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Non-assistance à orphelins en danger

Non-assistance à orphelins en danger



Elle a un visage et une vie, quoique misérable, cette mère qui avait choisi, contre quelques dizaines de dollars, de confier son enfant au blanc bon cœur de l’orphelinat. Plus qu’un soupçon, la société réfléchie et l’État sérieux savaient que c’était du commerce vil à la limite de la criminalité. Mais comme il est bon d’entreprendre en Haïti, les managers des orphelinats, crèches et autres structures assimilées ont prospéré gagnant en respectabilité et en notoriété.

Le moins que l’on puisse dire de ces propriétaires et gestionnaires d’orphelinat, magnats d’un business rentable, est qu’ils sont passés maitres dans l’art de prendre les gens par les sentiments.

De bonne foi, des parents donnent leurs enfants et disparaissent dans l’espoir que leurs petits vont échapper à la misère en profitant des conditions pour apprendre l’anglais, partir en avion et réussir leur vie. Un acte d’amour, en quelque sorte.

De bonne foi, une cheffe de département d’une université très cotée aux États-Unis lève des fonds auprès de ses collègues professeurs et de ses étudiants pour financer les activités d’un orphelinat en Haïti. C’est sa manière d’aimer le monde et de contribuer à changer les destins de petits êtres vulnérables qui ont besoin d’un foyer pour grandir et pour se construire.

L’argent des donateurs et la naïveté des parents trop pauvres pour ne pas être aveugle, combinés aux agissements pas nets des autorités mandatées par l’État, alimentent ce réseau spécialisé dans le trafic d’enfants. Au-delà des raisons apparentes de compassion qui peuvent faire pleurer en même temps le chauffeur et la patronne, des enfants sont abusés, vendus. Quelquefois en pièces détachées.

Il est étonnant que l’agence de l’État dédiée à la protection des enfants en difficulté ait fait preuve de tant de laxismes malgré les alertes, les témoignages, les articles de presse et les rapports de l’UNICEF. Pourtant, les orphelinats, en contravention avec la loi, continuent leur activité lucrative sans être inquiétés et ne fonctionnent pas dans la clandestinité. Leurs adresses sont connues de tout le monde. Nous sommes d’accord qu’il ne faut pas mettre tous les orphelinats établis en Haïti dans le même panier. Mais, nous devons avoir conscience que dans le meilleur des cas, ils ne représentent que quinze pour cent de l’ensemble.

L’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR) n’a pas tout fait pour que les enfants placés dans les orphelinats soient protégés. La République vient d’assister à l’immolation de quinze enfants – peut-être plus – sans prénoms, sans visages et sans familles. Malgré l’écœurement exprimé par des milliers de personnes, dans la presse et sur les réseaux sociaux, et à presque une semaine du drame, nous attendons encore les résultats d’une enquête pénale et naturellement des poursuites judiciaires.

Le bon blanc de l’orphelinat de Fermathe n’avait jamais expliqué aux enfants que c’était dangereux de prier Dieu avec une bougie placée sur la moquette. Il n’avait pas eu le temps de proposer des exercices de simulation en cas d’incendie ni de commander des extincteurs. Peut-être qu’il était trop occupé à compter les dons et à payer les nombreux rabatteurs qui remplissent son orphelinat. Église. Dortoir. Mouroir.

L’État, notre État, lui a permis d’exercer sans difficulté tout en étant en situation d’illégalité. Paradoxe. Ou de la non-assistance à personne en danger par des personnes et institutions ayant obligation et moyens de protéger.

Jean-Euphèle Milcé





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