sous l’administration d’Erdogan.

L’analyste de portefeuille bancaire sur l’échiquier occidental n’entend pas par ces exemples que les modèles théoriques ne soient pas fondés. Cette approche dialectique se dresse plutôt comme une invitation à fouiller en profondeur pour mieux cerner les paramètres et donc mettre les facteurs explicatifs dans leur contexte.

La Banque Centrale doit être plus proactive et plus responsable

En réponse aux gestions inefficientes, aux faiblesses de régulation et de supervision de l’institution de vigie conférée à la Banque Centrale, l’ingénieur Julsain invite le conseil d’administration à mieux communiquer et examiner à la loupe les activités des institutions financières, des entreprises et des acteurs intervenant sur le marché des changes.

L’analyste voit dans la circulaire de la BRH une violation flagrante du principe du taux de change flottant. En outre, cette mesure injuste pénalise la diaspora ainsi que les récipiendaires des transferts, notamment à travers les « spreads unfair » dégagés par les banques commerciales sur les opérations de ventes et d’achats de dollars.

L’ancien professeur de physique et de mathématiques à la faculté des sciences et au CTPEA recommande la pratique des effets surprises lors des injections de billets verts dans l’optique de contourner les risque d’accaparement par l’oligopole bancaire qui fait toujours mainmise sur les billets avant même qu’ils huilent et influencent les forces du marché.

Convaincu des répercussions néfastes des anticipations négatives des acteurs sur le marché des changes, l’ancien boursier du programme des lauréats de la BRH préconise des techniques dynamiques en vue de cerner la valeur juste du taux de change.

À l’image de l’Équateur et du Panama, la dollarisation de l’économie risque de saper un attribut de l’identité nationale perçue dans la gourde; elle tend aussi à réduire les dynamiques de la politique monétaire. Sur un autre angle, Henrilio Julsain y dénote quelques avantages dont i) l’absence du risque de pénurie de dollars pour honorer la dette, ii) un lien plus renforcé avec l’économie américaine et iii) la fin des désordres de la création de la planche à billets occasionnés par les acteurs politiques irresponsables. La dollarisation nécessiterait en outre une vigilance plus remarquable de la Banque centrale pour établir en permanence les taux d’intérêt afin de juguler les possibilités d’arbitrage sur le marché de la monnaie.

Tant du point de vue qualitatif que quantitatif, les décisions de la Banque Centrale doivent être mûries à travers des réflexions et des analyses approfondies afin de pouvoir soutenir des argumentaires solides. L’analyste plaide pour la responsabilité de la Banque des banques dans l’application des lois régissant la constitution les portefeuilles des banques commerciales selon leurs secteurs d’activité.

Cela ne fait pas de sens que les décisions d’État, particulièrement celles d’une Banque Centrale, se prennent hâtivement, se critiquent vertement et se révoquent d’un revers de main, dans la panique et l’immaturité. Il en résulte une perte de confiance et un déficit de notoriété colossal qui sabotent l’honneur et le prestige de l’institution financière régulatrice.

À l’instar de la justice, le système financier ne vit pas de scandales ; il en meurt. Autant prendre les dispositions adéquates, dans l’intérêt de la collectivité, pour soigner l’image du peu d’institutions contraintes de garder un minimum d’élégance dans ce contexte d’indécence généralisée.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com




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