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Les prophéties d’une « mer » !

Les prophéties d’une « mer » !



Les problèmes environnementaux qui nous accablent depuis des décennies et qui se sont empirés ces dernières années menacent de transformer notre territoire en un immense rocher. L’espace haïtien est aujourd’hui miné principalement par l’érosion et le déboisement. La coupe de bois dont dépendent des centaines de milliers de familles pour leur survie quotidienne parachève un tableau environnemental de plus en plus affligeant. Un double problème énergétique et de survie au quotidien lié à la cuisson au charbon de bois terrasse nos forêts et assassine nos bonnes terres ensevelies dans les eaux de nos littoraux.

La savane désolée, s’étend progressivement à l’ensemble du territoire et la nudité de nos mornes, comparée à l’habillage de verdure des versants montagneux de la République voisine a de quoi choquer. Il est certain que cette situation de délabrement est la conséquence ultime de notre détresse citoyenne et de l’absence depuis trop longtemps des pouvoirs publics. Pourtant la gestion de l’espace est un des attributs souverains d’un État digne de ce nom, même s’il est tributaire de l’engagement de chaque citoyen.

Dans ce contexte, le dernier film d’Arnold Antonin où il donne audacieusement la parole à la mer est un sujet rempli d’émotion. Son dernier documentaire qui a pour titre « Ainsi parla la mer » (« sa lanmè ap di ») jette un regard sans complaisance sur nos pratiques prédatrices vis-à-vis d’une nature souvent belle et généreuse. Nous découvrons les merveilles de certains littoraux ou on peut encore apercevoir quelques flamants roses, et surtout de magnifiques vues de cette mer des Caraïbes tant chantée par nos poètes. En même temps, l’état d’abandon et de saleté de certains bords de mer s’expose aux yeux de tous, dans l’indifférence générale. La pauvreté ne saurait tout expliquer, il faut aussi parler de négligences coupables ou tout simplement de crimes odieux contre la nature.

Le film nous transporte d’un bout à l’autre de cette île dont on peut encore ressentir le côté magique et la beauté ravagée par tant d’indélicatesses de ceux qui habitent ce territoire entouré d’eau. L’originalité du film réside dans un scénario-récit où la voix off de Gessica Généus sur un texte plein de poésie de Gary Victor fait parler la mer. Envahi par les hordes de détritus déversées par nos villes et étouffant sous le poids continu de la terre arable provenant de nos montagnes lessivées jusqu’aux os, le grand bleu nous conte ses sept misères.

Ce film nous rappelle comment notre mer sait nous entourer et nous bercer de son affection agissante avec ses vagues amples et douces, baignant et enserrant nos côtes comme le ferait une mère pour ses enfants. Le roulis de ses vagues entonnant certains soirs lunaires de douces mélopées. Une partie de notre histoire est évoquée à laquelle elle est honteusement associée : la traversée de centaines de milliers d’esclaves vers le Nouveau Monde. Si elle a bien servi de passage, elle n’est en rien responsable de la traite. Tout comme elle ne fait que subir les mauvais traitements infligés par les humains à ses poumons que sont les récifs coralliens. Dans cet ordre d’idée, les ilots de plastique qui flottent sur ces eaux, résultat de notre frénésie suicidaire dans l’utilisation abusive des assiettes en styromousse, représentent une grande menace pour la survie des espèces de poissons qu’elle garde dans ses entrailles liquides, au plus profond d’elle-même. Un véritable garde-manger, un entrepôt sous-marin, une réserve stratégique, où viennent se servir pêcheurs et autres marins. Elle sait que de grandes catastrophes nous attendent si nous ne prenons pas soin d’elle, déjà qu’elle souffre comme une « femme ménopausée » de bouffées de chaleur qui font gonfler ses eaux, conséquences du réchauffement climatique.
Des historiens, des géographes, et des poètes sont venus payer leur tribut à la mer en témoignant, au micro d’Arnold Antonin, de sa maltraitance et de ses richesses ignorées.

La musique de BIC, la voix chargée d’émotion et de sincère douleur de Gessica Généus et les prises de vue d’un maître du cinéma haïtien ont fait du film un puissant outil pédagogique qui mérite d’être largement diffusé.

Roody Edmé




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