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Comment lutter contre le tarissement des remises migratoires sur fond de COVID-19 ?

Comment lutter contre le tarissement des remises migratoires sur fond de COVID-19 ?



Ce billet s’inscrit dans le cadre d’une série d’analyses et de discussions animée par le bureau de l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique et consacrée à la crise COVID-19 (coronavirus). Fondée sur les enseignements de la recherche et sur l’expérience de responsables publics en première ligne de la lutte contre la pandémie, cette série d’échanges met en lumière les questions et les enjeux essentiels liés aux conséquences sanitaires et socio-économiques du coronavirus dans les pays africains.


Les bouleversements socio-économiques imputables à la pandémie de COVID-19 (coronavirus) exacerbent les difficultés auxquelles sont confrontés les Africains, y compris parmi ceux qui ont migré et sont loin de chez eux. En Afrique, le revenu des familles repose largement sur les envois de fonds de cette diaspora, qui joue un rôle essentiel dans la croissance et le développement des pays. Or la pandémie est venue porter un coup de frein brutal aux remises migratoires.

La majorité des migrants africains vivent et travaillent au sein de l’Union européenne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ces populations sont parmi les plus exposées aux pertes d’emplois historiques que connaissent les pays d’accueil. Selon des données du Bureau américain des statistiques sur le travail datant de 2019, les travailleurs nés à l’étranger sont plus susceptibles d’occuper des emplois dans le secteur des services (22,5 % contre 16 %), les ressources naturelles, le BTP et la maintenance (13,4 % contre 8,2 %), et la production, le transport et la manutention de marchandises (14,7 % contre 11,2 %) que les travailleurs nés dans le pays. Ces secteurs font partie de ceux les plus durement touchés par la pandémie. Avec le confinement et les mesures d’isolement destinés à enrayer la propagation du virus, les travailleurs migrants se sont retrouvés au chômage technique ou licenciés.

Certains pays ont bien mis en place des programmes d’aide sociale, mais la plupart des émigrés sont exclus de ces dispositifs en général réservés aux ressortissants nationaux. Alors que la pandémie de COVID-19 a considérablement perturbé les flux de remises migratoires à l’échelle internationale, régionale et nationale, leur coût de transaction demeure exorbitant. Des mesures de réduction des frais de transfert d’argent seraient bénéfiques à de nombreux ménages pour lesquels ces envois de fonds sont vitaux.

Dans la plupart des pays de destination des migrants, la pandémie fait payer un lourd tribut à l’économie, tant sur le plan de l’offre que de la demande. Les remises migratoires sont en passe de s’effondrer en Afrique subsaharienne, en raison de la vulnérabilité des travailleurs migrants aux crises économiques dans leur pays de résidence. Par ailleurs, les restrictions dues au confinement perturbent l’infrastructure financière de réception des transferts de fonds. Les agences bancaires et les services de retrait d’espèces ont fermé ou réduit leurs horaires d’ouverture, tandis que certains opérateurs ont suspendu toute transaction en espèces. Incidemment, la crise sanitaire semble avoir stimulé une hausse relative des remises migratoires effectuées par le biais de solutions de paiement numérique.

En Europe, au Royaume-Uni et aux États-Unis, les répercussions économiques de la pandémie devraient faire reculer les flux d’envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne d’environ 23,1 % pour ressortir à 37 milliards de dollars en 2020 (voir figure 1). Les conséquences pourraient être désastreuses dans une région où certains pays sont éminemment tributaires des envois de fonds internationaux pour leurs recettes en devises, comme le Lesotho (86 % selon des chiffres de 2018), le Libéria (82 %) et les Comores (82 %). Dans les pays de la corne de l’Afrique déjà en proie aux invasions de criquets pèlerins, ces perturbations viennent aggraver les pénuries alimentaires ; en se conjuguant, ces facteurs pourraient précipiter des millions d’Africains dans la pauvreté. Et si les prévisions tablent sur un rebond de 4 % des envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne en 2021, ce qui porterait leur volume à 38 milliards de dollars, ces estimations dépendent du rythme de redressement des économies après la pandémie et sont par conséquent susceptibles d’évoluer.

La pandémie va également peser sur les envois de fonds intrarégionaux, en partie à cause de la désorganisation du secteur informel et du ralentissement de l’activité économique. Les migrations intrarégionales constituent plus des deux tiers de la totalité des mouvements internationaux de migrants en Afrique subsaharienne (a). Le secteur informel représente plus de 85 % de l’emploi et 90 % des nouveaux emplois dans la région ; la part de l’économie informelle dans le PIB africain s’élève à 40 % en moyenne et atteint même entre 50 et 65 % (a) au Nigéria, en Tanzanie, au Bénin, en Angola, au Gabon, au Zimbabwe et en République centrafricaine. Parce qu’elles limitent la circulation des individus au sein d’un pays et par-delà ses frontières, les mesures de confinement ont des répercussions négatives sur les moyens de subsistance tirés du secteur informel.

Enfin, il faut s’attendre aussi à un recul des remises migratoires nationales. Les habitants des zones rurales qui migrent vers les centres urbains vivent souvent de la vente de marchandises chinoises achetées à bas prix (a), et ce commerce leur permet d’envoyer des fonds à leurs familles. Dans de nombreux pays d’Afrique, ces transferts d’argent représentent une source de revenus importante pour les ménages ruraux (figure 2). Il est donc probable que les moyens de subsistance de ces migrants internes et de leurs proches dans les zones rurales pâtiront des perturbations infligées à la chaîne d’approvisionnement en produits chinois par la pandémie.

Même à l’amorce d’un redressement de l’économie mondiale, le coût élevé des coûts de transaction viendra grever lourdement des transferts de fonds déjà bien amputés par la pandémie, ce qui retardera le retour au niveau d’avant la crise. Par rapport aux autres régions du monde, l’Afrique subsaharienne reste la destination la plus coûteuse pour les remises migratoires (a), d’où l’enjeu particulièrement crucial d’une diminution de ces coûts pendant la crise du coronavirus et au delà. Celle-ci pourrait permettre à l’Afrique d’économiser des milliards de dollars, tout en accroissant le revenu disponible de millions de ménages. La qualification des services de transfert d’argent comme relevant d’une activité essentielle faciliterait en outre l’envoi et la réception de fonds. La promotion des technologies numériques (paiements mobiles et électroniques) et leur généralisation pourraient également alléger ces processus, et ce d’autant plus que les paiements dématérialisés ont l’avantage de remédier aux craintes de transmission du coronavirus liées à la manipulation d’espèces.
Les États devraient susciter plus de concurrence entre les prestataires et promouvoir l’utilisation accrue de systèmes de paiement numérique. Les migrants et leurs familles pâtissent également de la trop grande rigidité des réglementations. Mises en place pour réduire le blanchiment d’argent, ces règles strictes desservent au bout du compte des travailleurs dont les transferts d'argent s’élèvent en moyenne à 200 dollars par mois... Un assouplissement des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent est indispensable afin que la région puisse hâter le redressement de son économie.

BM




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